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Des Américains à Monte Carlo

jeudi 21 mai 2009 par Cyril Brun
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Wayne Marshall
DR

Après l’excellent concert dédié à l’Amérique du Sud l’hiver dernier, l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo invite l’Amérique du Nord au Grimaldi Forum. Peu connus sur le vieux continent, ou en tout cas souvent jugés avec une certaine condescendance, les compositeurs nord américains du XXème siècle, restent peu joués par les grandes formations européennes. Il est vrai qu’ils sont le reflet d’une certaine culture, ou plus exactement d’un certain syncrétisme culturel qui reste étranger à l’Europe. Le mélange des genres est encore comme flétri par l’impureté dans la mentalité souvent inconsciemment puriste des musiciens. Au contraire, le public raffole de ces rythmes qui, parce qu’étrangers, lui semblent exotiques. Il y a parfois comme un certain snobisme un rien frondeur à se laisser endiabler dans les grands temples du classicisme par ces musiques que l’on considère souvent et à tort, comme peu académiques. Et de fait, le public de la salle des princes a été emballé, au point de rappeler au moins cinq fois le chef Wayne Marshall. Toutefois, si la soirée resta agréable elle fut très loin d’égaler son pendant sud américain.

C’est essentiellement un manque de style précisément dans les rythmes syncopés qui pêcha tout au long du concert. Gershwin ouvrit le ballet des rythmes écrasés et lourds, notamment sur des contre temps allongés et pesants. Jamais l’orchestre ne se départit de cette lourdeur, lui qui avait été si fin et précis dans les rythmes sud américains. Mais au-delà de cette lourdeur il faut souligner un bel ensemble. Les rythmes, même avec ce défaut restaient parfaitement ensemble, ce défaut d’interprétation étant commun à tout l’orchestre. Ce qui amoindrit l’effet confus de certains passages. En revanche les mouvements lents, tant de Gershwin que de Copland ou Bernstein, étaient absolument magnifiques. Dans cette seconde rapsodie, l’alto nous livra un très beau solo, tandis que la caisse claire qui sut allier présence et discrétion, laissa au public le plaisir d’apprécier la dextérité du pianiste, malheureusement totalement couvert dans les tutti fortissimi. Ce manque de finesse se retrouvait également dans les ritenuti assez grossier et patauds.

Même lourdeur pour la première danse de Copland. Les rythmes syncopés étaient totalement écrasés, et semblaient finalement très métriques, voire « solfèges ». Les suspensions, et les contre temps, particulièrement les silences de ceux-ci semblait non pas naturels et dansants, mais au contraire, compté mesure à mesure, faisant ainsi perdre toute vie à la partition. Il faut en revanche souligner la superbe ouverture de la troisième danse. Un grand moment de précision, d’ensemble, de maîtrise de jeu. Malheureusement la partie plus sérielle qui suivit perdit peu à peu de son âme pour devenir légèrement monotone. La dernière danse fut l’occasion d’apprécier une fois encore la grande précision des musiciens de l’orchestre et leur habitude de jouer ensemble. Il semble que cette habitude ait permis de pallier à la direction du chef, qui suivait davantage les musiciens qu’il ne les conduisait. De fait la direction de Wayne Marshall, très appropriée pour un Big Band dans lequel on libère les musiciens, habitués à ce type d’écriture, a peut être été la pierre d’achoppement de ce concert. Il est vrai qu’on ne conduit pas un Big band comme une grosse machinerie philharmonique.

Au demeurant, bien que souvent on déconsidère ces œuvres symphoniques fortement inspirées par le jazz, il s’agit bien d’œuvres symphoniques pour orchestres symphoniques et non de concerts de jazz ou de blues. Ce qui sous entend une interprétation propre qui n’est pas un sous produit de la musique contemporaine, ni une académisation du Jazz. Il n’est qu’à analyser les interprétations de Bernstein lui-même pour s’en convaincre. Ici Candide s’est emballé au départ et les précipitations ont entraîné des décalages assez sensibles entre les cordes et l’harmonie. Décalages ou flous qui s’ils sont un certain style du jazz ne sont pas au contraire un apanage de ces musiques symphoniques. Sur les accents notamment, les timbales n’étaient pas en phase avec le reste de l’orchestre. De ce fait, les syncopes s’enchaînaient mal sur des accents simplement posés. C’est probablement ici et du fait de ces lourdeurs que la soirée fut la plus confuse. West Side Story connut en revanche plus de précisions dans les rythmes, même si les basses étaient encore un peu inertes. Le tutti du second thème fut en revanche aussi confus que Candide, tandis que cor et hautbois nous ravirent d’un magnifique duo, duquel sortit une superbe entrée de violon. Ce sont bien les parties lentes, plus expressives qui donnèrent à cette soirée ses lettres de noblesses, avec de très beaux dialogues et de beaux solos qui mirent en valeur les différents pupitres de l’orchestre et notamment les cuivres et les flûtes. Gershwin in Hollywood portant les mêmes défaut fut toutefois un beau moment très apprécié.

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- Monte-Carlo
- Grimaldi Forum, Salles des Princes
- 15 mai 2009
- George Gershwin (1898-1937), Deuxième rapsodie pour piano et orchestre ; Gershwin in Hollywood.
- Aaron Copland (1900-1990), Rodeo Four dance episodes
- Leonard Bernstein (1918-1990), Candide, ouverture ; West Side Story, danses symphoniques.
- Orchestre Philharmonique de Monte Carlo
- Wayne Marshall, piano et direction






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