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Divine Walkyrie à l’Opéra du Rhin

mercredi 23 avril 2008 par Bertrand Balmitgère
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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Voilà bien longtemps que les mélomanes strasbourgeois avaient pris rendez vous avec cette nouvelle production de la Walkyrie, deuxième volet de la Tétralogie de Richard Wagner. Opéra qui constitua dès l’annonce du programme de la saison 2007/2008 de l’Opéra du Rhin son incontestable point d’orgue. L’attente était donc grande, surtout après le succès de l’Or du Rhin sous la baguette de Günter Neuhold l’année passée.

Alors trêve de suspense : le moins que l’on puisse dire c’est que cette Walküre strasbourgeoise est un incontestable succès à tous les niveaux. C’est le triomphe d’un metteur en scène et de son inventif costumier , d’une troupe de chanteur irréprochable, d’un orchestre en état de grâce, le tout emmené par un jeune chef plein de promesses.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

David McVicar est un très grand metteur en scène, les rares qui ne le connaissaient pas encore l’auront découvert en cette soirée. Il a su allier intelligemment modernité et respect de la tradition, et surtout du texte. Procédant tantôt par allégorie, tantôt par clin d’œil, il réussit le pari de ne renoncer à aucun aspect du livret. La mise en scène se caractérise par son extrême simplicité, sans superflu, avec pour but sans doute d’être le plus simple et accessible à tous, et pas une pierre du Walhalla ne manque pourtant à l’appel, résultat du travail remarquable mené de concert avec Rae Smith aux décors et costumes. Le cadre est superbe : un arrière fond métallisé permanent durant tout l’opéra sur lequel se reflètent des couleurs selon les éclairages de Paule Constable. Effet garanti.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Dans l’acte premier le décor se résume à la présence d’un frêne majestueux, trônant au sein du foyer de Hunding. Le reste, costume compris, s’inspire de l’habitat et de l’habillement traditionnels du japon ancien. On peut donc voir Hunding et ses hommes vêtus de superbes Kimonos et armés de sabre. Seul le couple des jumeaux garde des costumes dans le style wagnériens le plus traditionnel. Dans l’acte deux le couple McVicar-Rae opte pour un Walhalla en forme de butte métallisée, donnant lieu à une union de ton avec l’arrière plan. A cela s’ajoute, suspendus en l’air par des câbles, des masques symbolisant l’éternité des dieux. Enfin dans le troisième et dernier acte, la montagne des Walkyries prend les traits d’un grand masque de pierre couché sur le sol à l’horizontale. Celui ci ayant l’ingénieuse particularité de pouvoir s’ouvrir, permet ainsi à Wotan d’y déposer Brunehilde afin de la laisser seule mais à l’abri dans son sommeil. Dans ces décors aérés parfois même quasi lunaire, les chanteurs peuvent totalement donner libre court à leur art, gagnant ainsi en émotion et en force dramatique.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Mais assurément ce qui constitua le clou du spectacle c’est chacune des apparitions de Brünnhilde et des ses sœurs. En effet celles-ci sont accompagnées par des figurants harnachés d’une armature en fer avec à son sommet une tête de cheval, et chaussés de ressort. Le tout leur donnant l’apparence de grands chevaux. Idée très intelligente de la part de l’équipe artistique car au-delà de donner un aspect très spectaculaire à chacune des apparitions de ces hommes chevaux, elle s’inscrit dans un but de respect du livret de Wagner. Car les chevaux y tiennent une bonne place, trop souvent omise pour des raisons pratiques.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

L’opéra se conclut par l’embrasement du rocher de Brünnhilde par un feu multicolore, d’abord logiquement rouge, puis bleu pour finir par vert de l’espoir. Celui du héros libérateur à venir que sera Siegfried. Enfin jusqu’au bout McVicar fait preuve d’une rare intelligence dans son adaptation. En effet au lieu d’assister à une fin classique qui aurait vu Wotan statique, face au public et lance à la main, le metteur en scène choisit de prendre le contre-pied de la tradition en plaçant le dieu dos au public, le fait déshabiller par des serviteurs qui dans la foulée, lui font endosser un manteau de couleur sombre, celui du Wanderer qu’il sera désormais et jusqu’à la fin du royaume divin. Une anticipation permanente de la part d’un très grand metteur en scène qui est à saluer.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Si la réussite de cette production tient en bonne partie de son enchanteresse mise en scène, il faut aussi mettre un coup de projecteur sur la distribution sans failles. A commencer par la Brünnhilde de Jeanne-Michèle Charbonnet. Enfin une grande Brünnhilde en scène serait-on tenté de dire ! Les habitués de la discographie de l’œuvre comprendront notre propos, car le passage du disque à la scène est cruel pour beaucoup de chanteuses. C’est tout l’inverse ici. On a droit à une Brünnhilde courageuse, parfois même fougueuse, collant très bien avec le personnage de femme-enfant du livret. Il y a chez Charbonnet une flamme, une réelle volonté d’aller toujours de l’avant sur scène. En plus de sa maîtrise vocale, elle fait aussi montre d’un grand talent de comédienne, car d’abord tout de blanc vêtue puis en tenue traditionnelle de Walkyrie, elle semble vraiment dans son élément. Wotan est incarné par le sculptural Jason Howard, tout en muscle et en puissance. On ne peut s’empêcher de penser à James Morris en l’écoutant et le voyant sur scène. Ils ont la même sensibilité, cette capacité incroyable de transmettre au public la douleur qui les afflige, cette même douleur qui transfigurait littéralement ce Wotan par moment si humain. Jason Howard, dans une tenue rappelant celle du Wotan parisien de la production de Bob Wilson, à savoir une demi toge grise, fait preuve d’une présence scénique exceptionnelle, et a tout d’un dieu, d’abord orgueilleux puis vacillant. Une vraie démonstration après des débuts que nous avions jugés hésitants l’an passé dans l’Or du Rhin sur la même scène.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

