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Christian Zacharias, un chef incisif

samedi 24 octobre 2009 par Carlos Tinoco
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Christian Zacharias
©Nicole Chuard/Idd

Concert au programme insolite, l’autre jour au TCE. Deux concertos de Mozart par Christian Zacharias et l’Orchestre de chambre de Lausanne, rien de très surprenant ; mais leur mise en regard avec Ma mère l’Oye et avec la trop rare Sinfonietta de Poulenc, voilà qui est moins attendu. Surtout, c’était l’occasion de découvrir une facette plus rare de Christian Zacharias, dont les réussites comme chef dirigeant Mozart du piano sont déjà connues.

Le concert débutait donc par Ravel. L’entente du chef et de l’orchestre s’entend immédiatement : les pupitres répondent parfaitement aux sollicitations d’une direction extrêmement précise. Il en résulte une version de Ma mère l’Oye analytique, aux limites de l’abstraction, tout en conservant une grande motricité. Le travail sur l’allègement des textures et la transparence des voix est remarquable. C’est un Ravel coloré mais aux couleurs froides et sans humour que nous offre Zacharias. On y gagne en concentration ce qu’on perd en pouvoir figuratif et, si les timbres de Lausanne ne sont pas les plus charmeurs qu’on puisse imaginer, ils sont suffisamment lumineux pour servir le dessein du chef. Sur les cinq pièces qui composent le cycle, ce sont peut-être les entretiens de la Belle et la Bête qui sont les moins convaincants dans ce traitement, mais l’ensemble constitue cependant un hors d’œuvre de choix au concerto du Couronnement.

Ce dernier constitue une petite déception. On y retrouve bien toutes les qualités qui font le prix de la nouvelle intégrale chez MDG : une conception chambriste, magnifiée par la complicité du chef/pianiste et de l’orchestre, et un sens du phrasé mozartien qui permet à Zacharias d’avancer dans la partition avec un grand naturel, sans besoin d’effets interprétatifs ou de contrastes artificiellement grossis pour soutenir la tension. Pourtant, la constance dans la verticalité du geste et le caractère constamment sautillant du jeu finissent par donner raison à ceux qui ont vu dans ce concerto le moins intéressant de la dernière période de Mozart. On a connu le deuxième mouvement plus émouvant, même si celui-ci reste de fort bonne tenue.

Du coup, c’est le concerto n° 12 en la majeur, dessiné avec plus d’amplitude par Zacharias, qui fait figure d’œuvre de maturité, comme si l’inversion de l’ordre chronologique dans le programme du concert correspondait également à un parti-pris musical. Cette fois, plus d’ombre au tableau, d’autant que pianiste et orchestre semblent y trouver ce parfait relâchement qu’on n’avait pas senti jusque-là et qui nous entraîne dans un dialogue d’une rare complicité. Les deuxième et troisième mouvements sont splendides.

Sur cet élan, la Sinfonietta qui aurait pu ne constituer qu’une gâterie supplémentaire est devenue quasiment le clou de la soirée. Car, en conservant les qualités déjà entrevues dans le Ravel, Christian Zacharias et l’OCL y ajoutent une fantaisie et une ivresse qui rendent cette musique irrésistible. Quel dommage qu’on ne l’entende pas plus souvent en concert ! Variée, délicate, virtuose, cette pièce semble en effet prolonger dans le vingtième siècle français la liberté de ton mozartienne. S’il est permis d’émettre un tel souhait : il serait tout à fait bienvenu que les responsables de MDG choisissent de nous laisser un témoignage discographique du plaisir qu’y trouvent ces interprètes.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 14 octobre 2009
- Maurice Ravel (1875-1937), Ma mère l’Oye
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour piano et orchestre n°26 en ré majeur KV 337 « Du Couronnement » ; Concerto pour piano et orchestre n°12 en la majeur KV 414
- Francis Poulenc (1889-1963), Sinfonietta
- Orchestre de chambre de Lausanne
- Christian Zacharias, piano et direction











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