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Chorégies d’Orange 2012 : Turandot

samedi 25 août 2012 par Emmanuel Andrieu
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Roberto Alagna, Calaf
© Philippe Gromelle, Orange

Puccini était à l’honneur lors de cette 41ème édition des Chorégies d’Orange. Après une magnifique Bohème en début de mois, c’est l’ultime opus du maître de Torre del Lago qui était à l’affiche : Turandot. Après une Première problématique, notre ténor national Roberto Alagna a retrouvé de sa superbe en cette soirée du 30 juillet, et a offert aux 8.000 spectateurs réunis, une magnifique prestation dans le difficile rôle de Calaf. Parfaitement inconnue de son côté, la soprano américaine Lise Lindstrom n’a pas moins brillé dans la partie (encore plus difficile) de Turandot.

Quinze après avoir signé une production légendaire de Turandot in loco, Charles Roubaud a été rappelé par Raymond Duffaut pour livrer une nouvelle vision du chef d’œuvre de Puccini. Sans atteindre la splendeur du « Cru 1997 », le metteur en scène marseillais a encore fait des merveilles dans un lieu réputé très compliqué à investir. Au premier chef - comme il en a la coutume -, il met largement à contribution le mur en y projetant des vidéos colorées et d’une belle force poétique. On savoure également sa maestria à faire se déplacer les chœurs avec une fluidité et une intelligence qui forcent l’admiration. Notons, au passage, que ces derniers (ceux des opéras de Toulon, Avignon, Nice et Tours !) se distinguent par leur superbe cohésion et une extraordinaire implication scénique.

Autre motif d‘émerveillement, les magnifiques costumes de la fidèle Katia Duflot, qui a taillé sans retenue une débauche d’étoffes pour les principaux protagonistes et des habits sombres et terreux pour le peuple assujetti à la princesse de glace. La plus belle image de la production restera sans nul doute celle qui voit l’arrivée de Turandot, vêtue de deuil et placée dans une cage sphérique argentée, à la fois symbole de son inaccessibilité et de son refus du monde (et principalement des hommes).

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© Philippe Gromelle, Orange

Le régal des yeux est aussi celui des oreilles, fosse et plateau se montrant à la hauteur de cette production hors norme. A la tête d’un Philharmonique de Radio France en grande forme, Michel Plasson, autre grand habitué des lieux, privilégie un phrasé orchestral d’une clarté et d’une transparence exemplaires, avec un remarquable sens du détail, et ces abandons si typiques de l’écriture puccinienne.

Dans le rôle-titre, la soprano américaine Lise Lindstrom fait valoir une voix rayonnante, au timbre clair et acéré, qui franchit l’orchestre avec une facilité déconcertante, en assurant à Turandot l’autorité glaciale exigée par le rôle. Attendu fébrilement par les uns, de pied ferme par les autres, Roberto Alagna n’a pas déçu, et s’est avéré un Calaf de premier ordre. Comme à son habitude, il a gratifié l’auditoire d’une palette vocale aux teintes chaudes et de son timbre à nul autre pareil. Tout au plus pourra-t-on lui reprocher une insuffisance de puissance vocale durant les deux premiers actes, comme s’il avait voulu se ménager pour « assurer » son grand air, le fameux « Nessun dorma », qu’il a magnifiquement délivré et conclu par le si aigu attendu.

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© Philippe Gromelle, Orange

Dotée d’une voix plus large que la plupart des Liù entendues, ici ou là, la soprano italienne Maria Luigia Borsi n’en offre pas moins un étonnant éventail de pianissimi et de sons filés, offrant un bouleversant portrait de l‘esclave tarare. Dans le rôle de Timur, Marco Spotti incarne toute la noblesse et la souffrance du roi déchu, aux côté de l’Altoum du ténor Chris Merrit, soucieux de sa ligne, ce qui nous évite la traditionnelle caricature du vieil empereur à la voix fatiguée. Quant au trio Ping-Pang-Pong (Marc Barrard, Jean-François Borras et Florian Laconi), il assure tout ce qu’il faut de cocasserie et de connivence joyeuse à leur impayable numéro.

Devant l’incroyable succès rencontré pendant les saluts, Michel Plasson reprend par deux fois le final, pour le plus grand bonheur d’un public debout et survolté. Vivement le cru 2013 où Verdi et Wagner seront à l’honneur, avec Un Bal masqué et Le Vaisseau fantôme.

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- Orange
- Théâtre antique
- 30 juillet 2012
- Giacomo Puccini (1858-1924), Turandot, opéra en trois actes.
- Mise en scène, Charles Roubaud ; Décors, Dominique Lebourge ; Costumes, Katia Duflot ; Lumières, Avi Yona Bueno.
- Turandot, Lise Lundstrom ; Calaf, Roberto Alagna ; Liù, Maria Luigia Borsi ; Timur, Marco Spotti ; Altoum, Chris Merrit ; Ping, Marc Barrard ; Pang, Jean-François Borras ; Pong, Florian Laconi ; Un Hérault, Luc Bertin-Hugault.
- Chœurs des opéras de Toulon, Avignon, Nice et Tours.
- Orchestre Philharmonique de Radio-France
- Michel Plasson, direction






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