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Divine Tosca au Théâtre du Capitole

lundi 24 octobre 2011 par Jean-Charles Jobart
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Vladimir Galouzine, Mario Cavaradossi ; Catherine Naglestad, Floria Tosca
© Patrice Nin

Les saisons au Théâtre du Capitole se succèdent mais ne se ressemblent pas. Il y a un an, la saison s’ouvrait sur une Bohème transposée au sein des poubelles de nos rues. Cette discutable mise en scène n’avait pas fait l’unanimité par sa modernité et son cynisme, peu à même de faire vibrer aux transports de l’amour. La nouvelle saison du Capitole s’ouvre sur une Tosca à la mise en scène toute classique, voire même naïve. Il sera toujours loisible à certains de critiquer ce parti-pris, assez convenu et peu réaliste, imposé dans la commande du Maggio Musicale Fiorentino. Il n’en demeure pas moins que la beauté des décors, la richesse des costumes et la remarquable qualité des éclairages ont charmé le public et parfaitement servi le drame romantique et politique de l’œuvre. Terreur politique et religieuse, torture et harcèlement sexuel : certes, la Tosca porte en elle des douleurs transposables en tous les siècles, mais le drame politique ne prend tout son sens que dans son contexte historique véritable où le drame personnel des deux artistes, héros emportés malgré eux dans l’ouragan des luttes et revirements politiques, puise un supplément d’intensité et, donc, de théâtralité.

Vladimir Galouzine n’est certes plus tout à fait le Hermann de la Dame de Pique qui, il y a trois ans, enflammait de sa folie le même théâtre. Sa voix s’est un peu perdue dans un chant moins phrasé et un vibrato plus prononcé. Mais ce qui demeure de la voix du ténor reste stupéfiant d’intensité et de force. C’est un Cavaradossi héroïque qui dès l’air « Recondita armonia » subjugue le public par sa puissance sonore et son intensité dramatique. D’une générosité sans faille, Vladimir Galouzine offre toute sa voix au timbre chaud et homogène. Caravadossi-Galouzine n’est plus un simple peintre ou chanteur, c’est un révolutionnaire totalement investi pour la République ou la musique, jusqu’au sacrifice de ses forces et de sa vie. Une générosité et une brillance solaire qui ne peuvent laisser aucun public de froid.

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Franck Ferrari, Le baron Scarpia
© Patrice Nin

Franck Ferrari fut sans doute le plus convaincant sur scène sous les traits de Scarpia. Avec un phrasé élégant et une prononciation impeccable, Franck Ferrari fut parfait, à la fois machiavélique et passionné, démoniaque et humain. Rarement Scarpia fut aussi bien incarné sur une scène d’opéra : élégant et pervers, ce monstre est d’abord un homme dont le pouvoir ne laisse plus de mesure à ses désirs. Franck Ferrari n’a pas offert une caricature de méchant mais révélé la monstruosité potentielle de l’humain. Du très grand art.

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Mauro Buffoli, Spoletta ; Franck Ferrari, Le baron Scarpia ; Craig Verm, Sciaronne
© Patrice Nin

Quand une cantatrice doit jouer une cantatrice, il est toujours à craindre que la scène soit quelque peu surjouée. Assurément elle le fut, mais pour le plus grand plaisir du public. Ornée de ses voiles, ses bijoux, la Diva fut réellement divine. Catherine Naglestad ne cesse d’impressionner par sa théâtralité, la puissance de ses aigus, la profondeur de ses graves, ses inflexions de voix, interjections et cris féroces lancés à la face de Scarpia, pour ensuite réussir d’émouvants pianissimi dans son imploration à Dieu. Le public toulousain aura pu apprécier une Tosca exceptionnelle comme il s’en voit peu dans une vie.

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Franck Ferrari, Le baron Scarpia ; Catherine Naglestad, Floria Tosca
© Patrice Nin

Tugan Sokhiev, à la tête de l’Orchestre du Capitole, a offert une lecture kaléidoscopique et ardente de la partition, sachant varier les intentions et les couleurs avec subtilité. Tapis harmonique profond et moelleux, notes délicates, phrases suaves et passionnées, instants violents et dramatiques à souhait : la richesse de la palette de l’orchestre, digne des meilleurs peintres romains, a su à merveille soutenir et amplifier le drame, exaltant ainsi la théâtralité de la musique de Puccini. Cette production d’exception de la Tosca restera assurément et à raison dans les annales du Théâtre du Capitole.

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- Toulouse
- Théâtre du Capitole
- 11 octobre 2011
- Giacomo Puccini (1858-1924), Tosca ; Melodramma en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après le drame de Victorien Sardou « La Tosca ».
- Mise en scène, Mario Pontiggia ; Décors et costumes, Francesco Zito ; Lumières, Gianni Paolo Mirenda
- Catherine Naglestad, Floria Tosca ; Vladimir Galouzine, Mario Cavaradossi ; Franck Ferrari, Le Baron Scarpia ; Nahuel Di Pierro, Cesare Angelotti ; Mauro Buffoli, Spoletta ; José Fardilha, Le Sacristain ; Craig Verm, Sciarrone ; Alexandre Durand, Un Geôlier
- Chœur du Capitole. Chef de chœur, Alfonso Caiani
- Orchestre National du Capitole de Toulouse
- Tugan Sokhiev, direction






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