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Cosi fan tutte par l’Ensemble PhilidOr à Amiens, la révélation d’une Fiordiligi

lundi 20 avril 2009 par Richard Letawe
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© Guy Delahaye

Deux productions lyriques se succèdent en ce printemps à la Maison de la culture d’Amiens, avec la création d’un nouveau Médecin malgré lui de Gounod les 04 et 06 mai, et la venue ce soir d’une production de Cosi fan tutte par l’Ensemble PhilidOr, créée au début de l’année à la Maison de la culture de Bourges.

C’est une production « de poche », car il n’y a pas de chœur- « Bella vita militar » est donc donné en version instrumentale, et le début du finale de l’Acte II est légèrement tronqué- et car la partition a été adaptée pour un ensemble d’instruments à vents. Pour des théâtres aux moyens financiers ou aux dimensions modestes, c’est un atout, et cette production est déjà un beau succès de programmation, car elle a déjà visité de nombreuses scènes en quelques mois.

Musicalement, s’y retrouve-t-on ? Pas tout à fait, car si la transcription est bien faite, et « sonne » indéniablement comme du Mozart, il faut quand même considérer que Cosi est l’opéra dont Mozart a le plus soigné la partie orchestrale, et que cette réduction transforme cette partie en une ponctuation, un faire-valoir, alors que les miracles de l’orchestration mozartienne ont pourtant une place primordiale. Dans les passages les plus « symphoniques », l’ouverture, « Come scoglio », « Tradito », on ressent ainsi clairement un manque, comme s’il y avait un trou à la place des instruments à corde. De plus, il faut aussi admettre que la prestation de l’Ensemble PhilidOr n’est pas très réjouissante. L’ensemble projette peu le son, ne fait guère valoir la chaleur des timbres des instruments anciens, et joue modestement, avec quelques passages très scabreux, comme ce « Per pieta » digne d’une fanfare de village, et qu’un chef plus rigoureux aurait fait recommencer. Le chef justement, François Bazola, n’aide guère à améliorer le tableau, lui qui dirige avec un redoutable manque de nuance et de légèreté, et est régulièrement en décalage avec le plateau.

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© Guy Delahaye

Heureusement, les autres aspects de ce Cosi fan tutte sont nettement plus honorables. La mise en scène d’Yves Beaunesne est un bel exemple de travail intelligent et de transposition réussie, plaçant l’action dans un collège anglais des années 40-50, où pas un détail ne manque, des blazers à écussons, aux robes de collégiennes avec chaussures strictes. Le choix de cette époque est intéressant, car la décence ordinaire y avait encore son importance, contrairement à maintenant, où tout un chacun est invité à aller exposer sa vie intime à la télévision. Il n’y a donc pas de hiatus entre les répliques du livret et les mentalités de ces jeunes anglais pas si sages, mais soucieux de respecter les convenances. La direction d’acteurs est très fine, et montre bien les personnalités différents des protagonistes, ainsi que leur évolution au cours de l’histoire. Le Guglielmo bravache, qui feuilletait n égliegeamment un livre grivois pendant que son compère chantait « Un aura amorosa » est devenu un homme amer, au maintien grave au dénouement de la pièce, et les deux sœurs, qui ont endossé des tenues plus attrayantes pour flirter avec les Albanais au second acte, et dont la gestuelle et l’attitude traduisent l’épanouissement physique qu’elles ont connu, ne sont pas près ensuite de remettre leurs uniformes de collégiennes. Il est d’ailleurs difficile de prévoir l’avenir lorsque le rideau s’abaisse, car ils s’assoient tous les quatre sur un banc, dans la disposition des couples du pari, Ferrando à côté de Fiordiligi, Guglielmo près de Dorabella, mais sans qu’il y ait de marque d’affection ou d’intimité entre eux. Il semble même qu’ils iront rapidement chacun leur propre chemin, tant cet absurde défi leur aura fait perdre leur illusions sur les autres.

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© Guy Delahaye

Avec un Don Alfonso expérimenté, une Despina entre deux âges et quatre jeunes chanteurs pour les rôles des amants, la distribution correspond parfaitement à ce qui est prévu par le livret. Mathie Lécroart en Don Alfonso est le seul membre connu du sextuor. Il présente le gros avantage d’être un chanteur encore dans la force de l’âge, à la justesse irréprochable, chantant toutes ses interventions au lieu d’en faire un parlando approximatif comme trop de vétérans, et il est doté d’un timbre au moelleux fort agréable. Sa complice Despina fait preuve d’un bel abattage scénique et d’une réelle implication musicale, mais la voix est fort métallique, et elle est trop souvent fâchée avec la justesse.

Le tandem des garçons est dominé par le Guglielmo de Christophe Gay, beau chanteur à l’émission saine, à la projection puissante, au timbre viril, auquel manque encore un peu de subtilité et d’imagination pour être tout à fait mémorable. A ses côtés, le Ferrando de François-Nicolas Geslot est nettement plus problématique, car on a toujours l’impression d’entendre un chanteur de motet égaré sur scène, plutôt qu’un chanteur d’opéra. « Un aura amorosa » est plutôt convaincant, manquant un peu d’ardeur, mais élégamment phrasé, mais partout ailleurs, son chant est privé de relief, d’imagination et de projection, et il finit la représentation très fatigué, avec un vibrato de plus en plus prononcé, et des aigus à l’éclat et à la justesse improbables.

Amaya Dominguez est une Dorabella au timbre assez clair, au chant charmant et juste qui assure le rôle sans problème, et se montre en plus très bonne actrice, de plus en plus délurée au fil de la représentation. Sa belle prestation est cependant éclipsée par celle en Fiordiligi de Soula Parassidis, une jeune chanteuse plus que prometteuse. A part une projection un rien discrète et quelques phrasés manquant un peu d’ampleur dans son premier duo, on n’a que des louanges à lui adresser. Le timbre est très beau, velouté sur toute la tessiture, la ligne de chant est conduite avec assurance et autorité, elle vocalise avec du goût et du panache, et donne un « Come scoglio » plein de caractre avant de brûler les planches au deuxième acte. A peine troublé par les errements de l’accompagnement, son « per pieta » est d’une sincérité et d’une ardeur touchantes.

Joué dans un théâtre archi-plein, mais dont le chauffage allait bien trop fort, ce Cosi fan tutte fut donc un très agréable succès, grâce à l’habileté du metteur en scène, à la belle tenue de la distribution, et à la découverte de Soula Parassidis, une chanteuse que nous serons heureux de réentendre.

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- Amiens
- Maison de la culture
- 14 avril 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Cosi fan tutte, ossia La scuola degli amanti KV588. Dramma giocoso en deux actes, sur un livret de Lorenzo Da Ponte.
- Mise en scène, Yves Beaunesne ; Scénographie, Damien Caille-Perret ; Lumières, Joël Hourbeigt ; Costumes, Patrice Cauchetier
- Fiordiligi, Soula Parassidis ; Dorabella, Amaya Dominguez ; Despina, Mélanie Gardyn ; Ferrando, François-Nicolas Geslot ; Guglielmo, Christophe Gay ; Don Alfonso, Mathieu Lécroart
- Ensemble PhilidOr
- François Bazola, direction






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