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Christoph von Dohnanyi souverain dans Brahms

dimanche 1er novembre 2009 par Carlos Tinoco
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Christoph von Dohnanyi
DR

Christoph von Dohnanyi et Brahms, c’est une longue histoire : son intégrale gravée avec le Cleveland Orchestra chez Teldec dans les années quatre vingt est parmi les plus belles de la discographie. On attendait ces deux concerts avec le Philharmonia avec d’autant plus d’appétit que le travail avec cet orchestre donne souvent lieu à des rencontres particulières (c’est vrai pour Dohnanyi, mais aussi pour Salonen, qui lui succèdera comme chef titulaire, pour ne citer qu’eux). Ce n’est pas le plus grand orchestre au monde, et l’héritage de Walter Legge s’est dissipé, mais, à défaut d’avoir le son le plus parfait, ses musiciens ont une capacité à s’adapter aux exigences du chef et une énergie qui font souvent merveille. Nous n’avons pas été déçu : ce cycle a souvent touché au sublime.

Christoph von Dohnanyi a composé son programme en inversant systématiquement l’ordre chronologique : Troisième puis Première symphonie le 23 octobre, Quatrième puis Deuxième le 24. Ce choix, notamment en ce qui concerne la première soirée, s’est révélé extrêmement pertinent : une lecture compacte de la Symphonie n°3 comme celle qui nous a été proposée constituant une parfaite introduction au déferlement de la Symphonie n°1. Cela ne signifie d’ailleurs pas que la fa majeur a été traitée de façon moindre, elle a peut-être constitué au contraire le sommet de ces deux concerts.

Dès les premières mesures, il est évident que l’univers dans lequel nous fait entrer Dohnanyi est sans concession. Ce Brahms vient de Hambourg, il a des accents Mitteleuropa, mais il n’est sûrement pas viennois. On est dans un paysage ombrageux, granitique. C’est à partir des basses que Dohnanyi construit son Brahms, ce sont elles qui donnent constamment l’impulsion et rassemblent un discours qui joue constamment avec l’immobilité, comme un rappel du vide toujours présent dans cette ascension inexorable. Paradoxalement, cela n’empêche pas la sensualité, ni une forme de rondeur au milieu des arêtes tranchantes. Ceux qui pratiquent la montagne connaissent cette sensation. Cette vision protestante, austère, est mue par un brasier intense, mais toujours contenu : chez Dohnanyi le bouillonnement est intérieur.

Le moment le plus révélateur de ces deux concerts est peut-être le troisième mouvement la Symphonie n°3, celui qui tend un piège au chef peu scrupuleux. Cet instant où la respectable sexagénaire qui est assise devant nous reconnaît la mélodie et se penche sur l’épaule de sa voisine pour lui annoncer : « ah ça c’est beau ! ». Dohnanyi y a été d’une intégrité magnifique, construisant la tension sans jamais céder à la facilité. Ses phrasés y sont aussi abrupts que dans le reste de la symphonie et le chant se déploie dans une pureté qu’on a rarement entendue. On pense à Robert Bresson, seigneur du cinéma comme Dohnanyi l’est de la direction, qui, dans ses Notes sur le cinématographe recommandait de n’utiliser la parole que lorsqu’on était sûr d’avoir épuisé tous les autres moyens d’expression. Pour les quatre symphonies, on a le sentiment que c’est la consigne donnée aux musiciens concernant toute ornementation, vibrato inclus. Il en résulte un sentiment de nécessité profonde et d’urgence dans le jeu qui n’est absolument pas didactique. On pourrait d’ailleurs gloser à l’infini sur la filiation de Dohnanyi avec la grande tradition allemande, ou sur le modernisme qui s’entend dans son Brahms (n’oublions pas qu’il est un grand interprète de la musique du XXème siècle), il n’y a plus rien de programmatique dans ce geste. Cette synthèse n’est pas consensuelle, elle est d’une extrême radicalité.

Le Philharmonia Orchestra a répondu au chef, tout au long de ces deux soirées, avec une discipline, un engagement et une cohérence remarquables, allant chercher des pianissimos splendides et une tenue des crescendos que beaucoup d’orchestres pourraient envier. Des pupitres de vents superlatifs et une succession de solos où jamais on ne sent un instrumentiste dévier une seconde de la ligne tracée par Dohnanyi. Alors, bien sûr, on pourrait relever que le premier mouvement de la Symphonie n°1 a mis un peu de temps à démarrer ou que la Deuxième était parfois un tout petit peu confuse (notamment dans les deux premiers mouvements), il n’en reste pas moins que nous avons eu la chance de recevoir le témoignage formidable d’un art dont on n’est pas sûr qu’il compte beaucoup d’héritiers.

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