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Concerts du Palais princier : Une Cinquième de Beethoven inoubliable

jeudi 20 août 2009 par Cyril Brun
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Augustin Hadelich
DR

Une soirée qui va crescendo dans la qualité est toujours appréciable, mais quand le crescendo débute par l’excellence, on ne s’attend tout de même pas à atteindre la perfection et encore moins une perfection aussi exceptionnelle que celle atteinte par la cinquième symphonie de Beethoven.

Très en forme sous la direction de son nouveau directeur musical, l’orchestre ouvrit Till Eulenspiegels avec une rare finesse… rare pour qui n’est pas habitué à cette qualité du pupitre de cor monégasque. Thème de Till repris de façon très égale par l’orchestre dans une excellente imbrication motivique au service d’une parfaite continuité musicale, ce qui n’est pas d’emblée joué pour une musique scénique comme celle-ci. Egalement fidèles à elles mêmes les trompettes ont fait briller un excellent appel sur le thème, tandis que la reprise des violoncelles précéda par cette remarquable douce profondeur qui leur est propre, le feutre des cuivres. Façonné par Yakov Kreizberg, l’orchestre répondait à merveille à ses sollicitations par des accents impeccablement ensemble et une extrême finesse dans l’expression des nuances, sans jamais perdre de vue la ligne dramatique de l’œuvre. Fermeté et grande unité dramatique sans rupture mises en relief par un formidable appel des cuivres basses, soulignant une fois encore la qualité de ce pupitre.

Le concerto pour violon n°3 de Mozart monta encore d’un cran la qualité. Même finesse des cordes que pour Strauss, légèrement biaisée par un jeu peu classique des cors qui ne perturba pas la belle aisance du jeune soliste, Augustin Hadelich. Mais c’est surtout la très grande unité entre ce dernier et l’orchestre qui fit de ce concerto un grand moment. Il est si fréquent que le soliste et l’orchestre ne se retrouvent pas, voire s’ignorent, qu’il faut souligner la belle connivence qui unissait les deux, notamment par des accents rigoureusement identiques. Le second thème fut beaucoup plus empreint de classicisme, parachevant cette profonde unité du soliste et de l’orchestre. Les reprises paraissaient naturelles, tellement elles étaient fidèles et égales. Une vraie pulsation d’ensemble particulièrement sur la cadence, donnant vie au jeu d’un soliste d’une grande qualité, mais à qui il manquait encore la maturité qui donne une âme et une profondeur au jeu. Mais la finesse des ses entrées mettait d’autant plus en relief un vrai dynamisme ferme mais sans rudesse. Le mouvement lent fut l’occasion de mettre en valeur la pureté et la douceur du jeu d’Augustin Hadelich. Malgré un léger « patinage » de flûte, la sobre émotion du jeune soliste, sans emphase inutile, ni débordement lyrique fut admirablement soutenue par l’orchestre au point que tous, au moment du solo, disparurent derrière Mozart. La comparaison valant ce qu’elle vaut avec ses restrictions, il y a chez ce jeune Hadelich quelque chose de la sobriété de Menuhin, ses notes apparaissent comme de nulle part. Il lui manque toutefois de faire plus abstraction du public et de la technique pour animer réellement de l’intérieur ses interprétations. Le troisième mouvement fut repris superbement par le soliste sans brusquerie, sur un très beau et fin tapis d’orchestre sobre comme le soliste. Fidèle à sa qualité d’accompagnateur, ce dernier sut tour à tour mettre en valeur le violoniste en lui laissant la parole et se faire interlocuteur présent. Il semblait que l’orchestre et le soliste buvaient à la même source. Le bis, ce fameux caprice en forme de chasse de Paganini révéla une maîtrise technique sans faille.

Mais le moment d’exception fut incontestablement la Symphonie n°5. Qu’il me soit permis ici de sortir d’une certaine réserve et de quitter un instant la plume du critique pour endosser la casquette du conférencier et interprète beethovenien qui connaît presque les moindres recoins des partitions du maître de Bohn, pour donner peut être plus de poids aux lignes qui vont suivre et ne pas les affadir en laissant croire à un ravissement béat. Nous ne pensions pas entendre un jour en concert (hors des enregistrements dits historiques ou trafiqués) la cinquième à un tel degré de perfection. Tout ce dont l’orchestre est capable de qualité et de raffinements se trouvait livré entre les mains de Yakov Kreizberg au service d’une interprétation techniquement impeccable et musicologiquement sans faille. Tout de la richesse musicale et philosophique autant que les contrastes novateurs et spirituels de Beethoven, s’exhalait là devant nous de cet escalier de la cour d’honneur du palais princier. Et il fallait bien un tel écrin pour une telle excellence. Bien des spectateurs ont dû ce soir découvrir un autre visage de Beethoven et de la cinquième où la puissance contenue donne plus de force au combat du destin que les sempiternels bruits martiaux auxquels ont réduit si souvent l’une des pages les plus populaires de la musique. Il faudrait des heures pour reprendre les milles détails si admirablement relevés par Maître Kriezberg. Ils sont du reste à eux seuls une parfaite illustration de l’identité de chacun des pupitres monégasques. L’appel de cor très articulé ouvrit une suite enchaînée du motif constitutif de l’œuvre sans rupture, tandis que les bassons par leur belle présence rehaussaient de leur habituelle douceur une partition si souvent martelée. Les impeccables nuances et crescendi nourrissaient toute la tension dramatique voulue par Beethoven. Grandiose, mais toute en nuances, fut la marche du deuxième mouvement, suivie par un somptueux ensemble de violons et un magnifique accompagnement pizzicato. Incontestablement, il y a chez Yakov Kreizberg une véritable intelligence de Beethoven.

De plus en plus en union avec son nouveau chef, on sent désormais une grande liberté de l’orchestre et ce fut particulièrement le cas dans le troisième mouvement. Libre et uni. C’est ainsi que la percussion épousa totalement la douceur profonde si caractéristique des violoncelles monégasques, tandis que les cuivres transpercèrent d’un jet magnifique la partition, soutenue par des flûtes parfaitement intégrées. Chaque instrument est parfaitement distinct sans jamais se défaire de son unité avec les autres. C’est ainsi que dans un éblouissant pianissimo les cordes et les timbales firent entrer tout l’orchestre dans le quatrième mouvement qui fut à ce point saisissant que l’on ne pouvait plus qu’écouter ébahi, pour ne rien perdre de ce moment d’exception indescriptible qui transporta la cour du palais en un rare moment d’éternité.

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- Monaco
- Palais princier
- 26 juillet 2009
- Richard Strauss, (1864-1949), Till Eulenspiegels, poème symphonique op. 28
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour violon n° 3 en sol majeur KV216
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), symphonie n° 5, en ut mineur op. 67
- Augustin Hadelich, violon
- Orchestre philharmonique de Monte Carlo
- Yakov Kreizberg, direction.






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