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Chorégies d’Orange 2011 : Nucci au sommet !

mardi 30 août 2011 par Emmanuel Andrieu
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Leo Nucci, Rigoletto
© Bruno Abadie-Cyril Reveret

Pour leur quarantième anniversaire, c’est un Rigoletto magistral, tant du point de vue vocal qu’orchestral, que nous ont offert les Chorégies d’Orange. A près de 70 ans, et pour sa première apparition in loco, le baryton italien Leo Nucci a campé un bouffon qui restera pour longtemps dans la mémoire de ceux qui ont pu assister à l’une des deux représentations.

On peut dire que les Chorégies se sont bien rattrapées : après avoir proposé une Aïda qui ne restera pas dans les annales du vénérable théâtre, le Rigoletto proposé trois semaines plus tard mérite pleinement d’y entrer. Car c’est bien un trio d’acteurs-chanteurs exceptionnels que Raymond Duffaut a su réunir pour une réalisation scénique qui, nous l’avouerons sans ambages, nous a bien moins convaincu. A la décharge de Paul Emile Fourny - qui signait là sa deuxième production à Orange du chef-d’œuvre de Verdi - nous ne redirons jamais assez la difficulté de maîtriser un espace aussi vaste que celui du théâtre antique, surtout pour une œuvre relativement intimiste, si éloignée des fastes et de la pompe d’une Aïda justement !

Le dispositif scénique imaginé par Louis Désiré (qui signe par ailleurs de superbes costumes) se compose d’un carrosse renversé - qui sert également, au moyen d’un plateau tournant, de maison au bouffon ou de taverne à Sparafucile. A sa droite se trouvent deux immenses têtes de chevaux et, à sa gauche, deux grandes roues dans lesquelles viennent fréquemment s’empêtrer les deux principales victimes de cette sombre histoire, Rigoletto et Gilda, avant qu‘elles ne les écrasent - symboliquement - telle la roue du destin. Saluons aussi les éclairages puissamment dramatiques, voire angoissants, de Patrick Meeüs.

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© Bruno Abadie-Cyril Reveret

Quant au travail de Fourny proprement dit, sa principale idée sera d’avoir imaginé un groupe de femmes, rappelant les sorcières du Macbeth du même Verdi, qui n’a de cesse de tourmenter la pauvre Gilda. Si on ne saisit pas de manière évidente l’intérêt dramaturgique de l’allégorie, elle aboutit néanmoins à quelques images fortes tel le moment où elles ouvrent toutes au même moment des parapluies rouges cirés formant alors une « tortue », à l’image des légions romaines dans l‘Antiquité. Enfin, reconnaissons lui le mérite d’avoir judicieusement utilisé l’anneau qui encercle l’orchestre pour y faire chanter les protagonistes, au plus près du public, dans les moments les plus dramatiques de l’intrigue et/ou de la partition.

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Leo Nucci, Rigoletto
© Philippe Gromelle

Dans une forme éblouissante, le vétéran Leo Nucci s’est révélé un magistral Rigoletto après avoir incarné le rôle du bouffon plus de 450 fois aux quatre coins du globe. On ne sait qu’admirer le plus de l’étonnante santé vocale (palme qu’il ne partage guère qu’avec l’également inusable Placido Domingo) ou des prodigieux talents d’acteur qui, tour à tour, glacent les sangs ou suscitent une intense émotion chez le public. Le mordant et la puissance de la voix n’ont que peu subi l’outrage du temps et Nucci ne semble jamais gagné par la fatigue ce qui lui permet non pas de bisser (comme lors de la Première) mais de trisser le célèbre « Si, vendetta »... Du jamais entendu, ici comme ailleurs !

