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Clef de Soleil 2011 : Diana Ciocarlie et le Quatuor Talich

jeudi 11 août 2011 par Richard Letawe

L’été à Lille, les amateurs de musique de chambre ont rendez-vous tous les jeudi avec Clef de Soleil, un festival qui fête ses dix ans cette année, et qui a depuis su trouver son public, la preuve avec ce concert, pour lequel l’auditorium du Conservatoire était plein comme un œuf.

Les concerts de Clef de Soleil proposent une affiche variée et de qualité, où l’on retrouve Xavier de Maistre, Lovro Pogorelich, Cyprien Katsaris et le Fine Arts Quartet, Shani Diluka, ou encore Graf Mourja et Emmanuelle Swiercz. Pour le concert de ce 21 juillet, les invités étaient la pianiste Dana Ciocarlie et le Quatuor Talich.

Les Talich jouent dans leur arbre généalogique ce soir, en commençant par le Quatuor n°2 de Janacek. Une œuvre ardue, d’un abord difficile, qui nécessite de rares qualités de lyrisme et de personnalité de la part de ses interprètes. Les Talich l’ont sûrement joué des dizaines de fois, et ce soir encore, le miracle se reproduit, sans qu’on décèle la moindre trace de routine dans une interprétation limpide, qui rend évident ce qui peut paraître compliqué sous des archets moins familiers de ce langage.

Chaque membre du quatuor est très exposé par l’écriture de Janacek, qui leur réserve de périlleux passages solistes, et si les traditionnelles vedettes du quatuor, le premier violon et le violoncelle sont impeccables, il faut aussi saluer la prestation de deux princes de la musique de chambre, l’altiste Vladimir Bukac et le second violon Petr Macecek, qui doublent leur maîtrise technique d’une générosité expressive et d’un investissement dans la partition uniques.

Dana Ciocarlie rejoint ensuite le piano pour deux Grandes Etudes de Paganini de Liszt. Elle semble encore un peu en retrait de ses possibilités dans La Chasse, où on sent que les doigts ne traduisent pas sur le clavier toute l’intensité qu’elle voudrait mettre dans chacune de ses notes. En revanche, la dernière étude, qui prend pour thème le célèbre Caprice n°24 de Paganini, est enlevée avec une évidente maîtrise, en donnant du souffle et de la continuité au discours, tout en gardant une superbe qualité d’articulation.

La réunion des artistes se fait avec le Quintette pour piano et cordes de Dvorak, dans une version qui confirme la grande maîtrise des protagonistes. Dana Ciocarlie est parfaitement à l’aise dans la partition, qu’elle a d’ailleurs enregistrée au disque avec le Quatuor Psophos, et ce répertoire n’a évidemment pas de secret pour les Talich. Cependant, on peut avoir des réserves sur le jeu du quatuor, dans lequel le premier violon, dans une approche très solistique, accroche un peu trop la lumière, avec des phrasés amples et très intenses, ce qui a tendance à faire de ce quintette une sorte de mini-concerto pour violon. On peut également critiquer la justesse des cordes, parfois hasardeuse en particulier dans le dernier mouvement. Ceci ne doit pas faire oublier les éminentes qualités de cette interprétation au cours de laquelle personne ne joue trop fort, ce qui est rare dans un quintette avec piano, et qui montre une familiarité et une liberté typiques des grands ensembles tchèques dans leur répertoire national, où leur sens très spontané de l’agogique, leur façon tellement naturelle de respirer dans la musique sont irremplaçables. Dana Ciocarlie est à chaque mesure au niveau de ses partenaires. Elle affronte sa partie sans faiblir, sait aussi se faire discrète, et met avec beaucoup de délicatesse ses pas dans les traces des Talich au cours d’un deuxième mouvement qui restera dans les mémoires comme un merveilleux moment de musique de chambre.

Le festival Clef de Soleil est à suivre jusqu’au 25 août.

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- Lille
- Auditorium du Conservatoire
- 21 juillet 2011
- Leos Janacek (1854-1928,) Quatuors à cordes n°2 « Lettres intimes »
- Franz Liszt (1811-1886), Grandes Etudes de Paganini n°5 « La Chasse » et n°6
- Antonin Dvorak (1841-1904), Quintette pour piano et cordes en La majeur B155 Op.81
- Dana Ciocarlie, piano
- Quatuor Talich : Jan Talich, Petr Macecek, violon ; Vladimir Bukac, alto ; Petr Prause, violoncelle






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