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Die Fledermaus à l’Opéra National du Rhin

mercredi 28 décembre 2011 par Emmanuel Andrieu
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© Alain Kaiser

Titre phare des fêtes de fin d’année, la célèbre opérette de Johann Strauss fils, Die Fledermaus, était à l’affiche de l’Opéra National du Rhin ces jours derniers. C’est un triomphe mérité qu’a remporté cette formidable production, portée par des chanteurs-comédiens de tout premier ordre.

Après avoir signé in loco une brillante production de L’Enlèvement au Sérail la saison dernière, le jeune et talentueux metteur en scène belge Waut Koeken était à nouveau invité par Marc Clémeur pour mettre en images La Chauve-Souris, bien évidemment donnée dans sa version originale : nous sommes à Strasbourg ! Son travail, remarquable dans sa façon de donner un rythme au spectacle et à manier le chœur avec habileté, s’attache autant à souligner le côté grinçant de l’œuvre que son aspect comique, tentant de retrouver la verve débridée du Réveillon de Meilhac et Halévy, qui avait inspiré les librettistes de Strauss. L’intention est louable et on saluera d’entrée la performance de tous les interprètes, solistes comme choristes, qui jouent et dansent avec conviction, certes parfois au détriment de la stabilité de l’émission, mais donnant ainsi une véritable existence théâtrale à leurs personnages.

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© Alain Kaiser

La scénographie raffinée de Yannick Larivée nous gratifie de superbes tableaux, d’une grande qualité plastique, notamment lors de la scène de bal chez le Prince Orlofsky au II, avec ses huit superbes lustres en cristal. Tombent également des cintres, retenus par des fils, des bouteilles de champagne, des coupes en argent et des miroirs. Subtilement éclairé par Nathalie Perrier, le décor - et les beaux costumes de Susanne Hubrich qui lui sont associés - créent alors une ambiance qui plonge les spectateurs dans le fantastique et le rêve. Le naturalisme très esthétisé du second acte se retrouve au III avec les grands lustres, transformés en élégantes cages destinées aux prisonniers. Le III navigue entre onirisme et procédés les plus éprouvés du comique de vaudeville, qui met ainsi en relief toute la complexité et l’ambiguïté de cette œuvre géniale. Il débute avec la tordante composition de Jean-Pierre Schlagg qui, dans le rôle du gardien de prison (Frosch), interpelle la salle à plein poumons depuis sa loge de proscenium. Remplaçant l’habituel parler viennois, c’est avec un accent alsacien fort prononcé qu’il se met à commenter, de manière hilarante, l’actualité politico-financière du moment (comme il est de tradition à Vienne), problème du Triple A et affaire Strauss-Kahn en tête… Particulièrement savoureux aussi, le moment où il avoue ne rien comprendre à la mise en scène qui lui/nous est donnée à voir, puis ironise sur le chef d’orchestre présent dans la fosse.

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© Alain Kaiser

Sans grandes vedettes, cette Fledermaus aligne néanmoins une distribution de qualité, jeune et homogène. Le baryton néerlandais Thomas Oliemans, dans le rôle de Gabriel von Eisenstein, est un acteur de grande classe et joue à la perfection les maris bernés. La voix accuse en revanche des limites dans le registre aigu (ce rôle est plus souvent dévolu à un ténor) et il se réfugie dans le falsetto à maintes reprises pour esquiver ses problèmes d’émission. Il n’empêche qu’on admire son timbre et sa puissance, alliés à un allemand très idiomatique. Rosalinde trouve dans les moyens chauds et opulents de la soprano américaine Jacquelyn Wagner une interprète digne de ce rôle exigeant. Elle délivre une exquise Csardas – « Klänge der Heimat » - dans laquelle son timbre de velours et ses trilles éblouissants font merveille. La piquante Hendrijcke van Kerckhove incarne une ravissante Adele, à l’aigu sûr et lumineux, particulièrement goûté dans son grand air « Spiel ich die Unschuld vom Lande ». Elle charme également par un tempérament scénique qui fait mouche dans cette composition de soubrette délurée.

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© Alain Kaiser

Isabelle Druet, en Prince Orlofsky, impressionne par la rondeur de son mezzo profond et son abattage vocal, étourdissant dans le célèbre « Ich lade gern mir Gäste ein ». Elle incarne de plus ce rôle de dandy on ne peut plus blasé avec beaucoup d’aplomb et de crédibilité. Christian Baumgärtel, de manière très savoureuse, se plaît à rendre ridicule le personnage d’Alfred, mais ses nombreuses citations d’opéras célèbres - et les notes aiguës qu’elles appellent - dépassent malheureusement les possibilités du chanteur. Aucun reproche à formuler quant au reste de la distribution, du Falke constamment bien chantant de Wiard Witholt au Frank persuasif de Rainer Zaun. Même si nous l’avons déjà cité, nous saluerons à nouveau la formidable performance du comédien Jean-Pierre Schlagg, qui incarne un Frosch à la faconde hautement truculente.

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© Alain Kaiser

A la tête d’un Orchestre Philharmonique de Strasbourg des grands soirs, le chef allemand Roland Böer insuffle une vie bondissante et une rythmique irrésistible à une partition qui est, à nos yeux, une des plus jubilatoires jamais écrites.

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- Strasbourg
- Opéra
- 19 décembre 2011
- Johann Strauss fils (1825-1899), Die Fledermaus, Opérette en trois actes. Livret de Richard Genée.
- Mise en scène, Waut Koeken ; Décors, Yannick Larivée ; Costumes, Susanne Hubrich ; Lumières, Nathalie Perrier.
- Thomas Oliemans, Gabriel von Eisenstein ; Jacquelyn Wagner, Rosalinde ; Hendrickje Kerckhove, Adele ; Wiard Witholt, Dr Falke ; Christian Baumgärtel, Alfred ; Rainer Zaun, Frank ; Isabelle Druet, Prince Orlfsky ; Jean-Pierre Schlagg, Frosch ; Emmanuelle Schuler, Ida ; Lars Piselé, Dr Blind.
- Chœur de l’Opéra National du Rhin ; Michel Capperon, direction des chœurs
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Roland Böer, direction.











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