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Leo Nucci, Rigoletto ; Patriczia Cioffi, Gilda
© Philippe Gromelle

Pour sa troisième apparition aux Chorégies (après sa Lucia en 2006 et sa Violetta en 2010), Patrizia Ciofi a reçu, au moment des saluts, un accueil aussi spectaculaire et triomphal que son compatriote. Avec son timbre immédiatement reconnaissable, à la fois élégiaque et douloureux, elle campe une Gilda irrésistible même si elle n’a plus exactement l’âge que requiert le rôle. Vocalement, quelle fête ! C’est à une pure leçon de bel canto que l’on assiste deux heures durant, couronnée par des aigus impalpables et lumineux, notamment dans un « Caro nome » d’anthologie, conclu par une trille délivrée pianissimo, comme le souhaitait Verdi. Sa présence dramatique, comme toujours avec la soprano italienne, est d’une bouleversante vérité qui atteint un paroxysme difficilement soutenable - pour nos glandes lacrymales ! - au moment de ses adieux à la vie dans les bras de son père.

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Patrizia Ciofi, Gilda
© Philippe Gromelle

Troisième triomphateur de la soirée, Vittorio Grigolo impose lui aussi une aisance vocale déconcertante doublée d’une élégance exemplaire dans le phrasé. La façon dont le ténor italien cisèle le « Questa o quella » et la séduction du le timbre distillée dans le « Parmi veder le lagrime » sont saisissants. Le soleil de la voix et l’ampleur des moyens, alliés à une prestance naturelle et à un physique particulièrement avantageux font de Grigolo un des chanteurs lyriques les plus enthousiasmants du moment. Tout au plus peut on reprocher au ténor italien sa tendance à chercher systématiquement l’effet, pour conquérir plus sûrement le public. Il tend alors à forcer sa voix, au risque, à la longue, de la compromettre.
Les seconds rôles n’appellent aucun reproche. Le Sparafucile sombre et inquiétant de Mikhail Petrenko, la Maddalena aguicheuse en diable de Marie-Ange Todorovitch ou encore le Monterone impeccable de Roberto Tagliavini méritent des lauriers. On doit tout autant louer la cohésion des quatre chœurs réunis, à savoir ceux des opéras d’Avignon, de Toulon, de Nice et de Tours.

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Leo Nucci, Rigoletto ; Patriczia Cioffi, Gilda
© Bruno Abadie-Cyril Reveret

Dernier bonheur de la soirée, un Orchestre National de France en grande forme placé sous la direction fougueuse du chef italien Roberto Rizzi-Brignoli. Cet ancien assistant de Riccardo Muti à la Scala de Milan préserve habilement l’équilibre entre fosse et plateau. Il se montre surtout capable d’installer un vrai rythme ainsi qu’une cohérence dramatique à sa lecture, qui forcent l’admiration.

Après avoir mis Verdi à l’honneur cette année, c’est Puccini qui sera sous les feux de la rampe l’été prochain avec La Bohème (dirigée par Myung-Whun Chung) et Turandot (dirigée par Michel Plasson).

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- Orange
- Théâtre antique
- 02 août 2011
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Rigoletto. Opéra en un prologue et trois actes
Livret de Francesco Maria Piave d’après Le roi s’amuse, de Victor Hugo
- Mise en scène, Paul-Emile Fourny ; Scénographie et Costumes, Louis Desiré ; Eclairages, Patrick Meeüs ; Chorégraphie, Elodie Vella
- Gilda, Patrizia Ciofi ; Maddalena, Marie-Ange Todorovitch ; Giovanna, Cornelia Oncioiu ; La Contessa di Ceprano, Marie Karall ; Il Paggio, Julie Robard-Gendre ; Rigoletto, Leo Nucci ; Il Duca di Mantova, Vittorio Grigolo ; Sparafucile, Mikhail Petrenko ; Monterone, Roberto Tagliavini ;
Matteo Borsa, Stanislas de Barbeyrac ; Il Conte Ceprano, Jean-Marie Delpas ; Marullo, Armando Noguera
- Orchestre National de France
- Chœurs de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse,
de l’Opéra de Nice, de l’Opéra de Toulon Provence-Méditerranée
et de l’Opéra de Tours.
- Roberto Rizzi-Brignoli, direction






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