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Deuxième concert du Cleveland Orchestra à Luxembourg

mercredi 4 novembre 2009 par Richard Letawe
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Franz Welser-Möst
© Don Snyder

Le second concert consécutif du Cleveland Orchestra à la Philharmonie de Luxembourg se déroule devant un parterre très légèrement moins fourni que celui de la veille, la faute peut être à un programme un peu moins vendeur, qui débute par la Symphonie n°85 de Haydn.

Cette Symphonie « la Reine de France » est abordée dans un esprit classique et de bon aloi. Le premier mouvement est plaisant, bien tenu rythmiquement, mais manque un peu de contrastes ; la lecture est sans faute, mais aussi sans surprise. On y admire quand même la qualité d’écoute mutuelle exemplaire des cordes, et un merveilleux hautbois. Le deuxième mouvement, délicatement ciselé, est pris à une allure assez vive. Il est marqué par la légèreté des violons, malgré un effectif fourni, et par un splendide solo de flûte, à l’ornementation raffinée. Malgré un trio à l’élégance princière, le menuet laisse un goût de trop en bouche : trop sucré, trop galant, alors que le finale est bien enlevé, sans susciter un enthousiasme démesuré.

Après cette symphonie de Haydn, une œuvre contemporaine, ce qui est peu fréquent pour un orchestre en tournée, mais le Cleveland Orchestra en a l’habitude, lui qui avait joué à sa dernière apparition en 2005 à Luxembourg une oeuvre de Thomas Ades en prélude à la Neuvième symphonie de Mahler.

Ce soir, c’est une pièce de Jörg Widmann qui est au programme, Chör pour grand orchestre, un long adagio symphonique, à l’orchestration très soignée, d’inspiration résolument postromantique, avec des passages évoquant fortement Bruckner, et surtout Mahler. L’orchestration foisonnante et les effets timbriques souvent magnifiques qu’elle donne à entendre font de cette œuvre un objet musical plutôt fascinant, quoique assez froid, et manquant un peu de contrastes dans la première partie. L’écriture est très aboutie, sûre de ses effets, mais comme souvent avec Widmann, on a l’impression qu le concept (comme expliqué par le compositeur : « écrire une œuvre instrumentale qui chante ») tient lieu d’inspiration. L’émotion est donc souvent extérieure et assez stéréotypée : le mimétisme avec Mahler est porté au maximum, mais la musique de Widmann est loin d’avoir la sincérité de celle de son inspirateur.

L’épisode le plus marquant est quant à lui difficile à appréhender : le climax à la fin de la troisième partie, qui est d’une violence et d’un déchaînement tout à fait inouïs, au point de nous avoir littéralement fait peur pour nos oreilles, et d’avoir rendu cette audition physiquement douloureuse. Va-t-on au concert pour souffrir ou pour avoir la sensation de subir un bombardement ? Pas nous !

Le programme est clos par une Cinquième de Beethoven racée, qui se révèle être le meilleur moment de ce concert. Le premier mouvement est tendu et électrique, l’articulation assez courte apportant une urgence remarquablement bien dosée sur toute la durée. L’orchestre de Cleveland est ici à son meilleur : l’équilibre et la transparence des tutti sont prodigieux, la présence des bois et leur relief sont un régal. Le chef laisse ensuite magnifiquement respirer son orchestre dans un andante con moto simple et grand, sans pesanteur, où le cantabile et la chaleur des cordes, l’éloquence de la flûte sont dignes des plus grands éloges.

Sans apporter de révélation d’un point de vue interprétatif, ce n’est pas le propos du chef, les deux derniers mouvements sont extrêmement prenants eux aussi. Franz Welser-Möst y va à l’essentiel, un peu superficiellement peut-être, et laisse son orchestre de virtuoses régaler l’auditoire dans une démonstration de maîtrise collective absolument somptueuse.

Le concert de la veille était un peu plus stimulant du point de vue intellectuel et interprétatif. Celui de ce soir souligne l’excellente entente qui semble régner entre Franz Welser-Möst et son orchestre, qui conserve un niveau technique très impressionnant.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 28 octobre 2009
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°85 en Si bémol majeur « la Reine »
- Jörg Widmann (né en 1973), Chör, pour grand orchestre
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Symphonie n°5 en ut mineur Op.67
- The Cleveland Orchestra
- Franz Welser-Möst, direction











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