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De l’ornithologie musicale

lundi 19 décembre 2011 par Nicolas Mesnier-Nature
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Einojuhani Rautaavara
DR

L’option assumée du concert thématique est à la fois déroutante, risquée mais toujours passionnante. Le programme conçu par le nouveau chef en titre de l’Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté, Jean-François Verdier a concentré ce soir au Théâtre musical de Besançon cette audace programmatique autour des musiques ayant un rapport plus ou moins étroit avec le monde des oiseaux.

Déroutante en effet l’association faite entre Rossini, Rautavaara, Haydn, Ravel, Wagner et Stravinski ! Seulement voilà, dans leurs compositions, chacun de ces auteurs a été inspiré à un moment donné par une histoire (Rossini, Stravinski), un clin d’œil (Haydn) ou une ambiance (Rautavaara, Ravel et Wagner) touchant de près ou de loin aux animaux à plumes.

Rossini n’a visiblement été choisi que nominativement : seul le titre de son opéra, La Pie Voleuse, tisse le lien avec l’oiseau. L’ouverture ne propose rien en effet à entendre ayant un rapport avec un quelconque chant caractéristique. Mais outre la pirouette thématique, la brillance de cette musique servait parfaitement d’ouverture, dans le sens plein du terme, et Jean-François Verdier l’a bien compris en faisant chauffer son orchestre qui a tout donné dès le départ. L’humour rossinien si particulier, les nuances à l’intérieur même des phrases et des vents sachant éviter l’écueil de la musique d’harmonie de mauvaise qualité qui flotte toujours au-dessus de la tête des interprètes si elle n’est pas canalisée et travaillée correctement, tout donc était emporté par le dynamisme des fameux crescendos catalyseurs d’énergie positive.

Contraste total et cette fois plongée dans l’illustration musicale la plus stricte avec le Cantus Arcticus d’Einojuhani Rautavaara, gloire nationale en Finlande, compositeur encore à découvrir en France. Ce « Concerto pour oiseaux et orchestre » composé en 1972 a en effet l’originale particularité de faire entendre les chants de volatiles enregistrés sur bande magnétique diffusés en salle sur lesquels vient se greffer l’orchestre. D’abord a capella, l’orchestre entre au bout de quelques secondes sur les notes de l’alouette qui continuera de chanter tout le long de ce mouvement central assez court, intitulé « Mélancolie » : ambiance sereine, couleurs blafardes de banquise renforcées par un jeu volontairement neutre des cordes nuancées dans la douceur et renforcée dans le milieu du mouvement par les vents, tempo lent, en quelques instants d’une écriture très simple, nous voilà aux antipodes polaires du soleil italien.

Retour en arrière audacieux avec Joseph Haydn et la seconde symphonie du cycle des « parisiennes », surnommée « la poule » en raison d’un fa obstiné au rythme pointé confié au hautbois présentant le second thème du premier mouvement. L’humour haydnien, si difficile à mettre en valeur (comme celui de Beethoven d’ailleurs) est au rendez-vous. L’orchestre a diminué son effectif pour ne pas faire ressembler cette symphonie à un pachyderme romantique : heureuse et nécessaire initiative qui nous a permis d’entendre de savoureux contrepoints aux violons II et aux altos et passer les thèmes aux différentes voix tout en gardant une direction et une couleur d’époque sans passer par les « instruments anciens ».

La seconde partie du concert plonge davantage dans la modernité.

Nous assistions ce soir à la création d’une version orchestrée des Oiseaux tristes de Maurice Ravel, pièce originale pour piano tirée du cycle Miroirs. Due à Stéphane Mège, l’orchestration a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec le Conservatoire national supérieure de musique et de danse de Paris – département écriture composition direction d’orchestre. La richesse originale de l’écriture ravélienne se porte aisément à un élargissement de coloris étalé sur tous les pupitres d’un orchestre. La talentueuse reprise de Stéphane Mège, qui est venu saluer le public pour l’occasion, retrouve sans problème les « oiseaux perdus dans la torpeur d’une forêt très sombre aux heures les plus chaudes de l’été », dixit Ravel lui-même, avec son chant éperdu du hautbois et les diaphanes sonorités réparties comme autant de couches colorées sur un grand orchestre transformé en immense soliste. La mise en place très délicate évite le morcellement de la mélodie de timbres et maintient la cohésion indispensable.

Sans coupures, Jean-François Verdier enchaîne sur les Murmures de la forêt, issus du Siegfried de Richard Wagner. Page naturaliste et descriptive très rare dans le chef-d’œuvre tétralogique du maître, les solistes sont à l’honneur dans les vents. La difficulté et la virtuosité de cette musique sont parfaitement assurés, le défi consistant à rendre le plus clairement possible un entrelacement touffu de notes et de rythmes.

De l’ombre à la lumière, la réussite est aussi au rendez-vous pour la grande suite tirée de l’Oiseau de feu de Stravinski. Des grondements de contrebasses et violoncelles initiaux jusqu’à la péroraison finale, le public est sorti enthousiasmé et le chef a donné trois bis.

Le ballet de Stravinski semblait réunir dans une synthèse ultime tous les talents d’un orchestre qui, après une longue période sous un même chef et une certaine routine installée, a su se renouveler avec Jean-François Verdier et retrouver un souffle vital de très bon augure pour l’avenir. Il n’était pas acquis d’avance de pouvoir changer de style aussi rapidement pour servir des morceaux si divers. En dehors de l’unité thématique, nous y avons trouvé une unité interprétative paradoxale : celle de savoir se plier aux langages d’une époque et d’y être tour à tour convaincant.

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- Besançon
- Théâtre Musical
- 13 décembre 2011
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Ouverture de la Pie voleuse
- Einojuhani Rautavaara (né en 1928), Cantus Arcticus pour oiseaux et orchestre op.61
- Joseph Haydn (1732-1937), Symphonie n°83 en sol mineur, la Poule
- Maurice Ravel (1875-1937), Oiseaux tristes (orchestration de Stéphane Madège)
- Richard Wagner (1813-1883), Murmures de la forêt, extrait de Siegfried
- Igor Stravinski (1882-1971), L’Oiseau de feu, suite pour orchestre
- Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté
- Jean-François Verdier, direction











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