ClassiqueInfo.com




Chung et le Philhar’ : pour la gloire de Messiaen (2)

mardi 4 novembre 2008 par Frédéric Pottier
JPEG - 11.1 ko
Myung-Whun Chung
DR

La Turangalîla-symphonie est l’œuvre emblématique de Messiaen et certainement la plus célèbre et la plus jouée en concert (47 fois cette année !). Après l’excellente prestation de la semaine précédente, Wyung Whun Chung et le Philhar’ ne pouvaient que nous donner un grand concert de ce chef-d’œuvre, surtout avec des solistes comme Roger Muraro au piano et Valérie Hartmann-Claverie aux ondes Martenot.
N’allons donc pas par quatre chemins ce concert fut tout simplement prodigieux, et il sera sans doute impossible de rejouer cette symphonie aussi bien.

Avant d’entrer dans les détails, quelques observations générales. L’orchestre a été excellent, pour tous les pupitres et les solistes, tous remarquables sans aucune exception. Pendant le concert, tout l’orchestre semblait galvanisé par un Myung-Whun Chung vraiment déchaîné. La mise en place fut magistrale : les plans sonores ont toujours été très bien rendus, et à aucun moment il n’y a eu de confusion. L’Orchestre Philharmonique de Radio-France a-t-il jamais aussi bien joué ?

Dès l’introduction, Chung captive. La première intervention du thème statue, au chiffre 2 est implacable, les deux suivantes le sont tout autant, grâce aux trombones surtout, et les trompettes ne sont pas en reste au cours de la troisième, six mesures après 3. Ensuite tout le mouvement se déroule dans la même ambiance. A noter le thème fleur joué avec beaucoup de finesse par les bois, chiffre 9, la remarquable cadence de Roger Muraro au chiffre 11 et la cohérence du groupe piano, célesta, timbres (glockenspiel à clavier), vibraphone et onde, 7 mesures avant 19.
Sans pouvoir reprendre notre souffle, Chung démarre le chant d’amour 1 et les premiers accords sont saisissants. Le refrain est comme indiqué au chiffre 4, joué de manière passionnée, et le thème d’amour dominé par l’onde contraste idéalement avec ce qui précède, au chiffre 3. Chung suit les indications de Messiaen et dirige avec la même foi que le concert de la semaine précédente. Les couplets et les refrains se succèdent sans relâche.

Joie du sang des étoiles est le scherzo de la symphonie, selon le compositeur. Cette pièce est redoutable et Chung prend des risques. Tout est en place, mais on se demande si un grain de sable ne va pas casser cet engrenage. Heureusement, comme précédemment le mouvement gagne en intensité et Chung et son orchestre réalisent exactement ce que Messiaen demande c’est à dire : « de plus en plus passionné et joyeux » pour aboutir « dans un délire de passion et de joie » ; sauf qu’au lieu de le réaliser au chiffre 45, l’orchestre y est déjà depuis au moins le chiffre 30 ! La fin de mouvement est grandiose, et on assiste une véritable orgie sonore. La cadence du piano à 47 est stupéfiante, et le crescendo final qui débute par un véritable pianissimo, se termine dans une saturation sonore incroyable ; nous ne serions pas étonné que Messiaen ait pu l’entendre de là où il repose ! Ce qu’a obtenu le chef de son orchestre est vraiment fabuleux, et nous ne sommes qu’à la moitié de la symphonie.

Après les mouvements IV et V, le sixième mouvement est le bienvenu. Cette fois-ci ce sont les cordes que l’on admire dans le très serein Jardin du Sommeil d’Amour, et leur fusion avec les ondes Martenot de Valérie
Hartmann-Claverie est somptueuse, tandis que Roger Muraro distille avec une infinie finesse ses chants d’oiseaux. C’est d’ailleurs, lui qui entame le septième mouvement avec une redoutable cadence. Messiaen sous les doigts de ce pianiste, c’est l’évidence même.

Après ce long mouvement, un incident s’est produit : une des cloches tubulaires s’est détachée, celle du « la », indispensable pour le mouvement suivant ; il s’en est suivi une interruption d’une dizaine de minutes pendant laquelle quatre percussionnistes se sont affairés !
Heureusement cette interruption n’a en aucune manière affecté la fin de la symphonie.

Le curieux et très original Turangalîla III fut transcendé par la clarinette de Jérome Voisin en état de grâce. Les percussions ont été rythmiquement parfaites au chiffre 2 et ont permis cette progression par accumulation d’instruments implacable. La réalisation fut magistrale et l’impression vraiment hallucinante.

Pour terminer, le très joyeux final, est encore une fois parfaitement réalisé et les interventions obsédantes des ondes hantaient les auditeurs bien après le concert. On pourrait juste indiquer que le très bon crescendo final ne fut pas aussi merveilleux que celui du mouvement V.

En conclusion, un concert mémorable dont on espère un jour une édition en disque. La précédente exécution de cette symphonie à la salle Pleyel en février dernier nous semble bien pâle en comparaison.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris.
- Salle Pleyel.
- 3 octobre 2008.
- Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîla-Symphonie.
- Roger Muraro, piano.
- Valérie Hartmann-Claverie, ondes Martenot.
- Orchestre Philharmonique de Radio France.
- Myung Whun Chung, direction.






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 828834

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License