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De l’Europe galante aux Indes galantes : le Freiburger Barockorchester triomphe dans la galerie des grâces

dimanche 10 octobre 2010 par Philippe Houbert
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Freiburger Barockorchester
© Peter Witt

Le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) consacre cette année ses traditionnelles « Grandes Journées » automnales à André Campra. Après un dimanche d’ouverture replaçant l’œuvre intimiste du compositeur aixois dans l’univers de son époque, ce concert permettait au Freiburger Barockorchester, une semaine après son triomphe dans Cosi fan tutte à Pleyel sous la férule de René Jacobs, d’investir la Galerie des Glaces. Si l’adage « la musique adoucit les mœurs » comporte une part de vérité, ce devait particulièrement être le cas en ce lundi soir, une bonne partie du public ayant le besoin de se remettre des émotions causées par la vision des très médiatisées et polémiques œuvres de Murakami.

L’orchestre jouait sous la conduite de l’un de ses deux premiers violons, Gottfried von der Goltz, par ailleurs soliste dans le concerto de Leclair. Le concert avait pour ambition de nous conduire « de l’Europe galante aux Indes galantes », parcours aussi bien chronologique et musical que géographique. Le propos était de montrer la place éminente occupée par Campra en tant que quasi-initiateur du genre qui allait concurrencer la tragédie lyrique sur le mode lullyste et prospérer tout au long du dix-huitième siècle : l’opéra-ballet.

Car L’Europe galante, dont l’orchestre proposa une Suite, comprenant prélude, danses et quelques airs, fut bien, en 1697, le premier grand succès de ce nouveau genre dont l’inspiration (populaire et volontiers comique au lieu de mythologique et tragique), la forme (un prologue suivi de 3 ou 4 entrées en lieu et place d’un prologue et cinq actes), la construction (un thème commun venant relier diverses histoires) et l’importance accordée aux changements de décor, établiront une sorte de nouveau standard. Ce premier essai lyrique de Campra fut aussi l’un de ses chefs d’œuvre, reconnu comme tel puisque l’œuvre fut redonnée à plusieurs reprises tout au long du dix-huitième siècle.

Le Freiburger Barockorchester donna de la Suite une version parfaite sur le plan instrumental, culminant sur une magnifique chaconne, avec quelques interpolations chantées (notamment le très bel air de Céphise « Paisibles lieux, agréables retraites ») par Carolyn Sampson, à la voix aussi souriante et rayonnante que son visage.

Pour terminer cette première partie, était donnée une Suite tirée des Fêtes grecques et romaines, ballet héroïque de François Colin de Blamont, œuvre de 1727, elle aussi inaugurant un genre créé par le poète Louis Fuselier, inspiré des célèbres « Eléments » de Roy, Lalande et Destouches. Ce Colin de Blamont succéda à Michel Richard de Lalande comme Maître de la Musique royale. L’ouverture donnée ici se rapproche du modèle lullyste, avec une pompe assez impressionnante (renforcée par la forte réverbération de la Galerie des Glaces). Une chaconne précédait un air virtuose et deux passepieds entraînants.

La seconde partie du concert, venant après un long entracte ayant permis au public de « goûter » à nouveau aux plaisirs murakamiens, s’ouvrait sur le concerto pour violon en la mineur opus 7 n° 5 de Jean-Marie Leclair, œuvre datée de 1737, soit l’année de son exil de la cour et de son départ pour Amsterdam. L’opus 7, constitué de six concertos, est sans doute le plus beau de l’œuvre de Leclair dont on se demande toujours pourquoi elle est si peu jouée et enregistrée. Certes, les difficultés violonistiques sont assez impressionnantes mais bon nombre d’instrumentistes baroques sont de force à se confronter à ces œuvres, inspirées de Locatelli et Vivaldi, mais avec une ampleur de mouvement toute autre et une sensibilité, spécialement dans les mouvements lents, typiquement française. Nous ne sommes pas tout à fait sûrs que ces concertos aient besoin d’un ensemble aussi fourni que le Freiburger Barockorchester mais le jeu de Gottfried von der Goltz, virtuose et sensible, dialoguant avec les premiers pupitres et se jouant des difficultés techniques, mérita la salve d’applaudissements que lui délivra le public. Espérons que Harmonia Mundi ou un autre label sollicitera ces interprètes pour un enregistrement. Il est grand temps que les très belles versions signées Simon Standage et Daniel Cuiller soient enfin concurrencées.

Pour terminer ce beau concert, une large Suite tirée des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau. On sait que le premier opéra-ballet de Rameau fit faire un bond en avant phénoménal au genre, par son orchestration foisonnante, par la parfaite intégration des divertissements dans l’action, par l’omniprésence de la musique, de la première à la dernière note. Dès l’ouverture, on est en plein concert chorégraphié. De ce point de vue, dans ce prélude, aussi bien que durant la tempête ou dans la chaconne finale ou, encore plus, en accompagnement des airs sélectionnés, ce fut un vrai régal orchestral que nous donnèrent les Freiburger. Si nous avons eu l’occasion (de Gardiner à Minkowski, d’Harnoncourt à Christie) d’entendre les œuvres lyriques de Rameau avec de beaux ensembles orchestraux, force est de reconnaître que rarement l’orchestre ramiste aura sonné de façon aussi pleine, aussi colorée, aussi homogène. Si on ajoute la splendide performance de Carolyn Sampson, que ce soit dans l’air d’Hébé « Vous qui d’Hébé suivez les lois » que dans celui d’Emilie « Vaste empire des mers » ou le sublime « Papillon inconstant » de Fatime, on aura compris que ce concert se terminait de la plus belle des façons. En bis, le début de la scène de la Folie de Platée où Carolyn Sampson nous rappela que, loin des belles outrances de Mireille Delunsch, cet air requiert aussi une superbe voix.

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- Versailles
- Château – Galerie des Glaces
- 04 octobre 2010

- « De l’Europe galante aux Indes galantes, une histoire de l’opéra-ballet »
- André Campra (1660-1744), Suite de « l’Europe galante » (1697)
- François Colin de Blamont (1690-1760), Suite des « Fêtes grecques et romaines » (1723)
- Jean-Marie Leclair (1697-1764), Concerto pour violon en la mineur opus 7 n°5
- Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Suite des « Indes galantes » (1735)
- Carolyn Sampson, dessus
- Freiburger Barockorchester,
- Gottfried von der Goltz, violon et direction











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