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Damnation de Faust à Genève

mardi 18 novembre 2008 par Fernand Bretton
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© GTG /Mario del Curto

Cette Damnation de Faust est une reprise de la production de Juin 2003, qui avait été largement conspuée par la public genevois. Versatilité du public ?...évolution des mœurs en cinq ans ?...plus de tolérance envers une mise en scène à laquelle on n’adhère pas ?...cette fois les fantasmes du metteur en scène Olivier Py ont été largement applaudis ! Ce ne sont quand même pas quelques petits changements, pas forcément remarqués d’ailleurs par ceux qui ont assisté aux deux séries de représentations, qui peuvent faire la différence de l’accueil.

La Damnation de Faust de Berlioz n’est pas réellement un opéra. Ce n’est pas forcément un atout pour la mettre en scène, quand il s’agit, entre autre, de relier différentes scènes sans lien entre elles, mais quand on déborde d’imagination (c’est souvent le cas d’Olivier Py !) cette oeuvre est une formidable occasion d’exprimer ses fantasmes sans être « hors sujet » ! Le nu, surtout masculin, se faufile comme une obsession, à travers toutes les scènes, mettant à contribution le ballet durant tous les intermèdes orchestraux, même pendant la célèbre marche hongroise, sensée évoquer des bruits de guerre ! Olivier Py accentue la noirceur de ce drame dans une ambiance totalement en noir et blanc. Il appuie les symboles, au risque de surprendre ou faire sourire le spectateur ; ainsi dès la première scène où Faust se déplace en portant une échelle (l’échelle de la connaissance !), on peut se demander ce qu’il va en faire : du bricolage ? Il n’a pas la tenue. Cueillir des cerises ? La saison n’est pas encore là !

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© GTG /Mario del Curto

Si la mise en scène, jamais ennuyeuse, mais plutôt appuyée dans le sens du pessimisme quant à la condition humaine (mais le sujet s’y prête évidemment fort bien !) peut être diversement appréciée, la partie musicale, essentielle quand même dans un opéra, est sans conteste une grande réussite. John Nelson est à la hauteur de sa réputation de « berliozien » reconnu. Il livre une direction dont la souplesse est égale à la fermeté et soutient l’urgence tendue qui exalte cette musique. Les choeurs du Grand Théâtre, renforcés par le choeur Orpheus de Sofia sont admirable de puissance et de cohésion, et pour cette représentation en phase avec l’orchestre.

Mais l’atout majeur du spectacle est certainement, surtout, la Marguerite de rêve d’Elina Garanca, dont la beauté vocale ne le cède en rien à la beauté physique. Une voix pleine et racée sur toute l’étendue du registre, sans la moindre faille, une vraie lumière au milieu de toutes ces ténèbres ! Est ce à dire que ses deux partenaires ne sont pas à la hauteur ?

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© GTG /Mario del Curto

Ce serait très exagéré, car le Faust de Paul Groves est aussi très crédible avec une voix belle et puissante, manquant toutefois de rondeur dans quelques notes aigues. Pas beaucoup de reproche non plus à Willard White dont le grain de voix moins lisse qu’il y a vingt ans, se prête parfaitement au rôle de Méphistophélès. René Schirrer se tire fort bien de son bref rôle de Brander...même affublé d’un tutu blanc ridicule !

En conclusion, une damnation musicalement de grande classe, fourmillant d’idées scéniques, tirant l’oeuvre de Berlioz vers un pessimisme qu’elle ne possède sans doute pas à ce point.

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- Genève
- Grand Théâtre
- 30/10/2008
- Hector Berlioz (1803-1869), La Damnation de Faust
- Mise en scène et lumières, Olivier Py ; Décors et costumes, Pierre André Weltz
- Elina Garanca, Marguerite ; Paul Groves, Faust ; Sir Willard Withe, Méphistophélès ; René Schirrer, Brander
- Choeurs du Grand Théatre, Choeur Orphéus de Sofia, Maitrise du conservatoire Populaire de Genève
- Orchestre de la Suisse Romande
- John Nelson, direction











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