ClassiqueInfo.com



Concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon 2011 : la route vers la finale

vendredi 23 septembre 2011 par Nicolas Mesnier-Nature

Après des épreuves de présélection concernant 237 candidats de 42 nationalités qui se sont déroulées à Pékin, Besançon, Berlin et Montréal entre le 26 avril et le 1er juin 2011, les candidats sélectionnés pour la session finale sont au nombre de vingt, mais dix-neuf concourent en réalité, car le prétendant chinois n’ayant pas eu son visa à temps pour venir à Besançon.

Faisons un peu de statistiques : quatre français, quatre coréens, un australien, six japonais, une grecque (la seule femme), un hongrois, un anglais, un taïwanais. Soit onze asiatiques et huit occidentaux dont sept européens.

Les 1/8è de finale (matin et après-midi du 18 septembre), commençant avec un extrait du Pulcinella de Stravinski, exécuté sans discontinuer, puis avec le début de la Symphonie n°2 de Beethoven où les candidats étaient invités à faire travailler l’orchestre, ont mis à mal les membres de l’Orchestre de Besançon Montbéliard Franche-Comté. La serenata stravinskienne, avec son impitoyable solo de hautbois répété pour la cause dix-neuf fois (! !) puis les énergiques premières minutes beethoveniennes ont donc eu raison de la moitié des candidats. Mais déjà se profilaient les attitudes, les caractères, les qualités et les défauts de chacun. Certains font travailler les familles instrumentales séparément, d’autres donnent des indications expressives, rythmiques ou de phrasés, quelques-uns vont très loin dans la direction et manquent de temps pour faire travailler l’ensemble au contraire de certains qui arrêtent trop souvent et perdent le fil conducteur. C’est avant tout la technique qui semble primer au début des épreuves. Viennent ensuite la méthode de travail et les relations avec l’orchestre. Enfin, l’écart entre la demande et le résultat obtenu, l’expression et la gestuelle. Il est clair que les musiciens n’aiment pas être arrêtés souvent et que déjà certains candidats portent la musique en eux et obtiennent facilement ce qu’ils veulent de manière parfois fort différente. Le piège dans ces débuts ? Certainement le néoclassicisme stravinskien.

Resteront au terme de cette épreuve la moitié des candidats, soit deux français, deux coréens, un australien, deux japonais, une grecque, un hongrois, un anglais.

Pour les quarts de finale, épreuves réparties sur la matinée et l’après-midi du 19 septembre, les dix candidats font face à la musique contemporaine avec Un sourire de Messiaen (sans travail), musique pour laquelle les asiatiques ont toujours eu de l’affection, les Nuages de Debussy et le premier mouvement de la Symphonie n°2 de Brahms, interprétés cette fois face au Brussels Philharmonic, donc face à des musiciens d’une autre dimension et expérience. La précision rythmique et les couleurs propres à Messiaen, les couleurs encore avec Debussy, et la plasticité classique de Brahms : passer de l’un à l’autre en très peu de temps n’est pas facile. La redoutable fluidité debussyste alliée à la verticalité brahmsienne montrent leur capacité d’adaptation.

Les quarts de finale achevées, six candidats restent en lice : un français, deux japonais, une grecque, un hongrois et un anglais.

Le concours continue avec la redoutable confrontation avec le répertoire lyrique, dans les conditions de l’opéra c’est-à-dire avec l’orchestre dans la fosse du Théâtre Musical bisontin et les quatre chanteurs sur scène avec le début de la Bohème de Puccini, les airs de Rodolfo, de Mimi et en duo (le 20 septembre dans l’après-midi) : rythmiquement très délicat à mettre en place, trop d’attention à l’orchestre, ou trop aux chanteurs, trop fort et couvrant, ou départ mal en place, la vulgarité facile à obtenir du vérisme italien, décidément, les rigueurs opératiques pucciniennes auront autant raison des candidats que l’hiver des artistes bohèmes !

La seconde partie de l’épreuve des demies-finales, celle d’oratorio, ajoute une difficulté supplémentaire à la précédente par l’emploi des choeurs. Les Saisons de Haydn, avec son printemps délicat et joyeux – ce que n’ont pas compris les candidats éliminés – et son orage étourdissant, sonnant parfois trop carré et strict.

Pour la finale, trois candidats échappent à l’impitoyable sélection : un japonais, une grecque et un hongrois.

Yuki Kakiuchi, 30 ans, est une machine à tuer japonaise, très sûr de lui. Les gestes sont précis, les indications à l’orchestre minimales mais très efficaces. Il joue longtemps et répète de grandes phrases sans interrompre intempestivement un orchestre qui obéit au doigt et à l’oeil. La clarté, la justesse des départs et des indications, la concentration avant de commencer et ce savoir faire tout asiatique en font un finaliste très dangereux. La gestuelle envoie l’énergie et la musique avec fulgurance.

Gergely Madaras, hongrois de 27 ans, a été le premier à commencer le concours. Position très délicate, il est l’un des rares à faire travailler l’orchestre par famille musicale. Il parle beaucoup avant de reprendre le passage de son choix, mais obtient aussi ce qu’il veut. Beaucoup d’énergie se dégage de ses gestes.

Enfin, sortant du lot, Stamatia Karampini, 33 ans, seule femme candidate, a été immédiatement distinguée par sa magnifique et très originale gestuelle. On a l’impression qu’elle sculpte le son avec ses mains qui occupent tout l’espace et son corps très souple qui prend par moment des allures de danseuse. Son visage est lui aussi très expressif, et si l’on ne fait que la regarder, on se rendra compte que l’on entend ce que l’on voit. Aucune partie orchestrale n’est laissée à elle-même et elle emmène le Brussels Philharmonic où elle veut. Sa très grande expérience et sa familiarité avec le monde de l’opéra nous permettent de prévoir qu’elle finira sur le haut du podium.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550557

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License