ClassiqueInfo.com




Chung et le Philhar’ : pour la gloire de Messiaen (1)

mardi 30 septembre 2008 par Frédéric Pottier
JPEG - 20.9 ko
Olivier Messiaen
DR

Après la rentrée de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, la semaine dernière, ce soir c’était la rentrée de son directeur musical Myung-Whun Chung.
En première partie de programme deux œuvres de Messiaen pour poursuivre le cycle entamé la saison dernière pour la célébration du centenaire du compositeur.
Chung est très attendu dans ce répertoire, qui est une de ses spécialités surtout après les magnifiques interprétations, entre autres, de l’Ascension et des Trois Petites Liturgies de la Présence Divine.

Le concert débute par une œuvre peu jouée de Messiaen, Hymne.
Cette pièce d’une quinzaine de minutes est la reconstitution de mémoire par le compositeur en 1946, de l’Hymne du Saint-Sacrement de 1932, perdu pendant la deuxième guerre mondiale. Cette œuvre est caractéristique du travail d’orchestre de Messiaen dans les années 30. On peut trouver cette musique répétitive, mais interprétée de cette façon, on en redemande. Les cordes sont parfaites dans les passages piano du deuxième thème, et les harmoniques très bien rendues. Les tutti sont également de grande classe, surtout la reprise du premier thème, contrastant de façon saisissante avec la douceur du passage antérieur, Chung utilisant un effectif de 70 cordes. Le chef a la foi en cette musique, et le résultat est imparable, car cette foi est communicative.

Le concert se poursuit avec le Concert à Quatre, dernière œuvre de Messiaen, dont une partie de l’orchestration a été achevée par Yvonne Loriot avec Georges Benjamin et Heinz Holliger.
Chung en est le créateur et l’un des dédicataires, c’est dire s’il est ici dans son élément. Les solistes du Philar’ sont en piste : Thomas Prévost à la flûte, Hélène Devilleneuve au hautbois, Nadine Pierre au violoncelle et Catherine Cournot au piano, qui officiait déjà dans Petrouchka le 19 septembre.
Le premier mouvement, Entrée, débute par un superbe solo de hautbois, relayé par les autres solistes puis par l’orchestre. Dès le début on sent que l’interprétation va être très belle, et les interprètes furent en effet à la hauteur de cette oeuvre exigeante, les couleurs des solistes et de l’orchestre rendant justice à cette musique.
Le deuxième mouvement Vocalise, reprend une pièce homonyme de 1935. L’entrée de la flûte est magnifique, relayée par un hautbois charmeur, très bien soutenu par le piano. La violoncelliste, qui n’a pas démérité parait du coup un peu rentrait, tellement ses partenaires semblent en état de grâce. Pour notre plus grand bonheur, ces excellents solistes ne se relâchent pas dans le troisième mouvement Cadenza, etl le dialogue percussions piano est remarquable.
Le dernier mouvement, Rondeau, est très exigeant, pour l’orchestre comme pour les solistes, mais là encore, la mise en place est excellente, les instrumentistes ne faiblissent pas, et les applaudissements et rappels sont amplement mérités pour cette interprétation splendide, dominée par un somptueux hautbois, et par un chef digne de sa réputation dans cette musique, qui a su transcender son orchestre. Avec Chung et le Philhar’, Messiaen a des défenseurs de premier plan.

Programmer la Symphonie avec orgue de Saint-Saëns en seconde partie de ce concert est paradoxal car pendant un de ses cours, Messiaen aurait dit de cette œuvre : « comment peut-on écrire aussi bien, de l’aussi mauvaise musique ? ».

La salle Pleyel n’étant pas pourvue d’un orgue, un instrument électronique est mis en place. L’avantage est qu’en général on obtient un meilleur équilibre avec l’orchestre, mais est-ce tout à fait satisfaisant musicalement ? Le début est plutôt lent, sans emphase, bien équilibré. L’entrée du hautbois (un remplaçant semble-t-il comme le 19 septembre) fait entendre un son très différent de celui d’Hélène Devilleneuve, brillant mais beaucoup moins somptueux. L’Allegro moderato qui suit est très nerveux, avec des cordes un peu sèches, contrastant brutalement avec leur sonorité dans les œuvres de Messiaen entendues en première partie. Nous n’avons pas retrouvé dans cette version l’atmosphère attendue de l’œuvre, le chef donnant l’impression de vouloir en gommer tout romantisme, et rendant ce premier mouvement plutôt terne. Quelques bons moments sont cependant à sauver, comme l’entrée du cor anglais aux mesures 65 et 66 et les cuivres dans l’ensemble.
Avec le Poco adagio, les choses s’améliorent : l’orchestre redevenant plus séduisant. L’équilibre avec l’orgue est très bon, et la petite harmonie fait merveille : entrées des cor-clarinette (m. 374 à 377 et flûte-basson (m. 377 à 380). Cela se gâte en revanche avec l’arrivée du second thème, (m. 403), déséquilibré car trop accentué sur les notes longues. Avec la coda on revient à un climat plus authentique, malheureusement gâché par les derniers accords de l’orgue, surtout le dernier qui se termine morendo, et qui sonne ici très artificiel.

Le deuxième mouvement débute sauvagement, ponctué par des timbales implacables. L’orchestre se montre virtuose et suit son chef sans faiblir. Pendant ce mouvement quelques passages apparaissent remarquables, comme les traits de la pianiste, parfaitement exécutés. Une vision singulière, et discutable mais très bien défendue.
Chung nous gardait cependant le meilleur pour la fin, avec un maestoso grandiose, où le chef évite d’être pompier et orgue crédible quand il joue forte. Le passage avec le piano à quatre mains, à partir de la mesure 9 est particulièrement bien rendu, le fugato, mesure 25 est remarquablement en place, et le frisson est bien là pendant le grand tutti. Chung sur sa lancée termine en apothéose.

La seconde partie de ce concert est inégale, car le chef n’a pas toujours su rendre l’atmosphère si particulière de la musique de Saint-Saëns. Les cordes, dont on a apprécié la virtuosité, manquent tout de même de grave, ce qui est un comble avec dix contrebasses, et rien ne remplace un grand orgue comme celui qu’abritait la salle Olivier Messiaen, déménagé à Lille. Cuivres, flûtes et cor anglais se sont en revanche montrés remarquables.

Rendez-vous avec les mêmes le 03 octobre pour la Turangalîla-Symphonie.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris.
- Salle Pleyel.
- 26 Septembre 2008.
- Olivier Messiaen (1908-1992) : Hymne ; Concert à Quatre ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Symphonie n°3 en ut mineur, op.78.
- Thomas Prévost, flûte.
- Hélène Devilleneuve, hautbois.
- Nadine Pierre, violoncelle.
- Catherine Cournot, piano.
- Christophe Henry, orgue.
- Orchestre Philharmonique de Radio France.
- Myung Whun Chung, direction.






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 812897

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License