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Dix bougies musicales pour un anniversaire

jeudi 21 août 2008 par Fernand Bretton

L’église de Viuz-la-Chiesaz était bien petite ce soir pour accueillir tous les mélomanes venus écouter trois musiciens habitués du festival. Brigitte Engerer qui avait ouvert le festival n’était cette fois plus seule, et venait avec un de ses fidèles complices, le violoncelliste Henri Demarquette et avec Philippe Bender qu’on voit depuis de nombreuses années plus souvent à la tête d’un orchestre (surtout les siens : le Symphonique de Cannes Provence Cote d’Azur et l’Orchestre Symphonique de Palma de Majorque), qu’à la flûte qu’il n’a jamais abandonnée depuis sa jeunesse vouée à cet instrument. Ce concert était précisément, parmi tous les concerts du festival, celui qui en marquait le dixième anniversaire, ce qui nous valut une agréable surprise.

Dans le programme, la part des duos violoncelle-piano était la plus conséquente. Dès l’Elégie de Fauré on sentit ce qu’était une véritable entente entre deux musiciens, et combien le plaisir de jouer ensemble n’était pas une vue de l’esprit, chacun des instrumentistes étant plus attaché à écouter et suivre son ou ses partenaires (on retrouvera les mêmes qualités quand interviendra le flûtiste !) qu’a être rivé à sa propre partition. Nous ne reviendrons pas sur le jeu si simple et en même temps si expressif de Brigitte Engerer, égale à elle même. Avec Henri Demarquette, l’un des très grands violoncellistes d’une jeune génération française si riche en talents, nous retrouvons aussi la simplicité si pure d’un chant tout à la fois racé, généreux et suave, où aucune « scorie » n’a pas sa place, même dans les passages les plus animés, et parfois rageurs de la sonate de Prokofiev. Le sommet de cette simplicité chaleureuse fut pour nous la sonate « arpeggione » de Schubert, grâce certainement, plus à l’oeuvre elle même qu’à un engagement différent des artistes. Y a-t-il chants plus nostalgiques que ceux de Schubert ? Ici rendus avec un dépouillement et aussi une beauté sonore rarement atteints.

La surprise du concert est venue avec l’intervention au micro, avec beaucoup de simplicité et de bonne humeur, de Brigitte Engerer, nous expliquant, qu’après avoir pris connaissance du caractère particulier du concert prévu ce soir-là, elle décida en connivence avec ses deux partenaires d’en modifier le final afin qu’il soit « plus festif » ! A la place d’un trio de Weber, un peu « sérieux » (et relativement inconnu), ils décidèrent de nous offrir 10 pièces (une bougie par année !) plus courtes et réjouissantes.

Ce bouquet d’anniversaire débuta par le célèbre « Ballet des esprits » tiré d’Orphée et Euridice de Gluck pour flûte solo, accompagnée ici par le piano,. Suivront un adagio d’un concerto de Marcello transcrit pour clavier par Bach, et deux mouvement d’une sonate pour flûte ,clavier et basse continue du même Bach, dans lesquels Philippe Bender prouva s’il en était besoin, qu’il n’avait rien perdu de sa virtuosité, de son souffle et de sa musicalité. Brigitte Engerer et Henri Demarquette offrirent ensuite un Cygne de Saint Saëns, majestueusement noble et glissant dans un silence absolu au milieu d’un paysage de rêve. Philippe Bender se joignit de nouveau à eux pour un extrait du trio de Weber initialement prévu, d’un charme évident nous faisant presque regretter de ne pas découvrir l’oeuvre entière ! Surprise dans la surprise : une pièce de Chopin pour flûte et piano sur des thèmes parmi les plus connus de Rossini où la virtuosité de Bender fut largement sollicitée. Le reste des dix « bougies », également très appréciées du public, furent dévolues à plusieurs tangos, successivement nostalgiques et superbement enlevés, du célèbre Argentin Astor Piazolla.

Encore un beau succès à l’actif de ce festival campagnard, mais pas pour autant de moindre qualité artistique !

Brigitte Engerer sera le 23 juin prochain aux Flâneries musicales de Reims.

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- Viuz-la-Chiesaz
- Eglise
- 14 Août 2008
- Gabriel Fauré (1845-1924), Elégie Op.24 ; Claude Debussy (1862-1918), Clair de lune, Beau soir, Ministrels ; Franz Schubert (1797-1828), Sonate pour arpeggione et piano en la mineur D821 ; Maurice Ravel (1875-1937), Pavane pour une infante défunte, Pièce en forme de Habanéra ; Serge Prokofiev (1891-1953), Sonate pour violoncelle et piano Op.119
- Henri Demarquette, violoncelle
- Philippe Bender, flûte
- Brigitte Engerer, piano











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