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Découvertes intéressantes au cœur du Poitou

lundi 16 août 2010 par Carlos Tinoco
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Peter Swinnen
DR

On avait qualifié Guy Danel de missionnaire dans un précédent article, on ne croyait pas si bien dire. L’association dont il s’occupe, l’A.R.A.M., organise dans le Poitou des rencontres de musique de chambre qui sont l’occasion de se côtoyer pour des compositeurs confirmés ou apprentis, des luthiers, des solistes, de jeunes ensembles professionnels ou amateurs et d’y suivre l’enseignement de noms importants de l’histoire récente du quatuor, le tout dans un souci constant de recherche de formes de transmission nouvelles ou appropriées à l’heure. Transmission entre les générations d’interprètes, entre professionnels et amateurs ; transmission, comme dans le festival des Coteaux de Gimone, à un public qu’on tente d’amener à la musique de chambre et à la musique contemporaine. Des rencontres à l’image de celui qui les a initiées : variées, riches, pensées, mais aussi saisies au vol ; à coup sûr Guy Danel fait ici œuvre importante, non moins que lorsqu’il devient prophète de Weinberg avec ses partenaires de quatuor. Ce soir, sous le maigre auvent d’une petite cour de mairie, Éric Robberecht, Assistant Konzertmeister à l’Orchestre de la Monnaie, jouait une sonate de Mozart avec une jeune pianiste coréenne, Jung-A Yoon, puis une pièce de Peter Swinnen (compositeur en résidence dans l’académie d’été du Poitou où il dispense des cours) pour violon seul, alternant avec le jeune Quatuor Coryfeye qui avait inscrit à son programme Stravinsky et Beethoven.

Ce fut la soirée des découvertes. Certes, il y aurait à redire sur l’entente entre le piano et le violon dans la Sonate KV 376 de Mozart, mais on tout de même été impressionné par le jeu de Jung-A Yoon. Des qualités d’articulation évidentes, qui lui ont permis de dessiner un Mozart ferme, mais plein d’esprit. Pas d’ostentation, pas de feu d’artifice digital, seulement une sûreté de geste et une grâce constante qui fait apercevoir une musicienne autant qu’une pianiste. S’il faut émettre des réserves, c’est sur l’écoute mutuelle avec Éric Robberecht. Car, dans le même temps qu’elle nous révélait un Mozart mutin, celui-ci traçait au violon des contours nettement plus robustes. Et même si, chez les deux partenaires, le geste interprétatif restait assez classique, empruntant peu aux baroqueux (le jeu perlé de Jung-A Yoon a bien plus d’échos lointains de Lily Kraus que de parenté avec l’exploration du pianoforte), les intentions ne convergeaient pas suffisamment pour qu’on soit complètement emporté.

D’autant que nos regrets ont été avivés par ce que Robberecht a montré dans la courte pièce de Peter Swinnen ; dans cette œuvre extrêmement spirituelle, dans tous les sens de ce terme, où il est question de s’approcher de la corde du violon jusqu’à entrer en elle pour sentir son murmure, il a su saisir et rendre tous les aspects de cette écriture protéiforme (humour, fantaisie, tendresse, jeu avec l’absurde, stridence, étrangeté et finalement recueillement quasi-religieux).

Et nous n’étions pas au bout de nos découvertes, puisque le jeune Quatuor Coryfeye nous a révélé une ossature prometteuse. Le dialogue entre les deux frères au premier violon et au violoncelle a toute la finesse et tout le contraste requis pour constituer une solide charpente. Raphaël a plus de rondeur, Alexandre plus de fougue, mais il se tisse entre les deux une intimité musicale évidente. On parle de fougue, il est net que le Quatuor Coryfeye dispose en Alexandre Feye d’un primarius qui allie à une solide technique un tempérament héroïque qui est une arme à double tranchant. Pour l’instant, dans la véhémence de son jeu on n’entend aucune brutalité et elle est particulièrement bienvenue pour les deux premières pièces de Stravinsky (n’oublions pas que leurs dates de composition les rapproche du Sacre), mais quand les passages où l’écriture exige détente et douceur sont moins aboutis, cela déséquilibre un peu l’ensemble. Et, à terme, on a le sentiment que si rien ne venait infléchir cette tendance, cela pourrait le mener à ce qui peut gêner dans le jeu d’un Lucas Hagen. On fait d’ailleurs le parallèle en pleine conscience du fait qu’il s’agit aussi d’un hommage aux promesses qui s’esquissent en lui. Seulement il faudrait pour l’équilibre général, pour que Beethoven paraisse moins unidimensionnel (même si ce qui se déroule dans cette dimension est déjà impressionnant), que d’autres facettes soient explorées avec la même intensité. Cela pourrait venir notamment de l’influence du second violon, Gergely Kòta, dont certains phrasés nous ont donné un net regret qu’il reste autant en retrait. Quant à l’altiste, Barbara Giepner, qui les a rejoints il y a seulement un mois et qui les quittera pour d’autres engagements à la fin de l’été, on ne peut que déplorer son départ annoncé, tant son engagement et ses qualités instrumentales semblaient propres à venir soutenir et en partie perturber de manière salutaire le tête à tête entre les deux frères Feye.

Mais ces réserves ne doivent pas occulter le fait qu’un quatuor vieux de deux ans seulement a su rendre avec panache le mordant de l’écriture stravinskienne (même si on a senti tout de même dans la troisième pièce que la pâte sonore du quatuor est encore en construction) et donner une lecture très tendue du premier quatuor de l’opus 18 de Beethoven, où la prise de risque importante n’a jamais pour autant donné l’impression qu’ils étaient près de s’y perdre.

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- Frozes
- Mairie
- 15 août 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Sonate pour piano et violon en fa majeur KV 376
- Peter Swinnen (né en 1965), Dorce I pour violon seul
- Jung-A Yoon, piano
- Éric Robberecht, violon
- Igor Stravinsky (1882-1971), Trois pièces pour quatuor à cordes
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor en fa majeur opus 18 n°1
- Quatuor Coryfeye : Alexandre Feye, violon I ; Gergely Kòta, violon II ; Barbara Giepner, alto ; Raphaël Feye, violoncelle






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