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Deuxième concert du cycle "Haydn et ses héritiers"

lundi 15 juin 2009 par Cyril Brun

Poursuivant son hommage à Haydn et à ses successeurs, l’OPMC nous a livré ce soir un vrai moment d’équilibre musical. Finesse et précision étaient au rendez-vous pour servir dans un vrai style classique les trois célèbres Viennois, même si le maître de Bonn fut, étonnamment, moins bien porté que ses deux aînés. Étonnamment, car l’orchestre, comme toutes les grosses formations philharmoniques, est d’ordinaire plus à l’aise avec un répertoire ouvert au romantisme, comme l’est déjà Beethoven, qu’avec le style rigoureusement classique. Mais il semble que l’année Haydn et l’impulsion de Yakov Kreizberg soit l’occasion d’une appropriation du classicisme par l’orchestre. En tout cas Haydn et Mozart en furent une excellente illustration.

Dès les premières notes de la Symphonie n°88 de Haydn, on est saisi par la rigueur et la précision du jeu de l’orchestre et par ce quelque chose de rebondi qui fait la fraîcheur du style classique. Les soufflets nous révèlent une précision et une âme très fine, même si les cors étaient à ce moment-là légèrement en dehors. Écart vite rattrapé par la beauté de leur dialogue avec la flûte sur un tapis de violon. Le deuxième mouvement n’envia rien au premier par la beauté des soufflets des nuances sur le tutti et le très beau solo des flûtes et hautbois. Révélatrices d’une nouveauté de style pour l’orchestre, les suspensions rythmiques sont encore un peu scolaires et entraînent un léger retard, tandis que sur le chant très lyrique des violons, les flûtes et hautbois sont trop poussés en dehors. Au contraire, au troisième mouvement tout est parfaitement en place : les suspensions rythmiques donnent du relief au thème, soutenues en cela par des accents parfaitement ajustés pour un second thème réellement magnifique, tout est beauté, finesse, rigueur, nuance, puissance et équilibre. Le quatrième mouvement est par moments plus confus, notamment dans la reprise du thème par les violons et la partie de cors du final. Soulignons l’excellence des violoncelles sur l’ensemble de la partition.

Le premier mouvement du Concerto pour piano n°1 de Beethoven manqua, pour sa part, d’unité entre l’harmonie et les cordes. Une impression de décousu s’installa peu à peu. Les piqués des flûtes par exemple n’étaient pas les mêmes que ceux du reste de l’orchestre. En revanche la fanfare était absolument superbe et d’une rare douceur, comme les cuivres de l’orchestre en ont le secret. Au diapason des cuivres, les basses vents se sont imposées avec chaleur et rondeur, avec de très bons passages, notamment dans l’accompagnement du piano, mais quelques lourdeurs sur les rythmes croches, approximatifs parfois, comme si l’orchestre ne parvenait pas à se situer avec le style précédent de Haydn ; ce qui de fait est une vraie question d’interprétation. Mais il n’était peut-être pas facile non plus de bien faire la part des choses, compte tenu du jeu très frappé de Jean-Bernard Pommier. Un jeu qui manquait de relief et d’âme. C’est par une grande finesse que l’orchestre ouvrit le second mouvement, malgré une entrée trop frappée de la flûte. Une fois encore, l’orchestre a démontré son grand sens d’accompagnateur au service du pianiste, mais c’est à nouveau la finesse des cors qui ravit l’auditeur, puis celle de leur ensemble avec la clarinette, tandis que les magnifiques respirations de cette dernière ont permis un très beau dialogue avec l’orchestre, pour un très grand moment d’émotion. Ainsi entraîné au dialogue, l’orchestre fit vivre la moindre de ses fins de phrase. Finesse prolongée par l’accompagnement pizzicato des violons d’une douceur de velours. Le ravissement se poursuivit tout au long du troisième mouvement avec une harmonie parfaitement en place notamment dans la douceur et la discrétion de ses entrées, à quelques rares exceptions près. Tout l’orchestre se retrouva cette fois-ci parfaitement uni sur des contretemps et des accents rigoureux et précis alliant finesse, puissance, comme un discret rappel de l’écriture classique de Beethoven. Couronné par de très beaux pizzicati des violoncelles, cet ultime mouvement fut réellement un ravissement d’équilibre de tout l’orchestre, malgré le jeu trop marqué du pianiste.

C’est le même équilibre qui caractérisa la Symphonie « Haffner ». Le premier mouvement, à l’exception d’une reprise, fut tout simplement superbe. Au deuxième mouvement, les bassons se distinguèrent par la grande finesse de leurs croches. Beaucoup d’expression et une vraie lecture classique faite d’équilibre. On aurait envie de dire « tout y est », si ce n’était une légère confusion au troisième mouvement avant la deuxième reprise du thème. Il n’en demeure pas moins que ce fut une soirée de grande musicalité. Une soirée où l’on ne s’est pas contenté d’aligner des notes ou de faire plaisir au public par de l’esbroufe comme on le voit malheureusement quelques fois. Une soirée où l’on a fait de la musique au sens le plus plein du terme.

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- Monte-Carlo
- Salle Garnier
- 04 juin 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°88 en Sol majeur
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Concerto pour piano n°1 en Ut majeur Op.15
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Symphonie n°35 en Ré majeur KV385 « Haffner »
- Jean-Bernard Pommier, piano
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Yakov Kreizberg, direction






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