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Dernière soirée au Festival de Saintes

mardi 22 juillet 2008 par Benoît Donnet
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Carolyn Sampson
DR

Les deux derniers concerts donnés de jour à l’Abbaye aux Dames ont fait la part belle à la musique vocale : à 20h, l’ensemble Daedalus nous faisait découvrir la musique profane anglaise sous le règne d’Elizabeth, et à 22h30, la soprano Carolyn Sampson, égérie du festival, a chanté des lieder romantiques de Mozart, Schubert et Mendelssohn, accompagnée au piano par l’excellent Kristian Bezuidenhout.

Roberto Festa a supervisé son ensemble Daedalus dans une interprétation chaleureuse de la musique profane anglaise de la transition XVIe-XVIIe siècles ; de cette musique, on peut commencer par noter qu’elle est saisissante par son inconsolable mélancolie, très loin du brillant et de l’éclat du baroque français de la même époque, et qu’elle souffre d’un certain manque de variété. Les pièces qui nous ont été présentées, de fait, se ressemblent toutes dans leur tempo, leur caractère, et même leur tonalité, et l’alternance choisie par les interprètes d’œuvres vocales et instrumentales n’a pas changé grand-chose à cette monotonie d’ensemble. Cependant, ce répertoire, à défaut d’être extrêmement varié et coloré, est intéressant ; marqué par la tonalité, il anticipe sur certaines formes de musique plus mélancolique du XVIIIe siècle, comme l’établira Gluck.

Parmi les pièces que l’on a pu entendre, on retiendra particulièrement la fameuse chaconne de Mr. Verdre, anonyme, qui a conclu le concert dans une atmosphère délicieuse de mélancolie et de consolation, les trois pièces vocales de Thomas Ford, au lyrisme très inspiré, et surtout « O Lord, how vain » de Byrd, compositeur le plus célèbre du lot, pièce mystérieuse et envoûtante. Pour le reste, les autres œuvres, signées par des noms aussi méconnus que Holborne, Hume, Gibbons, Danyel, Tailour ou Simpson, n’étaient pas désagréables mais manquaient de variété et d’une certaine énergie, de sorte que la partie centrale du concert a suscité un certain ennui.

Les interprètes ont été imparfaits mais tout de même très méritants, malgré la programmation un peu univoque. On saluera particulièrement la soprano Monica Mauch, au timbre riche et expressif, à la justesse impeccable, qui a su rendre le climat triste et en même temps rêveur des pièces avec une expressivité très bienvenue. Pour le reste, les instrumentistes ont été inégaux ; la flûtiste Margherita Degli Esposti n’était pas dans un jour de grande forme, accumulant cafouillages et fausses notes. Nous la pardonnerons, étant donné le répertoire peu courant et la difficulté de ses parties. Roberto Festa avait imaginé une mise en scène assez charmante, avec un drap blanc pour projeter les ombres de la soprano et ménager une certaine théâtralité non étrangère à ces œuvres, dont la « mélancolie » s’érige en dogme esthétique ; on pourra quand même trouver que son idée de faire tenir un cygne argenté à Monica Mauch pendant « The Silver Swan » avait quelque chose d’assez douteux. Mais cette mise en scène ajoutait finalement au charme du spectacle et nous ne la regrettons pas. Un beau concert, qui aurait sans doute mérité un peu plus d’énergie et de variété.

A 22h30, changement de répertoire : nous retournions au XIXè siècle, avec des lieder de Schubert et Mendelssohn. Mais d’abord, c’était Mozart qui était à l’honneur, avec cinq lieder et deux pièces pour piano seul. Carolyn Sampson, enceinte mais souriante et très en voix, a été formidable, insufflant à ces pièces une expressivité très théâtrale tout à fait enthousiasmante. Le pianiste Kristian Bezuidenhout a été exceptionnel, discret et probe pour accompagner Sampson et d’une humilité qui ne doit pas cacher un travail de réflexion profond dans Liebhabers verbrannte KV520, et surtout dans la Fantaisie en ut mineur, pièce composite difficile à réussir, et de laquelle le pianiste s’est fort bien tiré, malgré un pianoforte manquant de puissance. On a pu constater dans ces œuvres un effort interprétatif très abouti, s’appuyant une gestion admirable des silences et des respirations, qui ont suscité de très chaleureux et mérités applaudissements.

Dans Schubert, les interprètes ont renouvelé leur réussite, livrant un Ave Maria bouleversant juste avant l’entracte. Puis Mendelssohn leur a servi de terrain de jeu – on peut bien employer ce terme, tant les interprètes semblent s’amuser et prendre du plaisir à jouer. Après un Adagio en sol majeur de Schubert où Bezuidenhout a encore montré des qualités de poésie et de lyrisme admirables, le récital s’est conclu sur « Vedi, Quanto adoro » D510 du même compositeur, une page pleine de fièvre et de brio où Sampson a pu encore briller par son sens de la musique et du texte.

Deux bis ont finalement amené la durée du concert à plus de deux heures. Un instant émouvant, mémorable, qui est déjà la conclusion anticipée de quelques heures de ce grand cru 2008.

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- Saintes
- Abbaye aux Dames
- 19 juillet 2008
- "The Silver Swan"
- Tobias Hume (1579-1645), A jiggle for Ladies ; Thomas Ford (1580-1648), There is a Ladie sweet and kind, What then is love ; William Byrd (1543-1623), O Lord, how vain ; Anthony Holborne (1545-1602), The night watch Orlando Gibbons (1583-1625), The silver swan ; Tobias Hume Loves fawerell John Danyel (1546-1626), Can doleful notes ; John Dowland (1563-1626), Lachrimae Verae ; Christopher Simpson (1605-1669), Galliard Thomas Ford, Not full twelve yaeres ; Robert Tailour (dates inconnues) ; Out from the deep Thomas Ford, Now I see thy lookes ; Anonyme , A ground : Chaconne de Mr. Verdre
- Ensemble Daedelus
- Monika Mauch, soprano
- Silvia Tecardi, Brigitte Gasser, Elisabeth Rumsey, Brian Franklin, Pierre Patzl viole de gambe
- Hugh Sandilands, luth
- Margherita Degli Esposti, flûte
- Roberto Festa, flûte et direction

- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Das Veilchen KV 476, Der Zauberer KV 472, Abendempfindung KV 523, Das Lied der Trennung KV 519, Als Luise die Briefe ihres ungetreuen, Liebhabers verbrannte KV 520, Fantaisie en ut mineur KV 475
- Franz Schubert (1797-1828), Raste Krieger, Krieg ist aus Jaeger, ruhe von der Jagd, Ave Maria
- Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), Das erste Veilchen op.19 n°2, Andres Maienlied op.8 n°8, Da lieg’ich unter den Baümen op.84 n°1, Der Mond op.86 n°5, Die Sterne schau’n in stiller Nacht op.99 n°2, Reiselied op.19 n°6
- Franz Schubert (1797-1828), Adagio en sol majeur D178, Vedi Quanto adoro, D 510
- Carolyn Sampson, soprano
- Kristian Bezuidenhout, pianoforte











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