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Dohnanyi et Brahms au Festival Juventus

mercredi 9 juillet 2008 par Richard Letawe

Pour sa quatrième soirée, le Festival Juventus proposait un programme assez court, mais varié et sans concession. Instrument vedette ce soir, la clarinette.

Un public, on l’éduque, on le forme, on lui fait découvrir le répertoire, on l’accompagne. Le résultat quelques années plus tard, c’est que dans un théâtre presque rempli d’une petite ville de province, on peut écouter, sans sonneries de téléphone, sans catarrheux, sans applaudissement intempestif, dans la concentration, un programme dont les pièces de résistance sont de Erno Von Dohnanyi et de Brahms, et pas vraiment du Brahms le plus accessible et populaire.

La clarinette est donc à l’honneur, avec trois solistes différents : Johnny Tiessier est un lauréat tout fraîchement intronisé, puisque son concert a eu lieu deux jours auparavant, alors que Fredrik Fors et Ronald Van Spaendonck sont des « vieux de la vieille », puisqu’ils ont respectivement été désignés en 1993 et 1991. Le programme commence avec le benjamin Johnny Teissier, accompagné de Erzsébet Kerek et de Graf Mourja dans des extraits de la suite de L’histoire du soldat de Stravinski. La version de ces trois jeunes musiciens est savoureuse, pleine de brio, et d’une grande verve rythmique. Capable de la plus grande véhémence, (Petit concert, Danse du Diable), leur jeu reste cependant toujours très musical, sans effets trop appuyés, et toujours très intelligible, même si on peut regretter une clarinette parfois un peu trop discrète, à la projection peu affirmée.

L’œuvre suivante est une rareté, mais qui a déjà été jouée au Festival il y a quelques années. Les lauréats Marie Hallynck, Graf Mourja et Ronald Van Spaendonck y sont rejoints par trois musiciens amis du festival, le corniste Hervé Joulain, l’altiste Pierre Lénert et le pianiste Muhiddin Dürrüoglu pour jouer le sextuor pour clarinette, cor, piano et cordes de Dohnanyi, œuvre magnifique, d’abord pour les combinaisons de timbres très singulières que produit l’instrumentarium varié, pour sa richesse harmonique, et pour son généreux romantisme d’influence brahmsienne. Six fortes personnalités sont à l’œuvre dans ce sextuor, qui tirent l’œuvre vers la grande pièce de concert plutôt que vers la musique de chambre. Ils jouent le tout pour le tout, avec une flamme sincère, et une énergie jamais en défaut, et révèlent la dramaturgie de chacun des mouvements avec beaucoup d’à propos. Tout est à saluer dans cette interprétation vivante et emportée : l’abondant lyrisme du premier mouvement ; la forte présence de chaque musicien, qui joue sa partie avec la virtuosité et le brio d’un soliste, mais en écoutant les autres ; le côté funèbre et fantastique de l’intermezzo, particulièrement bien rendu ; la délicatesse de la clarinette au début du troisième mouvement ; la saveur d’un finale bondissant, bouillonnant, mais toujours bien en place… Notons enfin que les mêmes vont enregistrer ce sextuor à l’automne, nous sommes impatients de les réentendre au disque. Le concert est terminé par le Quintette pour clarinette et cordes de Brahms, choix difficile car l’œuvre est intimiste, et se prête peu aux débordements, mais magnifiquement assumé par Fredrik Fors, Graf Mourja, Alissa Margulis, Anna Kreetta Turunen-Gribajcevic et Pauline Bartissol. Leur interprétation est fine, délicate, d’un lyrisme discret et automnal. On en retient le naturel des phrasés, l’équilibre très scrupuleux entre les instrumentistes, une palette dynamique très précise et nuancée, et un ensemble aux sonorités douces et feutrées, sans jamais d’agressivité. A part les quelques signes de fatigue qu’a montrés Graf Mourja, très sollicité durant cette soirée, ce quintette de Brahms fut un régal pour fin gourmet.

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- Cambrai
- Théâtre municipal
- 07 juillet 2008
- Igor Stravinsky (1882-1971), L’histoire du soldat, suite pour clarinette, violon et piano ; Erno von Dohnanyi (1877-1960), Sextuor eu Ut majeur pour violon, alto, violoncelle, clarinette, cor et piano Op.37 ; Johannes Brahms (1933-1897), Quintette pour clarinette et cordes en si mineur Op.115.
- Alissa Margulis, Graf Mourja, violon
- Pierre Lénert, Anna Kreetta Turunen-Gribajcevic, alto
- Pauline Bartissol, Marie Hallynck, violoncelle
- Fredrik Fors, Johnny Teissier, Ronald Van Spaendonck, clarinette
- Hervé Joulain, cor
- Muhiddin Dürrüoglu, Erzsébet Kerek, piano











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