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Concert d’ouverture du Festival de Besançon : modernisme et classicisme raffinés

mercredi 21 septembre 2011 par Nicolas Mesnier-Nature

Après le traditionnel concert gratuit en plein air place de la Révolution, sorte d’avant-goût de qualité aux conditions acoustiques particulières (son amplifié et micros capteurs sur les instruments), avec une Shéhérazade rimski-korsakovienne pour la première partie classique, nous retrouvons Andrew Davis à la direction de la même formation, l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg.

Le concert en question remonte le temps. La pièce de Michael Jarrell ... le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement... est une commande de l’Orchestre de la Suisse romande, créée en 2009. Structurée en quatre parties bien distinctes, elle ménage des ambiances sonores radicalement différentes dans l’effet, mais unitaires dans l’intention. En effet, il s’agit d’une musique reflétant des impressions de la vie basées, selon les propres dires du compositeur, sur deux expériences personnelles. En résidence à Vienne, Michael Jarrell habitait un immeuble situé derrière des habitations donnant sur les grandes artères passantes de la capitales autrichienne, surchargées de bruits et de mouvements. La musique traduit donc parfaitement cette impression : l’orchestre, énorme, aux pupitres très fournis notamment aux percussions, s’avère un idéal reflet de la fureur urbaine, ou de son contraire, de la sérénité absolue d’une arrière-cour. Dans ce cas, les cordes posent un tapis sonore très subtil, aux touches colorées des percussions.

Autre interprétation possible ou complémentaire de cette partition virtuose, un bouleversement humain violent dû à la perte subite d’un enfant d’une amie de l’auteur. La musique s’entend alors comme le témoignage intense d’un effondrement moral. Des passages calmes et des dernières minutes ressort une sérénité profonde. Autre interprétation possible du « calme » après la tempête, mais une désintégration de la matière sonore plus angoissante que stoïque.

On reste dans le modernisme avec le Concerto pour violon n°2 de Béla Bartok. La qualité évidente n’est pas une surprise avec le violoniste Thomas Zehetmair, défenseur de la musique du XXème siècle. Il conserve avec son complice Andrew Davis l’esprit d’une symphonie avec violon caractéristique de cette œuvre. Concentration, absence d’effet de manche – ce qui n’est pas évident pour ce concerto que d’aucuns jugent trop virtuose – les trilles sont serrés, tout comme le vibrato. Une belle homogénéité définit le second mouvement, où l’unité des variations est préservée. La sonorité reste aussi en harmonie avec cette volonté unificatrice d’humeurs parfois très opposées. Le finale est l’endroit idéal pour métamorphoser la virtuosité en musique, ce que ne manque jamais de faire Thomas Zehetmair, avec un naturel fuyant les notes appuyées. Rien n’est fait à l’arraché, pas même les attaques, et en cela, le violoniste s’entend très bien avec le chef. En bis un court solo mi-sérieux mi-humoristico-parodique de Heinz Holliger parachève cette prestation très habitée.

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Thomas Zehtmair, Andrew Davis
© Yves Petit

Dans la Symphonie n°3 de Schumann, Andrew Davis appuie d’évidence et d’emblée sa version sur les cordes. Celles-ci dominent sans conteste tout le premier mouvement, peut-être même un peu trop. Les cuivres s’avèrent rapidement trop en avant, surtout les deux trompettes, défaut que l’on rencontrera dans tous les mouvements suivants. Après ce dynamique Vivace, les vents ressortiront plus au cours du second mouvement, aux allures plus aristocratiques que populaires et naïves. L’équilibre revient à l’Andante central davantage en phase avec une écriture plus chambriste. Une fin évaporée et flûtée prépare un dense Maestoso aux cuivres très gras avant un Finale toujours conçu dans l’élégance.

En conclusion, un concert placé sous le signe de la finesse et du raffinement, avec un concerto et une symphonie « rhénane » bien plus anglais que hongrois et allemand !

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- Besançon
- Le Théâtre Musical
- 17 septembre 2011
- Michael Jarrell (né en 1958), ... le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement...
- Béla Bartok (1881-1945), Concerto pour violon n°2 Sz.112
- Robert Schumann (1810-1856), Symphonie n°3 en mi bémol Majeur « Rhénane » op.97
- Thomas Zehetmair, violon
- Orchestre Philharmonique du Luxembourg
- Andrew Davis, direction











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