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Ciro in Babilonia

mercredi 16 janvier 2008 par Richard Letawe
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Le Festin de Balthazar (Rembrandt)

L’atelier lyrique de Tourcoing et Jean-Claude Malgoire reprennent cette semaine Ciro in Babilonia de Rossini, dont ils avaient assuré la création en France il y a quinze ans.

Ciro est un opera seria datant de 1812, année féconde où Rossini compose en outre L’inganno felice, La scala di seta, La pietra del paragone et L’occasione fa il ladro. Ciro est donc l’une des premières œuvres d’importance de Rossini, qui y imprime indubitablement sa marque. Par le style de chant, d’un belcantisme très pur, par l’instrumentation, par les effets orchestraux, Rossini y est déjà tout entier lui-même, en version embryonnaire peut-être…
Le livret est très librement inspiré d’un épisode de la bible : le festin de Balthazar, où ce roi de Babylone est maudit par le prophète juif Daniel pour avoir fait boire ses convives dans les vases sacrés du temple de Jérusalem. Son ennemi Cirus le perse, qui s’est introduit dans la ville sous un déguisement afin de délivrer son épouse Amira, captive de Balthazar qui a des vues sur elle, sera l’instrument du destin. Démasqué, il est emprisonné, et conduit au supplice, mais ses partisans se rassemblent et prennent Babylone d’assaut.

Œuvre rare et intéressante, ce Ciro in Babilonia aurait dû bénéficier d’une exécution musicale de qualité, ce qui n’est que partiellement le cas en ce soir de première (une seconde soirée était prévue à Tourcoing, puis une autre à Paris le samedi suivant). Il faut d’abord souligner le visible et audible manque de préparation de l’équipe, qui fait qu’on a plusieurs fois l’impression d’assister aux répétitions plutôt qu’au concert. Cela se marque chez certains chanteurs par un manque d’assurance flagrant, le nez dans la partition, et pas toujours en phase avec l’orchestre. Celui-ci réalise une prestation assez piteuse, manquant de cohésion, et de discipline. Les décalages sont nombreux, les sonorités sans attrait, et si les tutti sont maigrichons mais acceptables, les pupitres pris individuellement sont pour la plupart médiocres. Les cordes sont vertes et râpeuses, les cors essoufflés, les hautbois baveux, les bassons inaudibles. Rossini multipliant les airs avec violon, alto, cor, basson obligato, on frise souvent la catastrophe. Dans cette cacophonie, que Jean-Claude Malgoire semble avoir renoncé à maîtriser, seuls les clarinettes et le timbalier sont à la hauteur de leur tâche.

Le Chœur de chambre de Namur est engagé sur deux fronts en même temps, en Belgique dans des Motets de Bach (compte-rendu à venir), et en France dans ce Ciro in Babilonia qui mobilise des voix d’hommes. A Tourcoing, c’est clairement l’équipe réserve qui est à l’œuvre. Leur prestation n’est pas déshonorante, mais les voix manquent de rondeur et le style de chant est un peu trop brut.

La distribution vocale est elle aussi inégale, et on en oubliera volontiers le prince Zambri de Till Fechner, creux et chevrotant, qui semble apprendre la chute de Babylone en lisant le journal. Insuffisant également, l’Arbace de Daniel Auchincloss, à la voix verte, au chant ampoulé, et qui escamote tous ses aigus. Le reste de la distribution est beaucoup plus satisfaisant, avec d’abord Pierre-Yves Pruvot en prophète Daniel, qui n’a pas tout à fait les graves de son rôle, mais qui vaut par sa musicalité, sa sobriété, et dont le beau baryton est toujours magnifiquement timbré. Sophie Daneman n’a que quelques récitatifs, puis un très bel air avec alto obligé pour faire parler ses qualités. Elle se tire sans problème de sa partie, et fait même preuve de caractère et de sensibilité.

Cyril Auvity est un Balthazar qui laisse dubitatif. L’émission, très nasale, est étrange et très inhabituelle dans ce répertoire, les aigus, pris par en dessous manquent de franchise et d’éclat, et malgré des phrasés ravissants, le chant semble toujours indirect, ne donnant jamais l’impression de se déployer ni de rayonner. Sincère et juste, ce chant séduit à la longue, si on oublie que Balthazar est un tyran brutal et retors, alors qu’Auvity a fondamentalement une voix de gentil, d’amoureux, de victime.
Elena de la Merced a la voix de son rôle, fait preuve d’engagement et trouve les accents émouvants qui conviennent à son personnage. Les aigus sont émis en force, détonnent parfois, mais sont percutants, et les vocalises sont vaillantes, même si pas toujours parfaitement maîtrisées. Sa connaissance du rôle est à améliorer, son entente avec le chef n’est pas idéale, mais elle fait passer quelques frissons à l’auditoire, et on sera heureux de la réentendre dans Orlando en avril au même endroit.

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Nora Gubisch DR

Le rôle-titre est tenu par Nora Gubisch, en pleine forme, maîtrisant bien sa partie, et qui se taille comme d’habitude un franc succès. Le timbre est viril mais velouté, les graves sont riches et la technique superlative. Seule à dominer tous les aspects de son rôle, techniques, vocaux et interprétatifs, c’est pour elle qu’on retient cette soirée.

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- Tourcoing
- Théâtre Municipal Raymond Devos
- 08 janvier 2008
- Gioachino Rossini (1792-1868), Ciro in Babilonia ossia la Caduta di Baldassare, drame musical en deux actes sur un livret de Francesco Aventi
- Ciro, Nora Gubisch ; Baldassare, Cyril Auvity ; Amira, Elena de la Merced ; Argene, Sophie Daneman ; Arbace, Daniel Auchincloss ; Zambri, Till Fechner ; Daniele, Pierre-Yves Pruvot
- Chœur de chambre de Namur
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction






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