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Don Giovanni au festival de Savonlinna

mercredi 24 août 2011 par Karine Boulanger
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Forteresse d’Olavinlinna
© Matti Kolho

Créé en 1912 par la cantatrice Aino Akté, l’une des premières ambassadrices musicales de la Finlande dans les grands théâtres européens et qui découvrit le site en 1907, le Festival de Savonlinna connut quelques éditions sporadiques entre 1912 et 1930, avant de montrer une activité régulière à partir de 1967, et notamment sous la direction de Martti Talvela dans les années 1970.

Les représentations sont données dans un cadre semi ouvert, celui de la cour principale d’une forteresse du XVe siècle, comportant une scène assez étroite sans dégagements ni machineries, l’espace étant couvert de grandes bâches protégeant auditeurs et interprètes. Le cadre impressionnant présente une acoustique très favorable aux voix, fortement réverbérée, vite saturée toutefois lors de grands ensembles ou du déploiement des chœurs.

Cette année, le festival proposait trois productions locales, dont deux nouvelles. L’une des constantes de ce festival qui draine essentiellement des amateurs du Nord de l’Europe, est de faire appel à de jeunes chanteurs et à des artistes finlandais. Dans ces conditions, une représentation à Savonlinna est l’occasion d’entendre de nouvelles voix, n’ayant peut-être pas toujours atteint leur pleine maturité, mais souvent pleines de promesses.

La nouvelle production de Don Giovanni a été confiée à Paul-Emile Fourny. L’ensemble respecte le contexte historique et artistique du livret, avec plusieurs éléments architecturaux évoquant une villa vénitienne au XVIIe siècle, pivotant pour s’adapter aux lieux évoqués dans les différentes scènes de l’œuvre. Le procédé manque peut-être d’originalité mais fonctionne parfaitement dans un cadre aussi spécifique et la direction d’acteurs est efficace. Le deuxième acte se signale par quelques bizarreries, comme cette Donna Anna transformée en petite sœur de Marguerite à la prison et le final où le metteur en scène semble confondre le roman gothique et Lorenzo da Ponte.

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Carlo Colombara, Don Giovanni
© Timo Seppäläinen

Dans le rôle principal, Carlo Colombara dispose d’une belle voix, bien conduite, aux changements de registres adroitement négociés, malgré un souffle un peu court (« Deh, vieni alla finestra », acte II). Plus à l’aise dans l’autorité (finale de l’acte I) et la séduction (scène avec Zerlina, acte I « Alfin siam liberati » et duo « Là ci darem la mano ») que dans la violence ou le cynisme du personnage qui n’apparaît à aucun moment (mort du commandeur qui tombe à plat, acte I), le chanteur propose pourtant un jeu nuancé, à défaut d’incarner un Don Giovanni marquant. Dans le rôle de Leporello, Carlo Lepore campe un simple valet qui n’est jamais le double de son maître, comme certains artistes l’incarnent parfois. La voix est un peu lourde et le chant peu châtié.

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Carlo Colombara, Don Giovanni ; Carlo Lepore, Leporello
© Timo Seppäläinen

Les deux prime donne ne se ressemblent guère. L’Elvira d’Alyson Cambridge possède indéniablement un beau tempérament, de la noblesse, de beaux aigus (trio des masques, acte I), mais les vocalises manquent d’élan. La diction, honorable, gagnerait peut-être à être parfaite : le personnage en deviendrait certainement plus incisif. Au second acte, le récitatif « In quali eccessi » et l’air « Mi tradì quell’ alma ingrata » sont en revanche magnifiquement chantés et très engagés. Dans le rôle de Donna Anna, Jennifer Rowley exhibe une voix ample et corsée, encore mise en valeur par l’acoustique particulière du lieu, mais au vibrato marqué et qui se repose avant tout sur la tierce aigüe et la puissance du son. Mozart n’en demande cependant pas tant. Le chant manque un peu de tenue et on déplore tous ces aigus interpolés dans les reprises (« Or sai chi l’onore », acte I) permis par un chef d’orchestre complaisant. Le jeu n’est pas non plus très convainquant. Pourtant, au second acte la chanteuse paraît métamorphosée, avec une sobriété bienvenue et de belles nuances dans le récitatif de « Crudele ? », ainsi qu’au début du rondo « Non mi dir ». La dernière section est bien tenue, mais la difficulté de l’écriture montre les limites de l’interprète avec une diction et des nuances sacrifiées au profit des aigus.

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Alyson Cambridge, Donna Elvira ; Michele Angelini, Don Ottavio ; Jennifer Rowley, Donna Anna
© Timo Seppäläinen

Dans le rôle d’Ottavio, passées les incertitudes des premières phrases, Michele Angelini fait valoir une belle voix de ténor au haut médium et aux aigus épanouis, claire, avec une véritable fraicheur de timbre (« Dalle sua pace », acte I), mais l’ensemble reste un peu scolaire. Au second acte, « Il mio tesoro » est admirablement négocié, avec des vocalises très bien exécutées, bien que manquant encore d’une certaine fluidité.

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Jennifer Rowley, Donna Anna ; Carlo Colombara, Don Giovanni
© Timo Seppäläinen

Le couple des deux amoureux, Zerlina et Masetto est irréprochable. Marjukka Tepponen possède une voix de soprano dotée d’une assise ferme dans le grave, capable de belles vocalises. Elle incarne une Zerlina sage, mais mutine, à laquelle il ne manque qu’une petite dose de rouerie. Son compagnon, Kihwan Sim, possède quant à lui une très belle voix de basse et traduit parfaitement la colère du jeune paysan.

Jaakko Ryhänen enfin, dans le rôle du Commandeur, montre toute l’ampleur de sa voix pour la confrontation avec Don Giovanni, après quelques phrases qui sonnaient bien rêches au début du premier acte. Si la voix est impressionnante, la diction est malheureusement peu emblématique. Les chœurs sont corrects, mais manquent un peu de nuances.

À la tête de l’orchestre du festival, Will Humburg ne se laisse pas impressionner par le déchaînement des éléments à l’extérieur du château et, après une ouverture puissamment scandée, accompagne avec attention les chanteurs, veillant à tenir fermement les ensembles (à cet égard, le final de l’acte I était exemplaire). On regrettera cependant un certain manque de relief et un certain retrait de l’orchestre qui prive d’un élément capital ce Don Giovanni très honorable.

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- Savonlinna
- Forteresse d’Olavinlinna
- 19 juillet 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)-Don Giovanni, drama giocoso en deux actes, livret de Lorenzo da Ponte
- Mise en scène, Paul-Emile Fourny ; décors, Poppi Ranchetti ; costumes, Giovanna Fiorentini ; lumières, Anna Rouhu
- Don Giovanni, Carlo Colombara ; Leporello, Carlo Lepore ; Donna Elvira, Alyson Cambridge ; Commandeur, Jaakko Ryhänen ; Donna Anna, Jennifer Rowley ; Don Ottavio, Michele Angelini ; Zerlina, Marjukka Tepponen ; Masetto, Kihwan Sim
- Orchestre et chœurs du Festival de Savonlinna ; chef des chœurs, Matti Hyökki
- Will Humburg, direction











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