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Curtis Symphony à Carnegie

jeudi 3 mars 2011 par Thomas Deneuville
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Jennifer Higdon et Beau
© Candace DiCarlo

L’orchestre du prestigieux Curtis Institute de Philadelphie se produisait à Carnegie dans un programme qui mettait en valeur l’énergie et les nombreux talents de l’ancienne capitale des Etats Unis.

Fondé en 1924 sous l’impulsion de Mary Louise Curtis Bok, le Curtis Institute peut se vanter d’une longue liste d’alumni et de professeurs : Leonard Bernstein, Samuel Barber, Gian Carlo Menotti, Leopold Auer, Jaime Laredo, etc. Ce soir-là à Carnegie Hall, deux anciens élèves étaient à l’honneur : Hilary Hahn et Jennifer Higdon. La première n’est plus à présenter. En revanche, Jennifer Higdon pourrait mériter une plus ample introduction pour des lecteurs européens. Née à Brooklyn en 1962, cette jeune compositrice américaine (la plus jouée ici) est déjà lauréate d’un prix Pulitzer (2010) pour son concerto de violon qui était joué pour la première fois à New York.

Le programme débutait avec le Konzertmusik pour orchestre à cordes et cuivres de Hindemith qui explosa en remplissant instantanément tout l’espace de Carnegie. Cette pièce pour orchestre en deux mouvements qui omet délibérément la section des bois, représentait une excellente entrée en matière pour ce programme. En effet—et les pièces suivantes l’auront prouvé—les bois représentent certainement le point faible de cet orchestre, et la texture complexe de Hindemith pour cordes et cuivres était l’occasion d’offrir la meilleure des premières impressions. Le second mouvement, tantôt fugal, tantôt inspiré de rythmes folkloriques asymétriques, débordait d’énergie et laissait présager d’un concert excitant.

Le premier mouvement du Concerto de violon de Jennifer Higdon, 1726, fait référence à l’adresse du Curtis Institute, où la compsoitrice rencontra Hilary Hahn pour la première fois (Hahn étudiait alors la musicologie avec Higdon). Le mouvement débute par un thème en harmoniques joué par le violon solo, accompagné au glockenspiel, dont se dégage une forte impression de douceur et de simplicité. Le thème en harmoniques se retrouve rapidement au premier violon, alors que le violon solo se lance dans des lignes rapides, arpégées, allant jusqu’au suraigu. L’orchestre entre sur des harmonies chaudes, tandis que le violon solo dialogue ici avec les bois, là avec le premier violon (jusqu’ici l’autre seul violon à jouer). Rapidement, la musique se transforme en un catalogue raisonné d’arpèges et de gammes, et c’est avec plaisir que l’on retrouve, à la fin du mouvement, la texture fine de l’ouverture : glockenspiel et cordes en pizzicato.

Le deuxième mouvement, Chaconni, qui tire son nom de la chaconne, une pièce basée sur une progression harmonique unique, offre des moments plus lyriques ainsi que des envolées modales dans l’orchestre. Ici encore, les talents d’Hilary Hahn sont mis en valeur dans nombre d’échanges avec l’orchestre, toutefois, ces moments restent peu connectés thématiquement avec le reste du concerto.

Dans le troisième mouvement, Fly Forward, Jennifer Higdon utilise des couleurs orchestrales qui lui sont familières. En effet, l’écriture des cuivres et des percussions, combinée avec certaines doublures dans les cordes rappellent fortement City Scape (2002), une ode à Atlanta, la capitale de l’État de Géorgie. Les couleurs sont complémentaires (du bleu dans les cordes et de l’orange dans les cuivres ?), les lignes sont angulaires et l’élan très excitant. Toutefois, dans ce mouvement final, le violon solo exhibe encore plus de virtuosité, et on frôle parfois le verbiage sonore. Fort heureusement, le concerto s’achève brusquement, sans que l’on s’y attende, et on se demande ce qu’il a bien pu se passer ces 20 dernières minutes.

Jennfier Higdon est sans conteste une compositrice d’envergure, à l’aise avec l’orchestre comme avec des formations de chambre. Peu de compositeurs arrivent à définir leur « son », leur griffe, et elle y réussit ici une fois de plus, même si l’ambition derrière ce concerto n’est pas aussi enthousiasmante que celle que l’on décèle dans Blue Cathedral ou City Scape.

Le programme s’achève avec la Symphonie n°5 de Chostakovitch, et confirme, si besoin en était, que le Curtis Symphony Orchestra combine une très grande musicalité avec une énergie à revendre.

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- New York
- Carnegie Hall, Stern Auditorium / Perelman Stage
- 15 février 2011
- Paul Hindemith (1895-1963), Konzertmusik pour orchestre à cordes et cuivres Op. 50
- Jennifer Higdon (née en 1962), Concerto pour violon (NY Premiere)
- Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Symphonie n°5 en ré mineur Op.47
- Hilary Hahn, violon
- Curtis Symphony Orchestra
- Juanjo Mena, Direction






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