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Festival Castell de Peralada 2012 : Don Giovanni

jeudi 16 août 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Miguel González

Seul opéra donné en version scénique cette année au Festival de Castell Peralada, donné peu après un Trouvère en version de concert, Don Giovanni était défendu, pour deux soirs, par les forces vives de l’Orchestre du Deutsche Oper Berlin (qui fête son centenaire cette année). La célèbre phalange allemande se déplaçait ainsi en Catalogne espagnole, en emmenant avec elle une production maison créée en 2010, signée Roland Schwab. Pour tout dire, c’est bien une des pires représentations lyriques à laquelle nous ayons assisté.

Commençons par la fin en précisant qu’un silence glacial s’est fait à l’issue de la représentation, un seul et timide rappel venant uniquement saluer - nous le supposons - le plateau vocal. Car c’est bien une calamiteuse production qui nous a été infligée trois heures durant. Avec son décorateur Piero Vinciguerra, le metteur en scène allemand Roland Schwab a fait très fort dans le genre « Don Giovanni trash et underground ». Afin d’être dans le vent (du Regie Theater à l’allemande), il a déclaré d’avance Don Giovanni adepte du sado- masochisme, ainsi que son serviteur Leporello qui, dans une scène d’anthologie, viole Masetto tandis que son maître « s’occupe » de Zerlina. Cela fait peut-être bien dans les dîners en ville, mais ne saurait tenir lieu de mise en scène. Et au cas où un malheureux spectateur ne saurait pas que Don Juan est porté sur la chose, il multiplie les scènes de pornographie, de violence gratuite et de vulgarité. Passons…

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© Miguel González

Des trois dames, seule Jana Kurucova tire son épingle du jeu. Pétulante et fragile, la mezzo slovaque prête fraîcheur et musicalité à Zerlina. En Donna Elvira, Ana Maria Martinez s’avère assez percutante, mais le timbre s’est fané, l’aigu se montre désormais instable et le grave quelque peu désincarné. La soprano italienne Patrizia Ciofi - que nous vénérons dans le répertoire belcantiste - s’avère hors propos en Donna Anna, très mal à l’aise qu’elle est avec la tessiture de ce rôle, avec une carence criante de puissance, de mordant et de rayonnement.

Coté messieurs, le baryton espagnol Carlos Alvarez (Don Giovanni) occupe le plateau avec une rare autorité. Il incarne ce héros sulfureux à la perfection, avec un physique idéal, à la longue chevelure, n’hésitant pas à mettre en avant ses pectoraux de culturiste ; sa voix s’élance de façon claire et homogène, avec suffisamment d’ampleur pour la grande scène de confrontation finale avec le Commandeur. Après un premier acte en demi-teinte, Robert Gleadow (Leporello) s’est repris au second, en maîtrisant mieux le discours mozartien et en se montrant plus soucieux de cantabile.

Basse sonore, le croate Marko Mimica confère incisivité et hargne à Masetto. Plus inégal, le Don Ottavio de Philippe Talbot s’intègre bien dans les ensembles mais paraît nettement plus hésitants dans ses soli. Rafael Siwek, enfin, apporte au Commandeur la voix de stentor qui lui sied.

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© Miguel González

Si le jeune chef espagnol Guillermo Garcia Calvo n’a pu éviter quelques couacs et décalages d’un orchestre qui n’est pas apparu au sommet de sa forme, il a au moins eu le mérite de maintenir (à peu près) la tension dramatique. Relevons par ailleurs qu’il a choisi, au tableau final, de suivre la « version de Vienne », sans le « lieto fine » de la création à Prague, et d’achever ainsi sa lecture sur la mort de Don Giovanni.

Signalons, en guise de conclusion, que le Gala lyrique qui clôturera, le 22 août, la 26ème édition du Festival Castell Peralada sera, à coup sûr, autrement enthousiasmant. Car le parc du château accueillera le ténor le plus médiatique et extraordinaire du moment : Jonas Kaufmann ! Accompagné par l’Orchestre de Cadaquès, son récital comprendra des airs d’opéra de Verdi, Wagner, Mascagni, Ponchielli, entre autres… Un concert à ne pas manquer pour ceux qui séjourneraient actuellement en Catalogne !

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- Peralada
- Auditorium du château
- 03 août 2012
- Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791), Don Giovanni, Opéra en 2 actes. Livret de Lorenzo da Ponte, d’après le drame de Tirso de Molina.
- Mise en scène, Roland Schwab ; Décors, Piero Vinciguerra ; Costumes, Renée Listerdal.
- Carlos Alvarez, Don Giovanni ; Robert Gleadow, Leporello ; Philippe Talbot, Don Ottavio ; Marko Mimica, Masetto ; Rafael Siwek, Il Commendatore ; Patrizia Ciofi, Donna Anna ; Ana Maria Martinez, Donna Elvira ; Jana Kurukova, Zerlina.
- Chœur de chambre du Palau de la musica catalana ; direction, Josep Vila i Casanas
- Orchestre du Deutsche Oper Berlin
- Guillermo Garcia Calvo, direction






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