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Concert en forêt

mercredi 26 décembre 2007 par Richard Letawe

Comme son nom l’indique, le Festival des Forêts a une relation forte avec la nature environnante, et programme ainsi chaque week-end deux concerts randonnées, qui se tiennent dans et autour de quelques uns des plus beaux villages situés dans la forêt de Compiègne.

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©Julien Mignot

Le programme de ces journée est copieux, et débute vers midi par une aubade, mini-récital donné en plein air par les musiciens du jour. Cette aubade est suivie d’un pique nique, au cour duquel les mélomanes et une partie des nombreux bénévoles du festival partagent dans la bonne humeur et en toute cordialité rillettes, saucissons et camembert. Aucune étape de la journée n’est obligatoire, et au cours du repas, d’autres randonneurs arrivent au compte goutte, ce qui finit par former un groupe assez important, prêt à prendre le départ vers 14h30.
Les marcheurs ont le choix entre différents guides : ils peuvent suivre des experts forestiers, un conteur, un professeur de Qi Gong, gymnastique chinoise, ou encore une dessinatrice. Les groupes partent pour une promenade d’environ deux heurs, et se rejoignent dans une clairière pour entendre un petit récital en forêt. Après celui-ci, les randonneurs reprennent le chemin pour arriver vers 18h au lieu du concert proprement dit.

Nous étions ce samedi à Chelles, beau et paisible village, situé à quelques kilomètres de Pierrefonds, dont le bâtiment le plus remarquable est l’église Saint-Martin, un des plus anciens édifices religieux de la région, construite aux XIIe et XIVe siècles. Chelles abrite également les vestiges d’un château détruit au XVIIIe siècle, dont subsiste une tour en pierre, et fut un site importante de l’époque mérovingienne, une nécropole découverte en 1863 compte 1775 tombes. On y a également découvert récemment des tombes de l’époque carolingienne, le site restant à étudier plus avant.
Piano oblige, l’aubade du midi n’est pas donnée à l’air libre, mais à l’intérieur de l’église, où Dana Ciocarlie joue aux quelques courageux déjà présents des extraits de Beethoven, Schubert, Debussy, et les Danses populaires roumaines de Bartok.

Après le sympathique pique nique, il est temps de partir en randonnée. Nous avons choisi d’accompagner Hugues, un des experts forestiers, sylviculteur retraité après 50 ans de travail en forêt, au conseil d’exploitants privés. Durant la ballade, il dresse un panorama très complet et très didactique de la situation de la forêt de Compiègne. Il montre les différentes espèces qui la composent : hêtres en majorité, chênes, merisiers, érables, charmes,… Il parle des difficultés liées au réchauffement climatique et à l’assèchement des sols, des hêtraies sont mal en point, des chênes sont malades, des espèces sont en train de disparaître,… Que planter aujourd’hui, alors qu’il faut des décennies à un arbre pour atteindre sa taille utile et qu’on ne sait pas quel sera l’état des sols dans dix ans ? Cette question se pose aujourd’hui de façon brutale, et est essentielle, car l’économie sylvicole est fragile, à la merci des tempêtes et des dégâts commis par le gibier. Les gestionnaires doivent donc avoir une vision à long terme, et tenter des paris risqués, que les domaines soient gérés par l’Office National des Forêts ou par des propriétaires privés. Malgré la chaleur, ces deux heures de randonnée passent très vite, car l’orateur connaît à fond son sujet, et en parle avec une passion communicative. Notre groupe arrive alors à la clairière, presque en retard, pour entendre le Quatuor Psophos jouer deux mouvements du Quatuor Opus 20 n°5 de Haydn. Ecouter de la musique de chambre en pleine forêt est une expérience bienfaisante, car le feuillage donne au lieu une excellente acoustique, et ses bruissement ne sont ni un bruit de fond ni une gêne, mais deviennent presque partie intégrante de la musique, et stimulent l’attention des auditeurs. On aurait donc volontiers écouté le quatuor en entier, mais il faut bien laisser le temps aux musiciennes de rejoindre le lieu du concert, que les randonneurs rallient par un chemin plus détourné. Un dernier arrêt est organisé dans le village de Chelles, où est servi un goûter, qui est fort bienvenu après les efforts de cette après-midi en pleine nature.
Il est alors presque 18 heures, et il est donc temps de prendre place sur les bancs de l’église, où sont déjà présents d’autres mélomanes, qui n’ont pas pris part à la randonnée, et que l’on reconnaît aisément à leur tenue plus habillée, et à leurs souliers tout propres.