Un mot sur la Fricka d’Hanne Fischer, véritable pendant féminin de Wotan, impétueuse et toute en majesté dans une sublime robe blanche. Voilà une femme qui fouet d’or à la main, sait se faire respecter par son mari, tout Wotan soit-il. Et quelle impressionnante arrivée sur scène, tirée par deux béliers qu’elle tient au bout de ses rênes. Saisissant ! Comment enfin ne pas encenser le couple adultérin Siegmund-Sieglinde, campé par Orla Boylan et Simon O’Neill, les deux grandes révélations de la soirée. Peut-être moins à l’aise scéniquement que Charbonnet et Howard, ils n’en sont pas moins remarquables vocalement, pour ne pas dire impressionnants de facilité. O’Neill tout en puissance, donne un Siegmund rageur et épris de revanche sur la vie, prêt à tout pour vivre son bonheur à peine né avec sa sœur-amante, comme animé par un feu intérieur que rien ne semble devoir arrêter hormis la volonté des dieux. La Sieglinde de Boylan se voulait à l’opposé, tout en sensibilité, en féminité et surtout en dignité malgré la souffrance de la vie passée avec Hunding. Une fois les deux amants enfin seuls et libres de s’aimer pour un temps, la magie opére instantanément, le temps semble suspendu pour ne reprendre son vol qu’à la fin de l’acte I, qui nous semble une réussite rarement égalée. Enfin nous conclurons cette vue d’ensemble de la distribution vocale en précisant que tous font preuve d’une parfaite maîtrise de la langue de Goethe. Encore un autre point positif qu’il fallait notifier.

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Photo Alain Kaiser Opera national du Rhin 2008

L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, a semblé comme nous l’avons déjà dit en état de grâce, bien aidé en cela par son chef Marko Letonja, qui mène ses troupes d’une main ferme. Sa direction est idéale, soucieuse du moindre détail, au plus prés des chanteurs, attentive, se montrant un soutien permanent pour eux. L’orchestre répondant parfaitement présent, Letonja dispose tout au long de la soirée d’un outil capable de satisfaire ses moindres désirs artistiques. Avec pour résultat un son épuré, et même aérien : Wagner n’est pas lourd quand il est bien joué, nous en avons eu la meilleure des preuves. Après cette première wagnérienne du chef slovène à Strasbourg, nous n’avons qu’un seul souhait à formuler : qu’il soit aux commandes de Siegfried en 2009 !

Le public nombreux, qui réserva plusieurs rappels et ovationna bien justement toute l’équipe de cette Walküre d’anthologie semblait lui aussi de cette avis. Vivement 2009, et en attendant, il reste trois représentations à voir à Strasbourg, les 27 avril, 02 et 06 mai, puis deux à Mulhouse les 16 et 18 mai.

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- Strasbourg
- Opéra National du Rhin
- 21 avril 2008
- Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre, opéra en trois actes sur un livret du compositeur.
- Mise en scène, David McVicar ; Décors et costumes, Rae Smith ; Lumières, Paule Constable ; Chorégraphie, Andrew George.
- Simon O’Neill, Siegmund ; Orla Boylan, Sieglinde ; Clive Bayley, Hunding ; Jason Howard, Wotan ; Jeanne-Michèle Charbonnet, Brünnhilde ; Hanne Fischer, Fricka ; Karen Leiber, Gerhilde ; Kimy McLaren, Ortlinde ; Annie Gill, Waltraute ; Katharina Magiera, Schwertleite ; Sophie Angebault, Helmwige ; Linda Sommerhage, Siegrune ; Sylvie Althaparro, Grimgerde ; Varduhi Abrahamyan, Rossweisse.
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Marko Letonja, direction











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