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Demi-concert d’exception

lundi 7 janvier 2008 par Richard Letawe
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DR

Les apparitions à Bruxelles de Nikolaus Harnoncourt se sont faites trop rares ces dernières années. Cette saison, il sera heureusement deux fois présent dans la capitale de la Belgique, ce soir dans un programme de classiques viennois avec le Concentus Musicus, puis en avril prochain pour les Scène du Faust de Goethe de Schumann avec le Concertgebouworkest.

Haydn est le compositeur à l’honneur de la soirée avec deux symphonies, la n°60 « Il distratto » et l’une des londoniennes de la première série, la n°97. Harnoncourt a enregistré ces deux œuvres il y a un peu moins de vingt ans pour Teldec, la première avec le Concentus Musicus, et la seconde avec le Concertgebouw. La symphonie n°60 est en fait une musique de scène, composée par Haydn pour la comédie « Le Distrait » de Jean-François Regnard. Un bourgeois y est tellement distrait qu’il est obligé de faire un nœud à son mouchoir pour ne pas oublier son mariage. Haydn y donne la mesure de son tempérament inventif et de son goût des surprises en demandant aux instrumentistes de s’interrompre de jouer un instant durant le finale, car ils ont oublié de s’accorder. Pour ceux qui connaissent son disque, la permanence de la conception de Harnoncourt dans cette œuvre à deux décennies d’intervalle est remarquable. Le chef est resté le même, qui fait un brûlot de chaque partition qu’il dirige, exacerbe les contrastes, et en extrait toute la sève théâtrale. Les tempi sont vifs, les accentuations abruptes, les phrasés souvent anguleux. Cette manière, dans le répertoire classique, de prendre les partitions à bras le corps, au risque de les violenter quelques fois peut agacer, mais elle a le mérite de rendre chaque exécution passionnante, et de faire exprimer par chaque œuvre tout ce qu’elle contient. De plus, Harnoncourt sait ne pas aller trop loin, et est capable de phrases d’une douceur inouïe lorsque le discours l’exige. Avec un Concentus Musicus aux sonorités un peu moins vertes que par le passé, il donne une lecture vigoureuse, pleine de panache de cette symphonie, et en rajoute même dans les surprises, en donnant au finale une fausse fin, au grand plaisir des spectateurs.

La symphonie n°97 de ce soir diffère quant à elle beaucoup du disque. Bien sûr, l’orchestre n’est plus le même, la signature sonore du Concentus Musicus n’ayant rien à voir avec celle du Concertgebouworkest. Cependant, le principal changement est à mettre à l’actif d’Harnoncourt qui, au contact de son orchestre fétiche, affermit le discours, dynamise les attaques, et creuse les phrasés. Sa direction est ici plus fouillée et plus diversifiée, perdant en confort sonore, mais gagnant en dramatisme et en intensité. Cela donne des mouvements rapides musclés, bourrus même plus d’une fois, et surtout un Adagio éperdu, dont le chef traduit comme personne les tendances inquiètes et versatiles, en donnant une version très noire, âpre et tendue, soulignant le caractère pré-romantique de ce mouvement.

Les interprétations de ces deux symphonies furent donc des moments inoubliables, d’une poésie et d’une évidence rares. Le programme entre les deux fut malheureusement moins bien choisi, non pas en raison des œuvres : des airs tirés du rare Il Sogno di Scipione de Mozart, le « Non temer, amato bene » pour l’Idomeneo du même, et deux airs de Haydn encore moins fréquents, il était intéressant de les entendre, mais plutôt en raison de leur interprète, le ténor Michael Schade, en très petite forme, et à l’italien bien scolaire. Il est d’autant plus dommage d’avoir choisi ce soliste aux aigus difficiles et au chant raide qu’Harnoncourt est un des rares à prendre ces partitions au sérieux, les dirigeant avec le même soin qu’il mettrait à jouer une symphonie de Bruckner.

Ce n’est pas la première fois que Nikolaus Harnoncourt part en tournée avec des chanteurs improbables en guise de complément de programme, nous avons ainsi le souvenir d’un programme Schubert il y a plus de dix ans dont les symphonies étaient plombées par des airs chantés par les insuffisants Robert Holl et Charlotte Margiono. C’est dommage, car cela donne l’impression d’avoir assisté à un demi-concert.

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- Bruxelles
- Palais des Beaux-Arts
- 15 octobre 2007
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonies n°60 en Ut majeur Hob.I :60 « Il distratto » et n°97 en Ut majeur Hob.I :97, Scène « Ah, tu non senti, amico… Qual destra omicida » Hob. XXIVb :10, Scène « Dov’è quell’alma audace… in un mar d’acerbe pene » extrait de L’anima del filosofo, ossia Orfeo ed Euridice Hob.XXVII :13 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Arias « Risolver non osa » et « Di’che sei l’arbitra » extraits de Il sogno di Scipione KV126, « Venga la morte… Non Temer, amato bene » KV490
- Michael Schade, ténor
- Concentus Musicus Wien
- Nikolaus Harnoncourt, direction











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