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Début de la saison du cinquantième anniversaire de l’Orchestre Philharmonique de Liège

vendredi 1er octobre 2010 par Richard Letawe
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Anna Larsson
© T. Ullberg

Après quelques concerts donnés en plein air dans le cadre des Fêtes de Wallonie, le coup d’envoi officiel de la saison du cinquantième anniversaire de l’orchestre Philharmonique de Liège était donné ce vendredi, un concert dont le programme avait été joué la veille au Palais des Beaux Arts de Bruxelles au sein du cycle Mahler par les orchestres belges.

Dirigé par John Axelrod, dont on se souvient pour avoir conduit l’OPL en 2006 dans une très belle suite on the Waterfront de Leonard Bernstein, le concert débute par Siegfried-Idyll de Wagner. Portée par un chef attentif et inspiré, l’interprétation est de toute beauté, faisant parfaitement ressortir la qualité la plus manifeste de l’orchestre, sa transparence. On entend tout, et c’est magnifique, car les cordes sont extrêmement légères et réactives, soutenant des piani de grande qualité, et des bois en pleine gloire, dont notamment un hautbois incisif et chaleureux, dont le lyrisme fera effet toute la soirée. John Axelrod dirige avec beaucoup de tact et de poésie, évitant tout enlisement de la pièce dans un hédonisme qui lui est étranger, et ménageant quelques beaux effets, comme la première entrée des bois, un peu lointaine, comme si les musiciens étaient encore en train de marcher pour rejoindre le lieu de leur aubade.

Une superbe entrée en matière pour cette nouvelle saison, qui se poursuit avec le Konzertstück pour quatre cors de Schumann. Traditionnel point faible de nombre d’orchestres, le pupitre des cors est à l’OPL très bien pourvu avec deux chefs de pupitre de haut niveau, Nico De Marchi et Bruce Richards, qui réalisent une prestation pleine de panache dans cette œuvre délicate à aborder. Jouant pratiquement sans accident, faisant preuve de sensibilité dans la Romanze centrale, ils sont soutenus efficacement par leurs collègues Geoffrey Guérin et David Lefèvre qui se montrent également à la hauteur de l’enjeu. Le seul bémol provient de l’accompagnement prodigué par John Axelrod, vivant et enthousiaste, mais quelque peu ronflant dans le premier mouvement, où l’orchestre a tendance à légèrement couvrir le quatuor de cors, et où les cordes manquent un peu de tranchant. Les choses s’arrangent ensuite, avec un finale attaqué résolument mais pas trop martial, et surtout avant cela dans le deuxième mouvement, où la douceur et la souplesse des violoncelles sont remarquables.

Avec les Symphonies n°2, n°4 et n°7, les Lieder eines fahrenden Gesellen et le Chant de la Terre ce soir, et même le bis de ce premier concert où les quatre cornistes jouent une transcription de l’Urlicht de la Symphonie n°2, Mahler sera très présent lors de cette saison, encore un peu plus que d’habitude à Liège où l’où peut généralement entendre toutes ses symphonies, à part la Huitième, dans un intervalle de trois ou quatre ans.

Pour ce Chant de la Terre, John Axelrod fait un très bon travail à la tête de l’OPL, faisant rutiler les pupitres avec gourmandises, tout en restant attentif au confort des chanteurs et à la précision de la mise en place. Sa direction est sobre, généralement assez traditionnelle, avec quand même une originalité intéressante dans la partie orchestrale centrale de l’Abschied, qui est très rythmée, presque chorégraphiée, et sonne ainsi à la manière d’une Danse macabre.

Remplaçant Stephen Gould malade, c’est Thomas Mohr qui tient la partie de ténor, honorablement, en dépit de quelques difficultés. La voix est puissante et solide, mais le timbre a peu de charme, et l’émission est assez dure. Il chante un peu bas au début de son premier lied, et a tendance à escamoter les aigus sur la fin, alors qu’ils devraient avoir plus de temps pour résonner. Le ténor assure ensuite sans trop de problèmes mais sans beaucoup d’éclat dans Von der Jugend, et est encore plutôt convaincant dans Der Trunkene im Frühling malgré quelques aigus difficiles.

Il se fait aisément voler la vedette par Anna Larsson, un vrai contralto, ce qui dans cette œuvre où l’on entend souvent mezzos ou encore barytons de plus en plus nombreux, est presque devenu une surprise. Mis à part quelques menus problèmes vocaux dans son premier lied Der Einsame im Herbst, où elle rencontre quelques difficultés à alléger et où son vibrato est un peu envahissant sur les premières strophes, il n’y a rien à redire de la prestation de la cantatrice suédoise, qui fait vivre le texte et parler les mots avec une simplicité et un naturel hors pairs, et propose de l’Abschied final, où il est si bon d’entendre une voix aux graves qui semblent inépuisables, une version pleine de sagesse et de douceur. Les derniers vers, ceux dus à la plume de Mahler lui-même sont les plus poignants bien évidemment, mais il on entend dans le chant d’Anna Larsson comme la direction de John Axelrod une touche d’espoir, de confiance en l’avenir, plutôt que la résignation et l’engourdissement progressif qu’on y perçoit parfois.

Voilà donc une saison du cinquantenaire liégeois qui débute sous les meilleurs auspices. Prochaine étape de cycle Mahler, le 22 octobre avec la Symphonie « Résurrection » dirigée par John Neschling, le chantre de Villa-Lobos.

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- Liège
- Salle Philharmonique
- 24 septembre 2010
- Richard Wagner (1813-1883), Siegfried-Idyll
- Robert Schumann (1810-1856), Konzertstück pour quatre cors et orchestre en Fa majeur Op.86
- Gustav Mahler (1860-1911), Das Lied von der Erde
- Nico De Marchi, Bruce Richards, Geoffrey Guérin, David Lefèvre, cors
- Anna Larsson, contralto
- Thomas Mohr, ténor
- Orchestre Philharmonique de Liège
- John Axelrod, direction






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