ClassiqueInfo.com



Concerts du Palais princier : Liszt invité d’honneur

samedi 15 août 2009 par Cyril Brun

Ce soir, le palais princier accueillait Liszt. Liszt et son gendre Wagner, Liszt et son opposant traditionaliste Brahms. Soirée thématique certes autour d’un Liszt engagé, soutenu par Wagner et rejeté par Brahms, mais pas seulement.

JPEG - 8 ko
Nicholas Angelich
© Stéphane de Bourgies

Quelle est l’influence réelle de Liszt sur ce fameux prélude de Tristan und Isolde ? Si agacé qu’il soit quand on souligne la patte de son beau-père, Wagner ne lui en demeure pas moins redevable. Beau clin d’œil que d’avoir réuni ce soir, de cette façon, les trois hommes dans un concert qui n’est autre qu’une vraie page d’histoire de la musique. Il est dommage qu’on ne profite pas de tels concerts pour faire davantage entrer le public dans la richesse de ce patrimoine, considérant fallacieusement que le public est toujours ce parterre de fins mélomanes qu’il était au XIXe siècle, alors qu’il est au contraire aujourd’hui si demandeur d’être initié au cœur même de ces œuvres d’une si extraordinaire intelligence.

C’est donc Tristan und Isolde qui ouvrit la soirée par la toujours superbe douceur de l’entrée du pupitre de violoncelles, déployée tout au long de l’œuvre par des tenues instrumentales très belles et surtout très expressives, malgré des entrées un peu trop saillantes et un pupitre de premier violon à part, comme posé sur le reste de l’orchestre. Sur la mort d’Isolde, l’ensemble des basses absolument magnifiques installa par une très grande stabilité une montée particulièrement mystérieuse. Toutefois une certaine précipitation des tempi déplaça la thématique de cet extrait de la séparation amoureuse vers une impression d’angoisse face à la mort avec une partition presque en rupture syncopée. En revanche les soufflets furent rien moins que splendides avec une incroyable résonance, comme sortis du silence pour y retourner. Les notes posées l’étaient parfaitement, sauf une flûte légèrement trop frappée et un final un peu trop assis et de ce fait plus rude et moins expressif que le reste de l’interprétation.

Le Concerto pour piano n°1 de Liszt fut en revanche un ravissement d’équilibre à tous niveaux. Un très beau dialogue clarinette et piano, suivi d’un violon ouvrant à son tour un beau dialogue avec le pianiste et une belle reprise, enveloppante, des violoncelles superbement installés sur les pizzicati des contrebasses. Équilibre légèrement rompu par une flûte trop en dehors sur le finale. Inconfort rapidement envolé avec la magnifique entrée des violoncelles desquels sortaient les violons, suivi du piano comme en écho, comme une effluve de rosée laisse un vague souvenir de la nuit. Une très grande expressivité du pianiste lors du second solo fit oublier l’impression un rien maussade du premier mouvement. La grande précision et dextérité de tout l’ensemble dans le troisième mouvement sut merveilleusement préserver le flou romantique que suppose une telle partition. Enfin, le quatrième fut une magnifique variation feutrée et enveloppée du thème par les violons, dans un discours musical qui conduisait logiquement à l’exposition par les cuivres et notamment des trompettes d’une fine discrétion. Envoûtant, le piano tissait sa partition dans les pizzicati des cordes. La grande discrétion de rentrée des motifs déploya parfaitement la construction logique du discours ouvrant de très beaux dialogues avec le soliste, d’une grande cohérence. Même soufflets, mêmes nuances, même tension ont fait de cette interprétation un grand moment de communion et d’émotion, conduisant le public sans à-coups jusqu’au final tout en beauté.

En revanche la Symphonie n°3 de Brahms fut d’autant plus décevante que Liszt était superbe. Dans la querelle des deux écoles, l’audition de ce soir, eut certainement donné Liszt vainqueur par KO. L’introduction qui précède le thème du premier mouvement était déjà décousue et morcelée. Les instruments semblaient comme déborder les uns des autres. Le très beau chant de violoncelles fut malheureusement surmonté d’une partie de violon relativement stressée. La forte indépendance des instruments ne remit toutefois pas en cause la finesse de chaque pupitre. Le deuxième mouvement, malgré des dialogues discontinus, fut plus homogène. Mais sous une ligne mélodique superbe, la ligne harmonique était simplement posée, brouillant un discours musical peu convaincant. Le troisième mouvement scella l’indépendance des pupitres avec une certaine approximation des thèmes et surtout une grande différence d’interprétation lors de la reprise des violons. Les fins de phrase du thème, trop écourtées, ont laissé une impression plus tendue que paisible, renforcée par une entrée des vents très frappée et des pizzicati très en dehors. Cette précipitation et ces fins de phrase écourtées ont introduit une forte rupture dans le déroulement paisible, d’autant que les fins de phrase étaient presque toutes conclusives. Le quatrième mouvement fut l’occasion d’entendre le superbe pupitre de cors, quoique trop en dehors sur son entrée. L’excellent tutti, très enlevé et tonique, fut malheureusement suivi d’un second tutti avec peu d’ensemble et surtout relativement poussif. Trop de ruptures dans un jeu saccadé ont vidé la symphonie de sa dramaturgie musicale, parvenant à un très beau final, mais sans histoire, comme posé là pour conclure.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Monaco
- Palais princier
- 23 juillet 2009
- Richard Wagner (1813-1883), Tristan und Isolde : prélude et mort d’Isolde
- Franz Liszt (1811-1886), Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur
- Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°3 en fa majeur op. 90
- Nicolas Angelich, piano
- Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
- Emmanuel Krivine, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 550556

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License