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Darlington et Mørk à l’OPS : un concert en demi-teinte

lundi 16 février 2009 par Dominique Joan
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Jonathan Darlington
DR

Fauré, Chostakovitch et Elgar : une programmation alléchante, et des retrouvailles attendues entre le violoncelliste norvégien Truls Mørk et l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Mais si ces prémisses prometteuses ne se sont pas avérées être complètement démenties au cours de la soirée, demeuraient au final quelques réserves, voire même quelques regrets. A commencer par un Jonathan Darlington, habitué de la scène lyrique et du répertoire mozartien mais qui ne se sera pas illustré dans un concert résolument orienté vers le XXe siècle, non pas qu’il fût novice en la matière mais plutôt pour une direction qui nous a laissé dubitatif.

C’est la musique de scène de Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré qui a introduit le propos. Et déjà dans le Prélude, le manque d’assise et la gestuelle très circulaire de Darlington ont conduit l’orchestre dans un certain flou auquel ce dernier ne nous avait pas habitué ces derniers temps - notamment les cordes dont les changements d’archets ont perdu en précision. Gageons d’ailleurs qu’il s’agisse là de travers effectivement imputables à la direction qu’à une lecture biaisée de la musique française qui voudrait que l’on amalgame ses fluctuations métronomiques assez caractéristiques avec un manque de cohésion entre les différents pupitres que l’on ne saurait justifier. En bon compatriote de Bax, dont le discours musical trouve certaines racines dans l’héritage de cette fin de XIXe siècle français, Jonathan Darlington, nous l’espérons, ne sera pas tombé dans un tel piège. Du reste, la suite a réservé de meilleures propositions, et les bois mis à forte contribution dans ces pages ont répondu présents, et tout particulièrement Sebastien Koebel à la clarinette. Seul le molto adagio final a légèrement souffert d’un mouvement particulièrement pesant, certes en adéquation avec le caractère tragique du dénouement, mais poussé ici au point d’en alourdir franchement les dernières mesures.

Venait ensuite l’attraction de la soirée en la personne de Truls Mørk, dont le charisme et l’investissement sur la scène se sont ressenti à divers degrés selon l’impression visuelle ou auditive. Très à son aise dans le concerto pour violoncelle n°1 de Dimitri Chostakovitch, Mørk aura souvent pris de fortes initiatives face à un Darlington décidemment peu enclin à être présent dès l’entame d’une nouvelle musique. Le violoncelliste a ainsi eu à composer avec une direction rigide qui a fait quelque peu fi de ses tentatives de décrispation au cours du premier mouvement Allegretto, ou encore avec un cor solo « joker » (Siegfried à l’Opéra du Rhin oblige) qui a assuré le strict service minimum dans le Moderato avec un son à la limite du cuivré enroué dans un registre aigu peu favorable il est vrai (rendons à ce titre justement hommage à la prestation bien meilleure dans Fauré). D’une qualité de son quant à elle remarquable et recherchée, Truls Mørk a littéralement fait glisser son archet sur son Montagnana de 1723, tout en se montrant incisif et dynamique au gré de l’écriture sans jamais verser dans la saturation. Hélas, trois fois hélas, dès lors que l’orchestration était plus fournie, un réel manque de densité se faisait sentir dans le jeu du violoncelliste qui n’aura jamais réussi à faire ressortir ses graves à la juste valeur de son engagement. Ce sont ainsi les premier et dernier mouvements qui auront fait les frais de ce déséquilibre palpable, tandis que les deux mouvements centraux, et particulièrement la Cadenza ont offert au violoncelliste la possibilité de prendre l’ascendant et de développer les qualités précédemment énoncées. Belle prestation donc, mais des regrets comme nous l’avions annoncé en avant-propos, quant à la pâte sonore qui a globalement fait défaut malgré une grande fluidité et précision tant dans la main droite que dans la main gauche.
Les Variations Enigma d’Edward Elgar ont clos le concert, et tout au long du thème et de ses quatorze variations, l’orchestre, stimulé par les changements de tempi et la diversité des atmosphères, a réussi à pallier une direction toujours un peu flasque et chaotique (du moins dans les premières variations). Il s’est même bonifié dans les variations centrales et finales, retrouvant précision et dynamisme dans la tempétueuse variation VII ou encore dans la variation XI, développant une certaine gravité dans les phrases amples de la variation IX, et acquérant une rondeur et une générosité de circonstance dans la variation XII. Notons également les interventions soignées et intimistes de Harold Hirtz (alto solo) et Alexander Somov (violoncelle solo), ainsi qu’une mention particulière aux pupitres de trompettes et trombones qui ont faire montre de fierté et de clarté durant tout le programme.
Réserves donc, au vu de notre développement, pour un programme qui aurait certes mérité mieux, avec une direction pertinente en premier lieu. Pour le reste, il manquait peu, et loin d’ailleurs de tout radicalisme, on regrettera juste les quelques défauts d’homogénéité et de constance qui ont concouru à ce bilan en demi-teinte.

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 05 février 2009
- Gabriel Fauré (1845-1924), Pelléas et Mélisande, musique de scène op.80
- Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 et mi bémol majeur op.107
- Edward Elgar (1857-1934), Variations sur un thème original Enigma op.36
- Truls Mørk, violoncelle
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Jonathan Darlington, direction






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