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De bien sérieuses Noces

lundi 1er mars 2010 par Cyril Brun
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© Opéra de Monte Carlo/ Stefan Flament

On ne présente plus les Nozze di Figaro, on ne les explique plus. Tout semble y avoir été dit, redit, pensé, retourné. Des acteurs emblématiques (Molé, Saint Val, Dazincourt…) ont définitivement figé les rôles, au point qu’il paraît difficile de réinterpréter la pièce dont on sait la portée politique et morale. On peut l’actualiser, si l’on accepte de faire fi des recommandations des auteurs eux-mêmes, on peut plus ou moins souligner un aspect, mais Le Nozze demeurent sans grandes surprises.

Et pourtant, la production de l’Opéra de Monte Carlo est… surprenante. À dire vrai, on y cherche souvent Mozart, plus encore Da Ponte. Si l’on a pu dès les premières mesures remarquer l’excellence de l’orchestre, notamment sur les accords d’ouverture, on dut déplorer cependant les rondeurs romantiques omniprésentes de l’interprétation. Oui, Mozart fut assez difficilement audible derrière ces notes allongées, constamment lourées. En supprimant intégralement la légèreté propre au classicisme et la fine précision qui l’accompagne, l’interprétation s’est muée en une lourde pâte souvent approximative, non dans le jeu, mais dans les ensembles. L’orchestre ne se départit jamais d’une épaisseur trop romantique qui fit perdre pour partie la légèreté burlesque de l’opera buffa.

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© Opéra de Monte Carlo/ Stefan Flament

Figaro lui-même en perd cette naïveté, cette inconstance qui porte pourtant son comique. Il devient un personnage presque dramatique, et l’humour avec lequel Mozart et Da Ponte traitent la pièce de Beaumarchais cède la place à la lourdeur trop réelle du drame de l’infidélité. Même « l’air de la Vendetta », pris dans ce jeu, devient si lourd que Bartolo ne parvient ni à s’imposer ni à suivre l’orchestre. De la même manière, le jeu des rivales, Marcellina et Susanne, rendu avec une grande platitude se double d’un comique de scène lourd et forcé. Dans cette masse, souvent les solistes se trouvent couverts par un orchestre décidément romantique. Mais la scène est au diapason. Les interprétations des chanteurs sont tout aussi alourdies et lourées. Si les voix sont incontestablement belles, particulièrement celle de Virginia Tola, elles n’ont pas cette légèreté et cette finesse, fragile et présente, des voix mozartiennes idéales. Trop lourdes, trop massives, elles s’épousent au demeurant fort mal, renforçant la léthargie de l’interprétation.

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© Opéra de Monte Carlo/ Stefan Flament

La mise en scène elle-même se révèle déconcertante de platitude. L’absence de jeu de scène, des attitudes souvent statiques, semblent bien étrangères à cette commedia dell’arte avec laquelle Mozart renouait provisoirement. La lourdeur musicale conduisit inévitablement à l’empâtement des bouffonneries, qui semblaient plaquées et peu familières aux comédiens, engoncés dans un rôle qu’ils n’habitaient pas. Il fallait au demeurant se forcer pour se convaincre de la différence sociale entre le comte et Figaro tant la prestance pourtant souhaitée d’Almaviva faisait défaut. La grâce, même caricaturée, fut de fait absente. Dans cette ambiance épaisse, les jeux et les airs se traînaient sans vivacité, perdant tous leurs effets, notamment le dialogue Si No entre Susanne et Almaviva, qui de comique devint long et déplacé. Enfin, la pauvreté des décors d’une sobriété implacable ne rivalisait qu’avec le manque d’originalité. Quatre scènes toutes semblables, orientées de la même façon, laissant des espaces immenses souvent inutilisés.

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© Opéra de Monte Carlo/ Stefan Flament

Enfin notons que la seconde partie fut tout de même légèrement plus enlevée, bien que toujours hors style. Soulignons cependant que s’il fallait qualifier la simple exécution musicale, qu’elle soit instrumentale ou vocale, l’ensemble fut de grande qualité. Il est dommage que ce ne fût pas ….Mozart….

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- Monte-Carlo
- Opéra Garnier
- 21 février 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro, opera buffa en 4 actes sur un livret de Lorenzo da Ponte.
- Mise en scène et lumières, Philippe Sireuil ; décors, Didier Payen , costumes, Jorge Jara.
- Le Comte Almaviva, Marc Barrard ; La Comtesse Almaviva, Virginia Tola ; Figaro, David Bizic ; Cherubino, Ketevan Kemoklidze ; Marcellina, Tiziana Tramonti ; Bartolo, Lynton Black, Basilio, Karl Michael Ebner ; Don Curzio, Mauro Buffoli, Antonio, Tiziano Bracci, Barbarina, Elena Poesina.
- Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo. Chef de chœur, Stefano Visconti
- Orchestre Philharmonique de Monte Carlo
- Patrick Davin, direction






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