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Concert Schumann, sous le signe de l’Europe

mardi 22 juillet 2008 par Bertrand Balmitgère
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Pieter Wiespelwey
DR

Soirée de gala au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. L’OPS avait revêtu ses plus beaux habits pour célébrer à sa façon l’inauguration de la présidence française de l’Union Européenne. Quoi de plus naturel pour l’une des capitales de l’Europe - faut-il le rappeler - de fêter un tel événement. Et surtout quelle meilleure manière que de le faire en musique.

Après les discours et la politique, la musique reprit ses droits avec la quatrième symphonie de Schumann. On a très vite eu le sentiment que l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg avait à cœur d’être à la hauteur de l’événement. Pour l’occasion, l’orchestre avait même fait appel à un premier violon super soliste (poste vacant à Strasbourg), le bâlois Axel Schacher, un habitué des lieux. La concentration du chef, l’excellent Marc Albrecht semblait elle aussi à son comble. Il faut dire que l’OPS était très attendu dans un répertoire où il a l’habitude de briller.

La quatrième symphonie de Robert Schumann, fut à l’origine composée à la suite de la première symphonie en 1841. Si l’on s’en tient à la chronologie, il devrait donc s’agir de sa symphonie n°2. Mais face à l’accueil peu enthousiaste qu’elle reçut lors de sa création, le compositeur décida par la suite de la remanier en profondeur pour aboutir à une deuxième version en 1851. Celle que nous connaissons actuellement.

Découpée en quatre mouvements, elle a la particularité de devoir être jouée d’un seul tenant, comme l’a voulu son auteur. Ce qui lui retire de cette relative lourdeur que l’on pourrait parfois lui reprocher (Gustav Mahler ira même jusqu’à la réorchestrer à son tour). La grande réussite de l’OPS est justement d’être parvenu à désempeser cette œuvre du poids de sa tradition interprétative. Tout le mérite en revient à la direction souple, vive et fluide de Marc Albrecht. Très au point dans la musique romantique, il sait en exploiter chaque élément.

Après cette page tonitruante, on pénètre dans un tout autre univers avec le concerto pour violoncelle du même compositeur. Cette œuvre sonne comme l’adieu à la vie de Schumann. Composée au tournant des années 1850-51, alors que Schumann commence à être en proie à des crises d’hallucinations auditives, ce concerto pour violoncelle est nourri par une dimension pathétique. Ses trois mouvements sont empreints d’urgence, sans concession à la virtuosité. Le tout exalté tour à tour par un vent de fantaisie, de romance pour enfin laisser place dans le final aux déchirants adieux.

Il fallait bien un artiste de la trempe de Pieter Wiespelwey pour en donner la pleine mesure. Artiste iconoclaste, n’hésitant jamais à remettre en question les traditions, sans doute influencé en cela par sa formation baroqueuse, Wiespelwey a pourtant bien plus d’une corde à son violoncelle, se révélant à l’aise dans tous les répertoires aussi bien sur instrument d’époque que moderne.

Wiespelwey et Schumann sont tous les deux des « inclassables ». Cela fait un bien fou de voir se produire un musicien de cette trempe dans cette musique, qui plus est un homme ne faisant aucune concession sur son art. Le voir à l’œuvre est un spectacle en lui-même. Bouillonnant, parfois même fiévreux, il semble en permanence habité, paraissant voguer dans les hautes sphères. Grâce à cette exaltation de chaque instant, cette profonde concentration, Wispelwey parvint à transcender chaque note, donnant ainsi à l’œuvre une lecture novatrice et rafraîchissante. Un de ces rares instants où le temps semble comme suspendu à l’archet d’un virtuose.

En deuxième partie de ce concert Schumann, l’OPS offre une Symphonie rhénane de toute beauté. Contemporaine du concerto pour violoncelle elle fut composée en décembre 1850, alors que Clara et Robert partent s’installer pour Düsseldorf, où Robert vient d’être nommé au poste de directeur de la musique de la ville. Le titre « Rhénane » donné à l’œuvre, fait bien sur référence au fleuve qui traverse la ville. Œuvre à la structure insolite, elle ne compte pas moins de cinq mouvements, dont le point d’orgue est sans nul doute le majestueux quatrième mouvement, un andante maestoso funèbre, construit autour d’un thème solennel, inspiré par la contemplation de la cathédrale de Cologne. L’occasion était trop belle et Marc Albrecht ne rata pas l’occasion de faire sonner son orchestre comme jamais, élevant des voûtes sonores jusque là jamais vues, sans d’autres buts que la beauté et la grandeur de cette partition si évocatrice pour Strasbourg la « rhénane ».

Après une telle apothéose on envie de dire une seule chose : vivement la saison prochaine !

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 10 juillet 2008
- Robert Schumann (1810-1856), Symphonie n°4 en ré mineur Op.120 ; Concerto pour violoncelle en la mineur Op. 129 ; Symphonie n°3 en Mi bémol majeur Op.97 « Rhénane »
- Pieter Wispelwey, violoncelle
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Marc Albrecht, direction






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