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Déception unanime !

lundi 12 octobre 2009 par Cyril Brun
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Cristian Mandeal
DR

Tout le public monégasque se réjouissait à l’occasion de cette rentrée musicale de retrouver le nouveau tandem désormais composé du Philharmonique de Monte Carlo et de son directeur musical Yakov Kreizberg, pour une saison faite à cette double mesure, celle d’un grand orchestre prêt à relever les défis de son chef et celle de Yakov Kreizberg, dont on retrouve la marque à chaque page d’un programme qui lui ressemble.

Et ce concert de rentrée devait être placé sous cette marque puisque Mahler est un compositeur cher au chef russe en même temps qu’un compositeur pour chef, pour grand chef. Sans doute en effet peut-on dire qu’on ne peut tricher dans une symphonie de Mahler, et les chefs de moindre talent ou jouant sur les effets de manche ne résistent pas aux partitions du viennois. Ouvrir l’année par la symphonie la plus grandiose de Mahler était un double signe. Celui sous lequel Yakov Kriezberg comptait placer la saison en même temps que tout le temps qu’il passerait à la tête de la phalange monégasque, et un signe de bienvenue de tout l’orchestre à celui qu’ils ont eux-mêmes choisi comme chef.

Malheureusement, Yakov Kreizberg souffrant, fut remplacé en quelques jours par Cristian Mandeal, et à ce double signe furent substitués un regret et une autre déception. Au-delà du courage de Cristian Mandeal d’accepter en quelques jours de diriger une telle œuvre avec un orchestre qui n’est pas le sien, et qui se réjouissait de se donner sous la baguette de son chef, il faut bien dire que la prestation fut relativement plate et laborieuse, ajoutant à la déception première la déception musicale. Incontestablement interpréter une telle partition peut revêtir plusieurs formes et si la musique a besoin des mots et des images pour livrer sa substantifique moelle, l’interprète doit poser des choix de lecture qui dans une telle symphonie seront nécessairement tributaires de son propre rapport aux choses de la nature. Or, dans ce premier mouvement il nous a semblé que Cristian Mandeal ne percevait pas les pierres, la dynamique de la nature ou encore l’aspect joyeux, heureux, de cette symphonie qui est, selon Mahler lui-même, le dénouement des souffrances des deux précédentes. À dire vrai, le sentiment qui prédominait fut celui d’un chef consciencieux et rigoureux qui tentait de ne pas se laisser dominer par la partition. En effet, sur la superbe profondeur introductive des basses, fut immédiatement et définitivement plaqué un style très carré, rugueux. Ceci eut pu être une façon de concevoir les minéraux représentés dans la partition. Cependant, cette carrure brisait la dynamique de l’œuvre et ne renvoyait en rien à l’aspect heureux de cette nature, certes en création, encore informe voire chaotique, à ce stade de la symphonie. Sur le solo de premier violon, les flûtes, alourdies par les timbales, semblaient reproduire chaos informel de la Création. Finalement c’est bien une impression de décousu qui présida à cette première partie dans laquelle les motifs, quoique excellemment interprétés en eux-mêmes, n’ont jamais vraiment tenu leur place dans la construction de cette nature symphonique. L’œuvre parut plus mécanique qu’organique notamment sur les interventions des cuivres. À plusieurs reprises, les accents des roulements de timbales furent différents de ceux de l’orchestre. Après l’intervention précise de la caisse claire, la partie de trombone reprit superbement le récit, toutefois mal déployé par le motif rythmique peu net et relâché. Mais le charme reprit avec un bel ensemble de violoncelles, hautbois, puis violons, perturbé malheureusement par une transition de harpe assez approximative, suivie d’une montée du finale saccadée, notamment par la percussion. C’est la même dynamique saccadée qui vit entrer les violons, brusqués à leur tour par les clarinettes. Manque d’homogénéité également dans les accents frappés des cordes. le manque d’homogénéité dans l’alternance premier violon/flûtes cloisonna le paysage au lieu de l’unir, selon la conception de Mahler. Même sentiment de rupture avec le thème des violons pris de façon trop conclusive. Enfin, une l’omniprésence des clarinettes, des enchaînements trop plaqués ont contribué à peindre un tableau de la nature plutôt statique que dynamique. Ce que les ritenuti laborieux et les reprises en appogiatures des violons ne contribuèrent pas à alléger pas plus que les flûtes légèrement en retard qui s’imposaient de façon stridente. Cette dissociation motivique ne put rendre l’unité d’âme de la nature au point d’arriver lourdement sur un finale inopportun.

Le troisième mouvement fut tout aussi percuté par l’entrée des clarinettes ou le son nasillard du hautbois. L’ensemble était d’une manière générale trop rigide pour que l’on puisse percevoir la spontanéité du son de la nature saisi par le compositeur. Très bel et émouvant appel lointain de trompette, sur un tapis de violons toutefois approximatifs, notamment sur les changements de coups d’archets. Les clarinettes reprirent avec lourdeur et une trop grande distance tout en étant trop sur le trompette solo. Même manque d’équilibre entre le trombone et la trompette dont on sentait les aigus difficiles. L’appel trompette/flûte fut véritablement en dehors du jeu tandis que le hautbois renversait ses accents. Même problème d’ensemble dans les changements de coups d’archets sous le solo de trompette, auquel s’ajouta un problème de justesse des trompettes sur leur partie en duo avec les cors.

Dans le quatrième mouvement les cordes basses semblèrent quelque peu scolaires, ce qui ne gêna en rien l’impeccable entrée de Birgit Remmert, pourtant mal doublée à la trompette. Entrée non reprise par des cors d’une brusquerie inhabituelle pour ce pupitre. Mais c’est par un très beau solo que le cor épousa magnifiquement la voix de la soliste, lui ouvrant une extraordinaire sortie du silence d’où purent s’exhaler de belles basses d’une grande stabilité dans les tenues. Entrée par appogiatures indélicates des trombones en revanche, ouvrant une nouvelle juxtaposition des instruments et des motifs. C’est ainsi que le chœur entra sans ensemble avec l’orchestre. Les tempi du dernier mouvement ne furent pas suffisamment posés pour inspirer ce sentiment de paix voulu par le compositeur. Instabilité renforcée par le manque d’ensemble des bois et des cordes, perturbée encore davantage par la justesse indélicate de l’entrée des altos. En revanche, après une superbe et fine entrée, la flûte entama ce qui fut un beau solo, poursuivi par les magnifiques pizzicati des basses, malgré des violons poussifs ouvrant un tutti aussi pénible que laborieux. Tandis que les trombones pilonnaient leurs accents, les autres instruments ne parvenaient pas à se faire leur respiration. Au lieu de sortir d’eux ils éclataient à côté, ne laissant rien de paisible ni d’heureux à un finale rendu très plat.

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- Monte Carlo
- Auditorium Rainier III
- 20 septembre 2009
- Gustav Mahler (1860- 1911), Symphonie n°3 en ré mineur
- Birgit Remmert, mezzo soprano
- Chœur philharmonique tchèque de Brno
- Orchestre Philharmonique de Monte Carlo
- Cristian Mandeal, direction











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