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Concerts du Palais princier : Grandeur sans emphase, excellence sans fard

mercredi 29 juillet 2009 par Cyril Brun
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Arcadi Volodos
DR

Pour le deuxième concert de l’été, le palais princier de Monaco accueillait encore une belle affiche. Une affiche tout à l’image de la Principauté et conforme à l’esprit de l’orchestre, c’est-à-dire loin des paillettes des stars poussées par de grandes maisons de production, mais au contraire faite de cette sobre excellence des grands. D’ailleurs l’âme du concert de ce soir peut être ainsi exprimée : grandeur sans emphase, excellence sans fard.

C’est l’ambiance dans laquelle le premier accord de Rachmaninov sortit du silence avec une douceur de velours, sur laquelle des cors sublimes sont venus tisser de fil d’or la profondeur feutrée si caractéristique du pupitre des violoncelles monégasques. Comme il sait si bien le faire d’ordinaire, l’orchestre accompagne parfaitement bien le soliste, sans rien relâcher de sa présence. Visiblement au service d’une conception convaincue de l’œuvre, Yuri Temirkanov unifia totalement ce premier mouvement, par des enchainements thématiques si fins qu’ils en devenaient naturels, tant d’un motif à l’autre que d’un instrument au suivant, ou encore de l’orchestre au soliste. Ce dernier, du reste attentif au chef, et non pas perdu dans une interprétation privée, respirait au rythme de l’orchestre, à moins que ce ne fut l’inverse. Union particulièrement sensible avant l’entrée des trompettes, ces dernières, du reste sensiblement mises en relief dans leur partie en sourdine, laissant une impression de fraicheur tellement il est rare de les entendre ainsi exposées ici. Les soufflets qui suivirent furent d’une particulière somptuosité, pleins de cette douceur contenue qui ne quittera jamais la soirée. La cadence très attendue ne déçut pas le public et l’on fut saisi, dans le jeu de Volodos, par cette mise en relief du thème que l’on pouvait suivre très distinctement au delà des variations et des broderies. La reprise par l’orchestre fut moins convaincante et parut plus juxtaposée. Mais la reprise qui suivit la seconde partie du solo fut un ravissement d’unité entre le soliste et le pianiste.

Le deuxième mouvement laissa une impression plus lourde dans les premières mesures, impression entretenue par ce jeu si particulier de Arcadi Volodos, à la fois mi feutré mi frappé. Une douceur de jeu qui distingue chaque note et qui peut-être conviendrait plus à Ravel, c’est en tout cas l’impression sous-jacente du finale qui d’une manière générale fut moins fluide et moins uni. L’accompagnement des vents fut parfois moins clair et les violons légèrement plus poussifs. L’orchestre s’est de fait révélé ici plus accompagnateur que réellement partie prenante du dialogue, dans lequel les instruments et notamment les flûtes s’inséraient mal. Le crescendo qui précède le final ne fut guère plus convaincant et surtout peu en place. La plupart des entrées de trompettes de ce dernier mouvement manquait de précision. Défaut que l’on retrouva pour l’ensemble des cuivres sur le final.

Moussorgski aurait pu être pompeux ou glorieux. Jouer en extérieur suscite souvent des déchaînements sonores surprenants ! Il fut au contraire d’une intimité grandiose ou d’une grandiose intimité. La douceur et la puissance contenue, le velours que l’on trouvait en première partie prirent encore plus de valeur au service d’une magnifique promenade picturale. Les enchaînements sans rupture ni heurts déroulèrent des notes délicatement posées et finement attaquées. De véritables dialogues, de belles respirations ont exhalé, comme seule la musique peut le faire, les effluves des tableaux. Un très beau solo de tuba d’où ressortaient peut-être quelques respirations inopportunes, une belle présence des timbales, tout aussi impliquées dans l’expression dramatique, un équilibre et une gestion des nuances d’un à-propos parfait et surtout très expressives, ont fait de cette exposition une émouvante (et non tonitruante) promenade musicale. Une âme extraordinaire a transporté le public. Il est dommage que la porte de Kiev ait été plus langoureuse presque laborieuse, trahissant entre les instruments une disparité des nuances et des rythmes, fort éloignée de l’âme qui avait jusque là habité cette promenade sous la galerie de la cour du palais princier.

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- Monaco
- Palais Princier
- 16 juillet 2009, 21h30
- Sergei Rachmaninov (1873-1943), Concerto pour piano n°3 en ré mineur op.43.
- Modest Moussorgski (1839-1881), Tableaux d’une exposition, version de Maurice Ravel
- Arcadi Volodos, piano
- Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
- Yuri Temirkanov, direction











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