La première partie du concert est consacrée à Claude Debussy, dont Dana Ciocarlie vient jouer trois pièce : Cloche à travers les feuilles, Et la lune descend sur le temple qui fut, et Poissons d’or. Ecoutées après ces heures passées en forêt , ces œuvres exaltent le calme, le raffinement et la sensualité sous les doigts nets et sobres de la pianiste.

Debussy encore, avec le Quatuor Opus 10, dont les Psophos donnent une version tendue, sans concession, qui allie austérité, transparence et engagement. Apre et musclée, cette vision est très exigeante pour l’auditeur, car la tension ne se relâche jamais, même dans le deuxième mouvement, dont les pizzicati sont presque effectués avec rage. Le troisième mouvement, à l’atmosphère désolée, est aride et suffocant, et le Finale, après un premier épisode finement ciselé est mené à son paroxysme par des musiciennes véritablement passionnées. Cette interprétation concentrée, à la tension un rien forcée parfois, manque certes un peu de sensualité, mais cette lecture est assez fascinante et mené à fond par un quatuor puissant, cohérent, et qui croit à ce qu’il joue.
Dana Ciocarlie et les Psophos se rejoignent ensuite pour jouer le Quintette pour piano et cordes de Dvorak. Leur interprétation n’est pas tout à fait à la hauteur du chef d’œuvre, malgré qu’elles en aient déjà réalisé un enregistrement, paru récemment chez AR-SE-RE. L’explication en est peut-être que le Quatour Psophos n’est pas ici présent dans sa formation complète : aux habituelles Bleuenn Le Maître, Cécile Grassi et Eve-Marie Caravassilis, respectivement second violon, alto et violoncelle, est adjointe Liza Schatzmann, qui remplace la première violon titulaire. Elle semble beaucoup moins inspirée par Dvorak que par Debussy, et joue sa partie de manière hésitante, sans donner d’impulsion à ses partenaires, et en commettant de nombreuses fautes d’archet. Privé de brio instrumental, ce quintette manque de souffle, de couleurs et surtout de souplesse et de lyrisme. Il n’y a rien de déshonorant à cette interprétation un peu raide, et le mouvement lent, mené à un rythme assez allant, est intéressant et assez étreignant, mais dans les autres parties, les musiciennes confondent trop souvent engagement et brutalité, et restent à la lisière de l’œuvre, sans en dévoiler tous les charmes.

Voilà qui conclut une magnifique journée, aussi intéressante du point de vue musical que du point de vue pédestre, bien aidée par un temps radieux, bien rare en ce début de juillet. Avec ces concerts randonnée, qui sont au cœur et à la source de son activité, le festival des Forêts cultive son originalité. Nous conseillons à tous les mélomanes qui ont envie de plus qu’un concert d’aller le découvrir par eux mêmes.

Dana Ciocarlie se produira au Festival Musicalta de Rouffach le 01 août 2010.

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- Chelles
- Eglise Saint-Martin
- 07 juillet 2007
- Claude Debussy (1862-1918), Images (2ème livre) ; Quatuor à cordes Op.10
- Antonin Dvorak (1841-1904), Quintette pour piano et cordes en La majeur Op.81
- Dana Ciocarlie, piano
- Quatuor Psophos






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