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Münchner Opernfestspiele 2007 : Der Fliegende Holländer au Staatsoper de Munich

vendredi 16 novembre 2007 par Richard Letawe
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© Wilfried Hösl

C’est Peter Konwitschny, l’un des metteurs en scène emblématiques du Regietheater allemand qui signe cette production du Vaisseau fantôme, dernier des spectacles que nous suivons cette année au Festival de Munich.

Eu égard à la sulfureuse réputation de Konwitschny, le premier acte de ce Vaisseau est d’un classicisme surprenant : les marins sont de vrais marins, ils voyagent en bateau (dont on voit seulement la passerelle d’accès), et ils subissent une vraie tempête. Le hollandais est vêtu d’une magnifique tenue de capitaine du XVIIe siècle, avec bottes, chapeau à plumes et dentelles au col, qui forme un fort contraste avec les vêtements plus contemporains et plus modestes de Daland et de ses hommes. Seul petit contresens : le fait que l’équipage du hollandais est vêtu à peu près comme lui. Son navire comprend donc une ribambelle d’officiers, mais aucun matelot.

Tout ceci ne nous prépare guère au grand n’importe quoi que constitue l’acte II : l’action se passe dans une salle de fitness, et les fileuses pédalent sur des vélos d’appartement en attendant le retour de leur chéri, avec Mary en guise de « coach ». Senta arrive avec le portrait du hollandais sous le bras, retire son imperméable et enfile sa tenue de sport. Elle passera sa ballade à courir entre les agrès pour tenter de récupérer son tableau. L’entrée d’Erik est aussi cocasse : il arrive en peignoir de bain et pantoufles pour annoncer le retour du navire de Daland, qu’il a sûrement vu dans les bulles du jacuzzi ! C’est ensuite au tour du hollandais de rencontrer Senta, pour une scène durant laquelle les deux promis minaudent et finissent par trinquer au champagne, lui en bottes et cape, elle en collants de gymnastique. Quand Daland arrive, on ne comprend plus rien, car il est quand même censé rentrer chez lui. Est-il capitaine à mi-temps, et gérant de la salle quand le bateau est à l’ancre ? Qu’a-t-il prévu pour le hollandais auquel il offre son hospitalité ? Devra-t-il donner un coup de main à la cafétéria, ou sera-t-il préposé à l’entretien des vestiaires ?

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© Wilfried Hösl

Après ces élucubrations, le troisième acte renoue avec un cadre plausible : la fête du retour se passe dans une auberge plutôt qu’autour du vaisseau du hollandais. Son équipage à la triste figure est assis autour d’une table d’un côté de la salle, alors que les norvégiens sont au comptoir, éclusant leurs chopes et lutinant leurs donzelles. Le tableau est crédible, jusqu’à l’entrée de Senta, qui passe à deux mètres du hollandais sans le voir, suivie par Erik, qui a enfin eu le temps de s’habiller. Le hollandais n’a même pas besoin de se cacher pour tout écouter, il est assis sur une chaise avec ses hommes, dos au public. Lorsqu’il en a assez entendu, il se lève, et Senta le reconnaît enfin. Tout cela ne serait rien si Senta, au lieu de se jeter dans la mer pour le suivre, comme il est écrit, ne jouait les artificières, en mettant le feu à un tonnelet de poudre, alors qu’il n’a même pas encore quitté la pièce. Voilà qui change complètement, la signification de l’épilogue de cet opéra, Senta est censée se sacrifier pour obtenir le salut du hollandais, en le rejoignant dans les flots, et elle devient une terroriste, qui se fait exploser, avec toute l’assemblée, son homme compris. Ne parlons même pas de la probabilité de trouver un tonneau de poudre dans un estaminet, négligemment posé dans un coin, tout exprès pour provoquer une catastrophe. Notons encore qu’après l’ assourdissante explosion, ce n’est pas l’orchestre qui joue les derniers accords, mais un simple enregistrement.

Ce naufrage scénique est heureusement compensé par une prestation musicale de bon niveau. Anja Kampe, qui a déjà tenu le rôle au Théâtre Royal de la Monnaie est une très bonne Senta, au chant puissant et bien projeté, au timbre lumineux et à l’intonation sans faille, compensant largement un vibrato un peu trop marqué. Le cas du hollandais est plus problématique : Juha Uusitalo, au physique imposant, lui permettant même de soulever sans effort Matti Salminen, a une forte présence scénique, qui ne débouche cependant pas sur une incarnation vocalement marquante. La voix est belle, mais manque un peu de puissance, avec un grave assez inconsistant, et le chant est soigné, mais a peu d’impact et gagnerait à être plus articulé.
Malgré le peu de contenance que lui donne son accoutrement, Kurt Streit est un Erik viril et sonore, mais c’est le Daland de Matti Salminen qui lui ravit néanmoins la palme. La basse finlandaise, après de longues années de carrière, conserve un timbre remarquablement préservé, des graves imposants, et manifeste une volonté constante de chanter son rôle, plutôt que de l’aboyer.

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© Wilfried Hösl

Le Bayerisches Staatsorchester est avec Wagner dans un répertoire qui lui convient à merveille. L’orchestre fait preuve d’unité et de puissance, de même que les chœurs, incisifs et éloquents. Ils sont malheureusement placés sous la direction d’un Adam Fischer qui cherche à donner du souffle à ses troupes, mais se montre surtout brutal et avare en nuances

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- Munich
- Nationaltheater
- 26 juillet 2007
- Richard Wagner (1813-1883), Der Fliegende Holländer
- Mise en scène, Peter Konwitschny ; Décors et costumes, Johannes Leiacker ; Dramaturgie, Werner Hintze
- Daland, Kurt Moll ; Senta, Anja Kampe ; Erik, Klaus Florian Kurt Streit ; Mary, Heike Grötzinger ; Steuermann, Kevin Conners ; Holländer, Juha Uusitalo
- Chor der Bayerischen Staatsoper ; Chef de chœur, Andrés Máspero
- Das Bayerische Staatsorchester
- Adam Fischer, direction






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