ClassiqueInfo.com




Classissimo 2011 : le concert d’ouverture par Yossif Ivanov et Luc Devos

samedi 13 août 2011 par Richard Letawe
JPEG - 134.6 ko
DR

On a longtemps pu regretter la mise en sommeil à peu près totale de la vie musicale bruxelloise durant les mois d’été, mais depuis cinq ans, le festival Classissimo, dans le cadre du Brussels Summer Festival, inverse la tendance avec une série de concerts organisés à partir de la mi-août. La programmation, réglée par Georges Dumortier fait une belle place aux talents belges, Eliane Reyes, Dominique Corbiau, Jean-Claude Vanden Eynden, ainsi qu’à des artistes qui ont un lien étroit avec la Belgique- souvent via leur participation au Concours Reine Elisabeth-, comme Francesco Piemontesi, troisième prix en 2007, ou encore Franck Braley, qui accompagnera David Cohen dans un programme mêlant violoncelle et piano. Les Concerts ont tous lieu dans un endroit magnifique et prestigieux, la salle gothique de l’Hôtel de ville de Bruxelles, dont les boiseries et les tapisseries composent une acoustique un peu feutrée, mais assez précise et très flatteuse pour les interprètes.

Le concert d’inauguration du festival avait lieu ce 12 août, proposant un duo composé pour l’occasion, et réunissant Luc Devos, bien connu en Belgique, et notamment pianiste du Trio Arthur Grumiaux, et Yossif Ivanov, deuxième prix du Concours Reine Elisabeth de violon il y a déjà six ans déjà, et qui n’a pourtant encore que vingt-quatre ans !

Le récital débute par la Sonate pour violon et piano KV301 de Mozart, dans une interprétation distinguée et pleine de charme. Le due manifeste une belle qualité d’écoute mutuelle, et trouve tout naturellement son équilibre, l’un ne cherchant pas à prendre le pas sur l’autre. Ils soulignent judicieusement le contraste entre les deux thèmes principaux, le violon aux attaques douces mais fermes et aux sonorités de miel privilégiant la mélodie du premier, alors que le piano très énergique s’empare du second thème, très rythmique. Tous deux montrent une belle articulation, franche et nette, et font preuve dans le deuxième et déjà dernier mouvement, d’une allégresse réjouissante.

JPEG - 77.1 ko
DR

La Sonate « Le Printemps » de Beethoven pose des problèmes plus ardus, et nécessite de ses interprètes une complicité plus intime, ce qui troublera quelque peu cette version. Cela commence pourtant très bien avec un premier mouvement à la construction limpide, où le duo fonctionne sans accroc, dans lequel l’agilité du clavier répond remarquablement à un violon pur et intrépide, aux attaques subtiles, et qui ose par moments de délicieux rubatos. Le dialogue reste d’une remarquable densité dans l’Adagio, où Yossif Ivanov sait être expressif et caressant tout en restant léger, mais on sent quelque flottement chez Luc Devos, dont le toucher est un peu dur, et dont le niveau d’articulation est en baisse. La belle mécanique connaît encore des ratés dans les deux derniers mouvements, qui restent de bonne facture, mais où l’ensemble n’est plus aussi net et précis. On perçoit d’infimes décalages, le discours perd en fluidité, et le final surtout montre de l’hésitation dans la conduite des phrasés : l’évidence du début fait place à l’effort et au volontarisme.

La première partie viennoise de ce récital laisse la place à une partie française avec tout d’abord la Sonate de Ravel. Le duo Ivanov-Devos en donne une version pure et charmeuse, très élégante, mais dont la sagesse est parfois un peu stricte. On aimerait ainsi un peu plus d’espièglerie, une opposition plus farouche des deux instruments dans le premier mouvement, dont le dialogue suit un chemin un peu trop rectiligne et attendu. On sent encore de la réserve entre les deux musiciens, qui n’osent pas se surprendre mutuellement. Les deux derniers mouvements sont en revanche irréprochables, un Blues subtil, et un final perpetuum mobile qui est toujours un tour de force pour le violoniste qui doit soutenir la cadence et conserver une articulation parfaite. C’est le cas ici, Ivanov réalisant des prodiges de contrôle et de virtuosité.

Il fait également parler toute sa classe dans l’Introduction et Rondo Capriccioso de Saint-Saëns en clôture de ce programme, qui met ostensiblement le violon en valeur, et qu’il traite pourtant avec beaucoup de sérieux, sachant s’affranchir des effets virtuoses pour en offrir une version sensible et lyrique.

Au-delà des petites réserves interprétatives, ce concert de lancement de Classissimo fut de haut niveau, donné devant un public nombreux. Il a vu la constitution d’un duo prometteur, qui nous l’espérons, aura un avenir.

Le festival Classissimo est à suivre jusqu’au 21 août.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Bruxelles
- Hôtel de Ville, Salle gothique
- 11 août 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Sonate pour violon et piano en Sol majeur KV301
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Sonate pour violon et piano n°5 en Fa majeur « Le Printemps » Op.24
- Maurice Ravel (1875-1937), Sonate pour violon et piano
- Camille Saint-Saëns (1835-1921), Introduction et Rondo Capriccioso Op.28
- Yossif Ivanov, violon
- Luc Devos, piano






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 842582

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique de chambre   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License