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Don Carlo de routine au festival de Savonlinna

mardi 6 septembre 2011 par Karine Boulanger
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Attila Fekete, Don Carlo ; Anatolij Fokanov, Rodrigo
© Timo Seppäläinen

La fin du festival lyrique de Savonlinna accueillait l’Opéra de Budapest, avec un opéra donné en version scénique et un concert. Attractif sur le papier, ce Don Carlo de routine a plutôt déçu, qu’il s’agisse de l’aspect scénique nettement en deçà des productions finnoises, ou de l’aspect musical, correct dans l’ensemble, mais avec des failles assez regrettables.

La distribution, en alternance d’une soirée à l’autre, faisait appel à des artistes appartenant à la première scène hongroise. Dans le rôle- titre, Attila Fekete a beaucoup déçu, forçant une voix trop lyrique, ne produisant qu’un chant en force incapable de la moindre nuance. L’interprétation était constamment à la limite de l’accident pour les aigus (dès « Io la vidi », acte I, avec une défaillance sur « Sire ! Egli è tempo ch’io viva ! », finale de l’acte II). Le bas médium était caractérisé par des sons tubés, et une intonation manquant parfois de précision (duo avec Posa, acte I). Le phrasé était haché (« Sei tu, sei tu, bell’adorata », acte II), le rôle chanté d’une voix de stentor déséquilibrant parfois les ensembles (trio de l’acte II, « Al mio furor sfuggite invano »).

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Bernadett Wiedemann, Eboli ; Krisztina Simon, Tebaldo
© Timo Seppäläinen

D’une toute autre classe était le marquis de Posa d’Anatolij Fokanov, chanteur plus expérimenté, noble, nuancé, ayant conscience de son texte. La voix donne malheureusement parfois des signes de fatigue (petite défaillance sur « Sospetti tu di me ? », acte II) mais on lui doit les meilleurs moments du premier acte avec un très beau duo avec Philippe II. L’interprète semble malheureusement un peu extérieur lors de son air le plus important (« Per me giunto è il dì supremo », acte III) mais livre une belle scène de la mort du héros.

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Istvan Rácz, Philippe II
© Timo Seppäläinen

Istvan Rácz fait valoir une voix de basse impressionnante, dont la couleur est plus évocatrice d’un Boris Godounov que d’un Philippe II. L’interprète possède l’autorité nécessaire pour ce rôle très lourd (finale de l’acte II) mais émeut peu dans son grand monologue de l’acte III (« Ella giammai m’amò », acte III). Le duo avec l’inquisiteur, incarné par András Palerdi, fut l’un des grands moments de cette soirée, malgré le manque de tension de la direction d’orchestre qui couvrit les chanteurs à plusieurs reprises. András Palerdi se caractérisait par une voix ample, mais plus claire que celle du roi.

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Eszter Sümegi, Elisabeth de Valois ; Anatolij Fokanov, Rodrigo
© Timo Seppäläinen

Du côté des femmes, Eszter Sümegi peinait à vraiment incarner Elisabeth. La voix frêle, au vibrato serré très présent, mais au medium au timbre agréable et assez juvénile, possède de bons graves, mais le souffle est parfois un peu court pour les longues phrases du rôle (« Non pianger, mia compagna », acte I). La voix manque de l’ampleur nécessaire pour les éclats de la confrontation avec Philippe II (« Giustizia ! », acte III) et le grand air de l’acte IV (« Tu che le vanità ») se situe aux limites de ses possibilités, même si la chanteuse est parvenue à négocier les difficultés de cette page redoutable. Le personnage reste cependant très froid, distant et peine à s’incarner.

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Bernadett Wiedemann, Eboli
© Timo Seppäläinen

L’Eboli de Bernadett Wiedemann était l’élément le plus enthousiasmant de cette distribution. La voix est belle, plutôt claire, capable de nuances. Le premier air du rôle est l’un des plus difficiles du répertoire et on peut regretter les trilles trop larges et surtout le choix de ne pas exécuter les notes piquées. L’instrument est cependant ductile, comme le prouvent les mélismes, remarquables. Les ensembles de l’acte II permettent à l’artiste d’exhiber un véritable tempérament, sans jamais sombrer dans la vulgarité (ses interventions dans le trio avec Don Carlo et Posa étaient superbes). La chanteuse a conclu sa participation par un « O don fatale » magnifique, émouvant (section lente) et passionné.

Le reste de la distribution alliait éléments satisfaisants (le page de Krisztina Simon) et nettement insuffisants (le moine de Ferenc Valter). Les chœurs étaient tout à fait corrects.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Balázs Kocsár, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Hongrie, ne s’est pas embarrassé de subtilité. Les tempi étaient très vifs, parfois cravachés (duo avec Posa acte I, fin du duo de Carlo et Elisabeth, une partie du duo de Posa et Philippe II, la scène d’Atocha transformée en véritable cavalcade), au risque parfois d’y perdre les chanteurs. L’ensemble était en outre souvent tonitruant (duo de Posa et Carlo, acte I) avec une flûte se distinguant dans sa quête, non résolue, de la justesse tout au long de la représentation. Les cuivres étaient dans l’ensemble trop présents, noyant le reste de la formation et couvrant régulièrement les chanteurs.

Au niveau scénique, ce Don Carlo n’était qu’un pâle reflet de ce que l’on imagine être la production d’origine de l’Opéra de Budapest (illustrée par de très belles photographies du programme). Les spécificités du plateau de Savonlinna ont sans doute contraint les hongrois à ne monter que quelques éléments significatifs du décor et à créer de fausses coulisses grâce à des toiles peintes pour négocier les mouvements de foule. Plus gênante était l’absence de la moindre direction d’acteurs, chaque artiste en étant réduit à se contenter de puiser dans un répertoire éculé de gestes de convention et à chanter systématiquement face au public, que ce soit pour un air, un duo ou un trio. Dans ces conditions, on comprend mieux le manque d’engagement de certains d’entre eux…

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- Savonlinna
- Forteresse d’Olavinlinna
- 20 juillet 2011
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Don Carlo, drame lyrique en 4 actes, livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Schiller. Version dite de Milan.
- Décors, mise en scène et éclairages adaptés par Zoltán Horváth ; costumes, Tivadar Márk
- Philippe II, Istvan Rácz ; Don Carlo, Attila Fekete ; Elisabeth de Valois, Eszter Sümegi ; Eboli, Bernadett Wiedemann ; Rodrigo, Anatolij Fokanov ; grand inquisiteur, András Palerdi ; Tebaldo, Krisztina Simon ; comte de Lerme, Lászlo Beöthy-Kiss ; un moine, Ferenc Valter ; voix du ciel, Ingrid Kertesi
- Chœurs et orchestre de l’Opéra national de Hongrie
- Balázs Kocsár, direction






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