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Dernier concert du cycle "Haydn et ses héritiers"

mardi 23 juin 2009 par Cyril Brun

Après la belle prestation du concert précédent, on ne peut s’empêcher d’être déçu de la qualité de ce dernier rendez-vous de la série « Haydn et ses héritiers ». Globalement l’orchestre semble sortir épuisé de ce marathon au cœur du classicisme. Si le concert précédent avait semblé marquer une étape dans l’interprétation du style classique par l’orchestre, nous avons assisté ce soir à un certain relâchement dans cette progression pourtant bien engagée.

Le travail soutenu des répétitions au cours desquelles Yakov Kreizberg n’a cessé d’entraîner les musiciens toujours plus au cœur de ce style classique ne s’est pas retrouvé ce soir salle Garnier. Et de fait, l’ouverture de L’enlèvement au sérail, si enlevée et précise lors des répétitions, fut bien différente lors du concert : loin de la précision attendue et requise, les croches étaient toutes allongées, exception faite du très beau jeu fin et détaillé du hautbois sur le mouvement lent. La fin releva toutefois l’interprétation par l’excellence des soufflets en réponse de l’orchestre.

Haydn fut mieux servi. La grande douceur des cuivres, quoique pas tout à fait en place et en avant des violons, installa une atmosphère différente et plus classique, même si, notamment avant le final du premier mouvement, on pouvait regretter certaines fins de note trop allongées. C’est la même impression qui ressort du jeu des violons lors du deuxième mouvement sur le tic tac de l’horloge, qui avait tendance à traîner un peu occasionnant un très léger – mais suffisant pour déstabiliser la rigueur du style – retard. Sur la reprise du tic tac ce sont les violoncelles qui cette fois semblaient non pas en retard mais plus relâchés. D’une manière générale, les violons ne semblaient pas à l’aise avec ce style rebondi au point d’engendrer une certaine platitude sur les ensembles et les balancements de l’horloge. Le troisième mouvement fut plus enlevé avec des accents et des ruptures très en place et très expressifs, mais qui laissèrent malgré tout une impression artificielle. Les ruptures et piqués n’étaient pas naturels, comme si l’orchestre avait du mal non à les jouer, mais à les interpréter. Ce manque de naturel déstabilisa quelque peu le jeu et entraîna un morcellement des cors et des cordes, tandis que les flûtes faisaient une entrée d’une grande souplesse. Le quatrième mouvement fut à l’image des autres : les articulations et contretemps manquaient de rigueur.

Le Concerto n°5 de Beethoven fut pour sa part relativement inégal. Comme lors des concerts précédents, Jean-Bernard Pommier joua un piano toujours métallique, qu’il martela sans grande fluidité. Après le premier solo, les timbales étaient trop en dehors sur l’entrée de l’orchestre, tandis que les cordes étaient trop distinctes du basson sur le premier thème. Après le solo, l’entrée des bois à peine audible fut masquée et confuse. Plus à l’aise que dans Haydn, les violons ont donné des pizzicati très perlés, faisant écho à la finesse et à l’équilibre de l’orchestre, malheureusement heurtés par l’âpreté du piano. Deux styles de jeu qui ne se retrouvèrent pas vraiment, au point d’entraîner un léger retard des violoncelles sur le rythme de croche pointée double. Après l’entrée trop rude des bois, les altos firent un superbe retour sur le thème, tandis qu’un même problème de tempo fut à nouveau sensible entre les cors et le piano, ce qui n’empêcha pas ceux-ci de ravir le public par leur toujours grande finesse. L’appel de cuivre en doubles-croches liées fut repris par l’orchestre de la même façon, laissant une impression inattendue de flou ; d’autant plus inattendu que le rythme repris au troisième mouvement se retrouvait nettement détaché. Les violoncelles se distinguèrent encore au deuxième mouvement par la douceur de jeu de leurs pizzicati, alors que les cors surprirent par d’inhabituelles attaques indélicates. La différence de jeu entre le soliste et l’orchestre fut de nouveau sensible, notamment sur le manque d’unité dans les accents, ou encore sur les posés des cordes et les trilles du piano. Enfin, un autre rare désagrément de l’orchestre, les pizzicati des violons, plus secs, et ceux des violoncelles, plus doux, ne s’harmonisaient pas. Le final de ce mouvement fut toutefois beaucoup plus conforme aux habitudes de l’orchestre, notamment dans la grande stabilité des tenues avant le passage au dernier mouvement. Les pizzicati se retrouvèrent enfin malgré un premier rang de violoncelles parfois métallique. La descente de grave très mystérieusement floue surprit à son tour, tellement elle tranchait avec le reste de l’interprétation. Le son métallique du piano devint réellement désagréable, sa rudesse contrastant avec des timbales, relativement molles et en dehors. Le final, pris peut être trop rapidement au piano, sembla s’emballer sans pour autant entraîner de désagrément.

Une soirée finalement très inégale, mais surtout fort éloignée du jeu habituel de l’orchestre, que l’on sentait comme absent.

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- Monte-Carlo
- Salle Garnier
- 07 juin 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Ouverture de l’Enlèvement au sérail
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°101 en ré majeur « l’horloge »
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Concerto pour piano n°5 en Mi bémol majeur Op.73 « L’empereur »
- Jean-Bernard Pommier, piano
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Yakov Kreizberg, direction











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