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Classique, romantique et enthousiasmant

mardi 27 mai 2008 par Thomas Rigail, Vincent Haegele
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Mariss Jansons
DR

L’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam et son directeur musical Mariss Jansons offraient au public parisien un concert généreux ce 24 mai, avec au programme des classiques à l’épreuve des feux de la rampe : Weber, Schumann et les célébrissimes Tableaux d’une exposition. Succès d’ampleur et mérité. Les musiciens et leurs chefs ont su dépasser les difficultés d’une acoustique pas toujours clémente pour offrir un spectacle d’une qualité et d’une justesse rare.

Que n’a-t-on déjà dit sur les conditions acoustiques de la nouvelle Salle Pleyel ? Qu’elle ne convenait pas aux grands ensembles ? Peut-être fallait-il quelques tours d’échauffement aux orchestres avant de comprendre les réels atouts de cette salle. Les commentaires, entendus de part et d’autre, ont tous fait état, avec un certain étonnement, de la maestria avec laquelle la grande phalange néerlandaise s’est dégagée des habituelles contingences sonores. L’excellence de l’orchestre est ainsi mise en valeur dès les premières mesures de l’ouverture d’Euryanthe, de Carl Maria von Weber. Il fut un temps où cette musique triomphait dans les orphéons, sur les petites scènes provinciales et dans les grandes salles. En programmant Euryanthe, Maris Jansons a fait le pari de la relecture et entend prouver que Weber est autre chose qu’un nom dans les dictionnaires. Mais, si l’orchestre sonne admirablement, avec une clarté indiscutable, l’intérêt réel de la pièce reste encore à redéfinir.

La première symphonie de Schumann constitue donc le premier véritable morceau consistant de la soirée. Comme toujours, Jansons sert la partition avant de servir sa propre personnalité, c’est-à-dire avec beaucoup de tact, sans jamais prendre de risques, au risque de provoquer par moments un petit sentiment d’ennui. Il n’en reste pas moins que l’orchestre présente un front homogène et se joue des difficultés causées par les quelques travers de l’orchestration de Schumann. C’est-à-dire la surexposition des cordes et des cuivres, au détriment de la petite harmonie.

Á vrai dire, les cordes du Concertgebouw ont sans aucun doute été les vraies héroïnes de cette soirée : elles n’ont jamais failli et ont fait jeu égal avec leurs collègues des cuivres. Malgré des déséquilibres, Jansons en a tiré le meilleur parti et n’a jamais cédé aux tentations de lâcher la bride. Cela aurait pourtant été bienvenu afin d’apporter le petit plus que tout public est en droit d’attendre. Les tempi de Jansons sont cependant enlevés de bout en bout et respectent les indications parfois compliquées de Schumann. Il faudra cependant attendre la deuxième partie et les Tableaux de Moussorgski, pour entendre quelque chose qui sorte réellement de l’ordinaire.

Dès les premières mesures de Gnomus, la première pièce qui suit la promenade introductive, emmenée avec allant mais sans presser, l’on sent que Jansons a envie de dépoussiérer cet incontournable du répertoire d’orchestre. Les cors grincent, les contrebasses rugissent ; mêmes les simples pizzicati de violoncelle semblent sortis tout droit d’une tombe entrouverte. Voilà le Gnomus le plus effrayant qu’il nous ait été donné d’entendre depuis longtemps. Et qui tranche de façon magistrale avec la très consensuelle et paresseuse interprétation enregistrée par Simon Rattle en décembre 2007, également en concert. Après une telle leçon de musique, le charme se poursuit de bout en bout : Le vieux château est une peinture à la manière de Caspar David Friedrich, tandis que les bœufs de Bydlo (le lourd char paysan russe) soulèvent une colonne de poussière sèche, symbolisée par le long crescendo d’une caisse claire magnifique. Au Concertgebouw, on fait même sonner la caisse claire ou la grosse caisse comme un instrument ordinaire : c’est également cela un grand orchestre.

Maris Jansons s’amuse comme pas un dans le Ballet des poussins et pousse un peu plus loin le jeu dans le Marché de Limoges. La transition avec les Catacombes n’en est que plus brutale. Les pianissimi subito des cuivres relèvent du grand art : on est loin, très loin de la routine. Que les musiciens du Concertgebouw se prêtent au jeu de leur nouveau chef avec autant d’envie dans une pièce pourtant si connue relève à la fois du professionnalisme le plus admirable et d’un sens de la musicalité unique. La Grande Porte de Kiev, qui allie robustesse et subtilité (les cordes font jeu égal avec les cuivres), conclut avec force ces Tableaux. Jansons, ovationné, démontre qu’il est encore possible de faire du neuf avec la partition éditée par Ravel.

Deux bis répondent à l’enthousiasme du public : la chanson de Solveig, issue de la suite de Peer Gynt, d’Evard Grieg et le Pas de Deux de Casse-Noisette. Classe, brillant et volupté : voilà la trilogie de Jansons. Après un concert aux Champs-Élysées unanimement salué qui l’avait vu triompher à la tête de l’Orchestre de la Radio Bavaroise, le grand chef balte réédite sa performance et s’impose à nouveau comme une figure incontournable de la vie musicale européenne.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 24 mai 2008
- Carl Maria von Weber (1786 - 1826) : Ouverture d’Euryanthe ; Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°1, « Le Printemps » ; Modest Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une Exposition (orch. Ravel).
- Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam
- Mariss Jansons, direction.











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