ClassiqueInfo.com




Concert de tubes au Festival de Montpellier

samedi 8 août 2009 par Cyril Brun
JPEG - 17.1 ko
Alain Altinoglu
DR

Une Place de l’Europe noire de monde, ce qui doit bien représenter quelques milliers de personnes, sans compter les spectateurs des balcons, peut témoigner combien la musique classique fait encore recette. Une occasion de rencontre entre l’orchestre et sa ville, visiblement appréciée du public comme des musiciens et de leur chef qui, entre deux coups de vent relativement toniques, présentaient avec humour et bonhommie ce concert en plein air.

Musicalement il ne fallait pas venir chercher autre chose que ce que l’on devait y trouver : une succession de grands airs visant à émouvoir le public ou à l’éblouir, en lui donnant l’occasion d’entendre en concert les tubes mille fois repassés par la publicité, les films ou chez soi en écoutant les 100 plus grands morceaux classiques. Et le but fut atteint sans doute avec même un certain brio. Sortis de leur contexte scénique ou de leur dramaturgie, les airs perdaient inévitablement de leur intensité de sorte que pour atteindre les spectateurs, il ne fallait pas hésiter à modifier l’angle de jeu et à mettre en relief certains passages, peut-être plus « esbroufants » (au sens positif). C’est ce que fit l’orchestre qui, face à la richesse du programme, ne travailla pas réellement le détail, mais s’attacha aux rythmes et aux nuances. C’est aussi ce que fit le brillant Ricardo Bernal, modifiant non sans humour, la dramaturgie de la donna è mobile, en parfaite complicité avec Alain Altinoglu. Les hommes, même à l’air du féminisme, n’ont pas fini de rire des femmes !

Toutefois, même si un programme aussi varié supposait une adaptation, nous pouvons regretter l’interprétation réellement grand public du Te Deum de Charpentier, pour lequel on était bien en peine de retrouver un soupçon de style baroque, pas même classique, mais au contraire une interprétation romantisme très lourde, fidèle à l’enregistrement type de l’Eurovision. Carmen fut très enlevé, avec de belles nuances, malgré des flûtes approximatives. Le vent était tel qu’il est difficile de savoir dans les nombreux décalages ou approximations de la soirée, ce qui relevait des musiciens ou des partitions envolées. De même, le son métallique des violons était imputable à une sonorisation délicate, qui ne respectait pas non plus l’équilibre entre les pupitres, et moins encore avec des solistes parfois couverts. Le nivellement des nuances et des styles était surtout perceptible lors des interventions des chanteurs. Naïra Abrahamyan, toujours aussi superbe, sut allier émotion et fragilité ce que ne seconda pas toujours l’orchestre, souvent lourd dans ses accompagnements, sur West Side story particulièrement, ou donnant par exemple dans La Bohème deux lignes de jeu très nettement distantes, ce que n’aida pas l’équilibre très artificiel de la sonorisation. Au-delà des adaptations nécessaires, l’orchestre fut très loin de l’écriture et du style de Puccini, de par son jeu très saccadé et très sec ; on ne retrouvait pas cette fluidité coulante nécessaire au compositeur. Évidemment la Marche de Radetzki fit son effet. Dans La Traviata, outre un orchestre une fois encore trop sec, notamment sur les pizzicati, brisant ainsi le lyrisme du duo amoureux, Ricardo Bernal sembla pris à la gorge ce qui gêna l’union des deux voix, notamment sur les vocalises. Gêne qui ne se retrouva pas, dans le duo de Rodolphe et Mimi, où les voix s’épousèrent à merveille. Granada révéla avec puissance et éclat que le trouble vocal n’était que passager et Ricardo Bernal emplit d’une voix de stentor tout Antigone, accompagné par un orchestre très enlevé qui avait déjà enthousiasmé le public dans une très précise et ébouriffante danse du feu – particulièrement attisée par le vent – et un grandiose Malambo qui toutefois n’évita pas quelques lourdeurs. Malheureusement le bis, la Danse du sabre, manqua réellement d’ensemble et fut bien plus laborieuse, ce que la reprise du Malambo effaça immédiatement, comblant une foule compacte qui ne voulait pas laisser partir son orchestre.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Montpellier
- Place de l’Europe
- 24 juillet 2009
- Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Te Deum, marche des timbales et prélude
- Georges Bizet (1838-1875), Carmen, ouverture
- Piotr Ilyich Tchaïkovski (1840-1893), Valse, extrait de La Belle au bois dormant
- Giacomo Puccini (1858-1924), Un bel di vedremo, air de Butterfly, extrait de l’acte II de Madame Butterfly ; Che gelida manina, air de Rodolphe, extrait de l’acte I de La Bohème ; O soave fanciulla, duo Mimi-Rodolphe, extrait de l’acte I de La Bohème
- Johann Strauss père (1804-1849), Marche de Radetzky, opus 228
- Vincent Yousman / Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Tahiti trot, opus 16
- Alfredo Catalani (1854-1893), Ebben n’andro lontana, air de Wally, extrait de l’acte I de La Wally
- Giuseppe Verdi (1813-1901), La Donna e mobile, air du Duc, extrait de l’acte III de Rigoletto, Un di felice, duo Violetta-Alfredo, extrait de l’acte I de La Traviata

- Manuel de Falla (1876-1946), Danse rituelle du feu, extrait de L’Amour sorcier
- Alberto Ginastera (1916-1983), Danse finale (malambo), extrait de Estancia, opus 8a
- Agustin Lara (1900-1970), Granada pour ténor et orchestre
- Leonard Bernstein (1918-1990), I have a love, extrait de West Side story
- Aram Khatchaturian (1903-1978), Danse du sabre, extrait de Gayaneh
- Naïra Abrahamyan, soprano
- Ricardo Bernal, ténor
- Orchestre National de Montpellier-Languedoc-Roussillon
- Alain Altinoglu, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 837246

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License