ClassiqueInfo.com




Demi-part de Quatuor Emerson

mercredi 1er avril 2009 par Théo Bélaud
JPEG - 13.7 ko
Emerson Quartet
© Mitch Jenkins

Mauvaise pioche, ou tirage truqué pour la difficile succession du Quatuor Hagen dans le cours de la saison de quatuors au Louvre. C’étaient officiellement les Emerson, certes, dont on a pu deviner à ce concert au moins une partie de ce dont ils sont encore capables dans des conditions normales. C’est-à-dire seuls ou avec un pianiste en bonne forme, le meilleur de leurs primarius en action, leur vrai violoncelliste et non une guest-star, et avec plus d’une répétition.

Le problème se présentait de la façon suivante : souffrant, David Finckel avait déclaré forfait pour ce concert, apparemment à la dernière minute : du moins, juste le temps d’appeler Gary Hoffman à la rescousse, et de répéter une fois l’après-midi du concert. Intégrer un violoncelliste à un quatuor en une séance de travail, quelque soit son niveau et celui de ses partenaires improvisés, n’est déjà pas une mince affaire. D’autant moins que le quatuor en question n’est pas de ceux qui fonctionnent sous la direction concertante du primarius, les violonistes pratiquant du reste souvent l’échange de poste : ceci signifiant que c’est un quasi second leader qu’il s’agit d’intégrer. S’ajoutait à cela une complication supplémentaire, celle de trouver, en deux ou trois heures donc, une osmose avec un piano, et ce pour l’ensemble d’un programme se prêtant lui-même peu à l’improvisation collective : autant dire que les dés furent certes jetés courageusement dans l’Auditorium du Louvre, mais qu’ils étaient plus que pipés. Soit dit en passant, ce n’était pas une mauvaise idée de faire voisiner les sol mineur de Brahms et Chostakovitch, quoique l’on aurait préféré que cela se fasse dans l’ordre chronologique, plutôt que - seule explication plausible - de privilégier le succès consensuel que garantit, à ce niveau, le finale à la hongroise.

L’inconvénient supplémentaire de cet ordonnancement était que le quatuor de Brahms s’avérait de loin le point noir de la soirée, soirée par ailleurs réduite à une dimension assez anecdotique. La valeur des musiciens, n’est que relativement en cause, on s’en doute. Mais au moins les uns par rapport aux autres, - la quasi improvisation du concert donnant à leurs prestations individuelles un impact anormalement important sur la perception générale - l’homogénéité qualitative ne compensait pas vraiment l’absence de cohésion naturelle. Les habitués des prestations des Emerson semblent d’ailleurs s’accorder sur au moins un point : l’inégalité à presque tous points de vue (autorité, son, maitrise technique) entre les primarius tournants, Philip Setzer et Eugene Drucker, au net avantage du premier nommé. Mais aussi, de façon un peu plus inattendue, on remarquait tout au long du programme une pareille inégalité d’implication comme de moyens instrumentaux entre l’alto de Lawrence Dutton et le violoncelle vedette de Gary Hoffman, ce dernier ne semblant guère à son aise sur la chaise de David Finckel. Dutton, en revanche, est l’un des altistes les plus impressionnants que nous ayons jamais entendus, mais si sa sonorité, sa justesse et sa capacité à projeter des phrases solidement formées font toujours un effet certain, le procédé tend à devenir répétitif et un peu prévisible, singulièrement dans Brahms, l’opus 25 tendant très bizarrement, dans le premier mouvement notamment, vers les 114 ou 120. La tenue instrumentale ne servait donc pas de paravent à la friabilité, compréhensible, de la mise en place et de l’unité de ton.

D’autant plus frustrant que cette prestation bancale avait bien commencé, les deux premiers mouvements du Quintette avec piano de Chostakovitch se déployant avec une intensité lyrique certaine, conduite par l’archet très fin d’expression et limpide de sonorité (ce qui n’est pas non plus, certes, le premier choix stylistique dans cette musique) de Philip Setzer, et par une Leonskaja solidement expressive. Deux premiers mouvement tous deux conduits selon une esthétique cohérente, là encore passablement occidentalisée et lissée, mais rendue crédible par la capacité des interprètes à maintenir de la continuité dans des lento et adagio pris généreusement au pied de la lettre. Mais tout cela n’allait pas tarder à se déliter. D’abord l’autorité du jeu de la pianiste, cette dernière se montrant de plus en plus timide et avançant à courte vue, et ne stabilisant plus guère ses partenaires. Le violoncelle de Hoffman (fort peu imposant ni chaleureux pour un instrument qui fut celui de Leonard Rose) en étant encore plus incapable, la nécessaire pleine santé rythmique nécessaire à la cohésion des mouvements suivants en était hypothéquée. Rien de foncièrement scandaleux, mais certainement pas quelque chose de digne de musiciens de cette réputation, quand bien même un solo de Setzer par ci ou par là (scherzo, intermezzo) sauvait les apparences. A l’exception peut-être d’un mouvement lent assez intense, mais non sans volontarisme, le quatuor de Brahms sombrait corps et bien dans le brouillon, seules les interventions proches de l’exhibitionnisme de l’alto maintenant un semblant d’attention sur ce qui n’était plus qu’une figure imposée de the show must go on. On ne se dédira pas : bien sûr qu’avec des instrumentistes de cette trempe, le finale déclenche l’enthousiasme du public pourtant connaisseur du Louvre. Il faut bien vivre, et ces musiciens doivent bien savoir qu’ils ont dû ce soir là faire contre mauvaise fortune... professionnalisme. Les vrais Emerson au complet, ce doit être autre chose, et ce n’est que partie remise.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris.
- Auditorium du Louvre.
- 11 mars 2009.
- Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quintette avec piano en sol mineur, op. 57 (a) ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor avec piano n°1 en sol mineur, op. 25 (b).
- Elisabeth Leonskaja, piano (a)).
- Gary Hoffman, violoncelle.
- Emerson Quartet : Philip Setzer, 1er violon (a) ; Eugene Drucker, 2nd violon (a), violon (b) ; Lawrence Dutton, alto.






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 829826

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique de chambre   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License