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Concerts du palais princier : Gianluigi Gelmetti dirige l’OPMC

samedi 18 juillet 2009 par Cyril Brun
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Gianluigi Gelmetti
© Sipario 2009

La cinquantième édition des « Concerts du palais princier » s’est ouverte dimanche soir en présence du Prince Albert et de sa famille, sous la magnifique galerie de la cour du palais princier. Enchâssé tel un joyau dans sa monture, l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo attend sur le somptueux escalier en fer à cheval, l’entrée de Gianluigi Gelmetti qui revient sur le rocher, après le triomphe du Vaisseau Fantôme l’hiver dernier. Pourtant, la prestation, globalement très appréciable, ne fut pas à la hauteur du triomphe wagnérien et les applaudissements très froids et très courts du public en sont peut-être le signe. Il est dommage que cette froideur policée ait également concerné la brillante interprétation de Vadim Repin.

L’ouverture des Noces de Figaro donna malheureusement le ton de la soirée. On s’attendait, comme souvent, à ce que cette courte ouverture soit prise comme un tour de chauffe et, de fait, l’exécution fut relativement fade. Au demeurant, si l’on excepte une partie de Prokofiev, le concert manquait de vigueur et de tonicité. L’ouverture mozartienne en est un bon exemple. Les croches classiques trainaient de façon légèrement coulée, tandis que les fins de phrase étaient relâchées et les accents empâtés, plus lâchés que soutenus. Dans cet environnement quelque peu léthargique, les fortissimi n’avaient guère plus de relief, laissant une ouverture peu convaincante et globalement peu enlevée.

Malheureusement c’est aussi l’impression qui ressort du Concerto pour violon de Mendelssohn, tout du moins dans sa partie orchestrale, car force est de constater que le soliste et l’orchestre se sont presque tout le temps situés sur deux lignes d’interprétation différentes. Désagrément auditif certes, mais surtout affadissement de l’interprétation du violoniste, sans cesse retenu dans son envol. Les accents des timbales, beaucoup trop mous, manquaient également de précision dans la respiration, comme d’ailleurs le reste de l’orchestre, notamment sur les notes piquées. Ce flou – qui n’est pas le flou romantique – se retrouvait également sur les accords posés de l’accompagnement, qui se doublaient souvent d’appogiatures inopportunes. Ces notes d’accompagnement, comme précédemment pour Mozart, étaient davantage lâchées que posées. Or la forte intensité dramatique, la tension même de l’ouvrage et sa relâche, prises dans leur ensemble, trouvent justement leur respiration dans le soutien même de ces accents et de ces notes. Dès lors, l’interprétation perdit de sa vigueur et ne permit pas la mise en exergue de la relâche du deuxième mouvement. Dans cet esprit les notes trop lourées des flûtes ont accentué la mollesse générale de l’ensemble.

Au contraire, Vadim Repin donna une très grande vie et une âme profonde au concerto. Chaque note prise en considération trouvait sa juste place, servait celle qui suivait, accomplissait la précédente, mais les reprises de l’orchestre, trop lourdes, venait revêtir d’une chape de plomb la légèreté du soliste ; les entrées de trompette, d’ordinaire si précises et fines étaient gauches. Finalement l’orchestre semblait comme absent, ce qui compromit les moments de dialogue avec le violon, qui parvenait malgré tout à donner une grâce extrême à son jeu, particulièrement dans les aigus. Jouant avec finesse et délicatesse de son archet, il fit de ce concerto un ouvrage de dentelle effleurant les cordes, sans jamais perdre la tonicité et la subtile puissance du jeu. Face à une telle vie, l’orchestre parut bien pâle, malgré de beaux moments, à l’exemple des ostinati des violoncelles. C’est dans cet esprit que se conclut ce premier mouvement qui loin de s’élever sembla comme glisser et s’affaler vers le sol. C’est du reste vraiment cette ligne constamment plombée qui entrava l’expression du soliste et laissa sans doute une impression froide au public.

Le deuxième mouvement, bien que moins enlevé, ne parvint pas à réduire l’écart entre le soliste et l’orchestre. Toujours lourd dans ses crescendi, celui-ci répondit mal aux invitations du violon, mais cette fois-ci Repin parvint à s’extraire de cette pesanteur pour s’envoler et donner sa véritable respiration au concerto. Court moment car l’entrée de l’orchestre au lieu de souligner cette respiration l’étouffa et ramena le soliste au sol. Un des rares moments de communion fut le passage tout en douceur des basses avant le finale ; beau finale au demeurant, mais aux fins de phrase encore trop relâchées. Le troisième mouvement sembla réunir enfin les deux lignes d’interprétation, notamment sur les très beaux et très toniques pizzicati des violons. De fait, l’orchestre fut beaucoup plus énergique et présent, épaulant mieux le soliste, donnant alors lieu à de très beaux dialogues, particulièrement avec les flûtes, ou à un magnifique solo de cors repris somptueusement par les violoncelles, alors que les trompettes demeurèrent trop en dehors dans une fanfare inopportune.

