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David Fray : rien que pour Bach

mercredi 19 août 2009 par Philippe Houbert
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David Fray
DR

Le Festival de musique de chambre de Perros Guirec est une sympathique institution culturelle estivale créée en 1985 à l’instigation de la regrettée Catherine Collard. Il permet à la population locale et aux vacanciers de savourer une programmation solide, pas trop aventureuse, mais généralement sans mauvaise surprise, dans un cadre assez exceptionnel car, si le bâtiment qui habite la salle est une sorte de blockaus, une grande baie vitrée permet aux spectateurs de bénéficier de la vue sur la magnifique baie de Trestraou. La 25ème édition de ce festival accueillait cette année, outre Jean-Philippe Collard, le Quatuor Ysaye, Fazil Say, le trio Talweg, le jeune pianiste David Fray dans un assez redoutable programme Schubert-Bach.

Passons très vite sur la première partie consacrée à Schubert. Il n’y a strictement rien à sauver dans ce massacre qui eut pour champ de bataille l’Allegretto en ut mineur D.915, le Klavierstück n°2 D.946 et les Moments musicaux D. 780. Comment peut-on penser aborder ce répertoire en ayant une telle incapacité à respecter les indications legato, à juste laisser la mélodie chanter ? Pourquoi ces tempi systématiquement trop lents et, qui plus est, de plus en plus lents au fil des pièces ? Pourquoi ces ralentissements quasi systématiques en fin de phrase ? Pourquoi jouer Schubert du bout des doigts et lui ôter toute épaisseur de son ? Où est passée l’ambigüité rythmique qui devrait contribuer à laisser le drame affleurer derrière cette apparence d’insouciance ? David Fray semblait, comme nous, chercher de temps à autre les réponses à ces questions en contemplant la mer. Mais, visiblement, cette dernière avait envie de dire, tel le personnage incarné par Depardieu dans « Trop belle pour toi » : « Il m’fait chier, votre Schubert ! »

Fort curieusement, la seconde partie, consacrée à la partita n°6 en mi mineur de Bach, fut d’une toute autre tenue. Le « baroqueux » que nous sommes a souvent du mal avec Bach joué au piano. Seuls l’iconoclaste Gould, les romantiques Fischer, Feinberg, Argerich ou les transcendantaux Richter ou Gulda, trouvent grâce à nos yeux. Dans l’avalanche de disques de pianistes jouant Bach parus récemment, seul Tharaud nous a passionné.

A la différence de ce dernier, David Fray n’essaie pas de baroquiser son instrument. Pas la moindre référence à l’esprit des danses à attendre de lui. Une sorte de néo-classicisme dans lequel Hélène Grimaud s’est noyée mais que David Fray parvient à rendre intéressant. Aussi surprenant que cela puisse paraître après l’incapacité absolue à faire chanter Schubert, le début de la toccata initiale est très expressif, sans doute trop noyé dans une pédale envahissante, mais au moins l’attention est elle retenue. Malheureusement, la fugue se traîne un peu et devient presque scolaire à force d’application. Mêmes défauts dans la fugue finale, manquant de lisibilité tout en étant trop raide dans l’énoncé, avec une main gauche trop pesante.

En revanche, nous devons reconnaître avoir été subjugué par les pièces de danses, en dépit d’un désintérêt total de Fray pour leur caractère chorégraphique. La riche polyphonie de l’allemande est admirablement rendue ; la courante est impressionnante par la qualité de son ornementation ; l’aria chante magnifiquement, ainsi que la sarabande même si on peut regretter un abus de pédale et que le pianiste n’ose la jouer un peu plus lentement ; la gigue est admirable de mouvement et de polyphonie même si on voudrait que David Fray se laisse aller encore un peu plus.

Pour achever ce récital on ne peut plus contrasté, le pianiste proposa la première pièce des « Scènes d’enfants », pays bien étranger encore pour Fray, et un choral de Bach bien chantant.

Un pianiste dont on ne sait, finalement, que penser. Sans doute à réentendre dans Bach.

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- Perros Guirec
- Palais des Congrès
- 29 juillet 2009
- Franz Schubert (1797-1828), Allegretto en ut mineur D.915 ; Klavierstück n°2 en mi bémol majeur D.946 ; Moments musicaux n° 1 à 6 D.780
- Johann-Sebastian Bach (1685-1750) : Partita n°6 en si mineur BWV 830
- David Fray, piano











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