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De l’exil au Klezmer

mercredi 3 février 2010 par Thomas Rigail

Le jeune Ensemble K aborde un répertoire assez rare, celui du trio clarinette, violon, piano, qui le porte naturellement vers la musique du XXème siècle, et s’est fait le défenseur d’un certain nombre de compositeurs qui occupaient la catégorie de « l’art dégénéré » selon les nazis (Krenek, Gál, Weill, Hindemith...). Ils rentrent donc tout naturellement dans la programmation du Forum Voix Etouffées.

Le trio d’Hans Gál de 1950 - dont il ne sera joué qu’un seul mouvement pour cause d’absence du pianiste habituel, remplacé au pied levé par Thierry Ravassard - ouvre le concert de manière assez plate : des problèmes d’intonation chez la violoniste Elodie Hass, au timbre souvent étonnement frileux, un pianiste efficace mais trop discret et qui ne parviendra pas à s’imposer à plusieurs moments au long du concert (compréhensible étant donné les circonstances), et surtout une œuvre assez faible, dans la lignée d’Hindemith, à la thématique assez pauvre et au contrepoint peu lisible et rébarbatif. Seul le clarinettiste Thomas Zimmermann affiche de belles qualités de jeu et de meneur. La pièce qui suit, Confluences d’Ursula Mamlok, pièce de 2001 pour clarinette, violon, violoncelle et piano, ne relève pas vraiment le concert. Elle se distingue peu dans son style de Girasol entendu quelques jour plus tôt : éclatement post-sériel des voix, athématisme et atonalité généralisés, forme qui se divise en deux parties - la première qui joue sur le bouillonnement des sons répartis dans l’ensemble, la deuxième sur leur raréfaction, avec des tenues successives ou superposés entre les différents instruments. Le résultat n’est pas tout à fait satisfaisant, la forme du quatuor n’étant pas très propice à un bon résultat sonore pour ce type d’écriture éclaté, à la pensée plutôt orchestrale, malgré une meilleure tenue de l’Ensemble K, ici rejoint par la violoncelliste Thérèse Bussière-Meyer - bonne mise en place, violon qui gagne en présence malgré encore des problèmes d’intonation, et un toujours solide Thomas Zimmerman.

La suite s’améliore nettement, avec le quatuor pour clarinette, violon, violoncelle et piano (1938) de Paul Hindemith, œuvre qui est familière à l’ensemble car elle fut jouée lors de son tout premier concert. Ce quatuor en trois mouvements, assez typique du style d’Hindemith des années 30, mêlant réminiscences de sa période moderniste (notamment dans l’harmonie) et tendances néo-classiques dans une écriture sombre et raffinée, est traversé par une urgence et une intensité bien rendues par un Ensemble K que l’on sent bien plus à l’aise ici, plus en verve et plus précis. Ils réussissent un beau deuxième mouvement lent, tendu de bout en bout, et un troisième mouvement bien enlevé (une belle autorité dans la section notée « vif »), sans faiblesse, avec encore une fois la clarinette de Thomas Zimmerman qui mène l’ensemble avec beaucoup de présence.

Connaissant la place de la clarinette dans la musique Klezmer, l’instrumentation de l’Ensemble K permet de glisser facilement vers The Klezmer’s wedding, œuvre du canadien Srul Irving Glick (1934-2002) qui quitte le registre savant voire sévère des œuvres précédentes pour reprendre dans une écriture virtuose tous les stéréotypes de cette musique traditionnelle populaire, souvent festive, et qui permet d’aborder au sein du festival un aspect de la culture musicale juive qui ne l’avait pas encore été jusqu’à présent. Malgré l’emploi volontaire de clichés mélodiques et harmoniques, l’écriture dépasse la simple imitation et parvient, par sa structure qui traverse différents tons et formes de la musique Klezmer, au statut de vraie pièce. Ici, la violoniste Elodie Haas se révèle beaucoup efficace, plus incisive et expansive, avec de bons échanges avec Thomas Zimmerman, et l’ensemble capture bien la dimension ludique de cette pièce anecdotique sur le plan musical mais dont l’exubérance et l’intelligence d’écriture permet de conclure le concert sur une note moins austère sans tomber dans la trivialité.

Si la première moitié du concert a pu décevoir avec des œuvres pas des plus passionnantes et des incertitudes sur le plan instrumental, la deuxième rattrape nettement ces impressions.

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- Paris
- Mémorial de la Shoah
- 28 janvier 2010
- Hans Gál (1890-1987), Trio pour violon, clarinette et piano Op.97 (premier mouvement)
- Ursula Mamlok (née en 1923), Confluences
- Paul Hindemith (1895-1963), Quatuor pour clarinette, violon, violoncelle et piano
- Srul Irving Glick (1934-2002), The Klezmer’s wedding
- Ensemble K






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