Fort heureusement, compte tenu de la partition, Prokofiev fut beaucoup moins mou, sans pour autant être réellement soutenu. Comme pour le reste de la soirée, les fins de phrase, dans leur ensemble, semblaient toutes conclusives ou relâchées, tirant sans cesse vers le bas un ostinato qui de ce fait perdait de sa force et de son importance. Dès lors, une œuvre conçue pour se dérouler d’elle-même autour du motif de base, fut par moments contrainte à des ruptures, brisant du même coup toute la tension dramatique sensée conduire l’auditoire de l’ouverture brillante à la conclusion tonitruante. C’est du reste ce mouvement permanent qui fait de cette conclusion pourtant bien close, une sorte d’ad libitum qui se prolonge au-delà d’elle-même. Aussi, pris individuellement, les motifs étaient admirablement bien interprétés. Dès l’ouverture, les basses se sont distinguées par une remarquable présence, soulignée avec à propos par des cymbales aussi puissantes que douces – prouesse suffisamment rare pour la souligner. L’entrée approximative des trompettes, cependant très fines, perturba peut-être le dialogue des violons et des cuivres, mais le dialogue du tutti qui suivit fut, pour sa part, absolument parfait, magnifiquement poursuivi par la partie de violoncelles, pourtant perturbée par l’entrée trop frappée des cuivres. Rien moins que superbe descente pizzicati des violons et très beau tutti en suivant, malgré ces sempiternelles fins de phrase relâchées qui contrastaient d’autant plus avec la tonicité de l’ensemble. Du reste cette défiance eut une autre conséquence qui contribua à l’affadissement de l’œuvre : les tutti furent pleins de vie, alors que les decrescendi retombaient systématiquement mal. En fait, ces fins de phrase toujours conclusives affaiblissaient «  l’ostinati en forme de basso continuo » de sorte que ce défaut accentué par le fait même du decrescendo donnait une impression inconfortable de rupture. Convenant au jeu en extérieur, les fanfares furent grandioses, reprises à merveille par les cordes basses, pour un ensemble magnifique et plein de vie s’achevant sur un superbe finale. Finale dont l’ultime accord insuffisamment équilibré rendit difficilement audible la conclusion harmonique et il fallut bien l’écriture rythmique pour asseoir la conclusion du premier mouvement.

Le deuxième mouvement fut un très très beau « dialogue fugué d’ostinati ». Beaucoup de rigueur et de précision ont permis d’amoindrir l’impression de rupture. Magnifique ostinato d’où tout les motifs et thèmes sortaient, autour duquel tout l’orchestre venait s’enrouler et se dérouler. Si les trompettes ont parfois été approximatives ce soir, ici les cuivres dans l’ensemble servirent avec une grande maîtrise, notamment de la justesse d’un son maintenu droit tout du long, ce motif récurent liant toute l’œuvre. L’ouverture du mouvement suivant fut plus laborieuse. Les respirations furent plus difficiles, tandis que les violons ne sortaient pas assez des cordes basses et que les flûtes étaient poussives. Trop distinctes du reste de l’orchestre, la caisse claire et la grosse caisse avaient tendance à fermer le son au lieu de l’ouvrir. Sur le tutti on regrette encore que l’orchestre écourte systématiquement la dernière note du motif. On en vient à se demander si c’est un choix d’interprétation du chef, car dans le mouvement plus lent les respirations tombent toutes vers le bas, comme s’il y avait une volonté de couper la progression. L’effet en tout cas est radical et les changements rythmiques perdent tout relief, de sorte que les finales thématiques arrivent par surprise et sont eux-mêmes une rupture, niant ainsi toute unité scripturaire à l’œuvre. Ainsi, si l’accord final fut absolument superbe, il ne remplit en rien son rôle d’ouverture ad libitum que semble suggérer toute l’écriture.

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- Monaco
- Palais Princier,
- 12 juillet 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Ouverture des Noces de Figaro.
- Felix Mendelsonn Bartoldy (1809-1847), Concerto pour piano n° 2 en mi mineur op. 64.
- Sergei Prokofiev (1891-1953), Symphonie n° 5 en si bémol majeur op. 100.
- Vadim Repin, violon
- Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
- Gianluigi Gelmetti, direction






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