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Chorégies d’Orange 2008 : Carmen

jeudi 17 juillet 2008 par Olivier Lalorette
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Philippe Gromelle Orange

Carmen, aux Chorégies d’Orange : une vieille histoire. La dernière représentation de cet opéra datait seulement de 2004. Cependant la mise en scène et la distribution ont changé (mis à part Béatrice Uria-Monzon dans le rôle-titre).

Cette représentation commençait plutôt mal : initialement prévue pour le samedi 12 juillet, la pluie empêcha la représentation d’avoir lieu. Finalement le lendemain, les cieux plus cléments autorisèrent le bon déroulement du spectacle.

L’Orchestre de la Suisse Romande, est dirigé par Michel Plasson. Si l’on a considéré depuis longtemps Michel Plasson comme un des plus grands chefs dans le répertoire français, il montre encore ce soir que cela est toujours d’actualité. L’orchestre est tout de clarté et de finesse, et le chef n’est jamais tenté par les grands effets de mauvais goût. Toute la richesse de la partition de Bizet est là, et cela dans le respect et l’écoute vis-à-vis des chanteurs. Plasson sait les mettre en confiance et les aider, ce qui se sent immédiatement. Le public lui réservera d’ailleurs un accueil enthousiaste et chaleureux au saluts.

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Philippe Gromelle Orange

Comme en 1998 et en 2004 c’est Béatrice Uria-Monzon (la titulaire n°1 du rôle), qui incarne Carmen. Les années passent, et la mezzo française est toujours aussi crédible en bohémienne libérée. Une voix ronde, chaude et colorée comme a son habitude. Toutes les notes sont bien là, autant dans l’aigu que dans le grave, mais le vibrato est par trop présent.

Don José est campé par un Marcelo Alvarez en grande forme vocale. Le rôle ne semble pas lui poser la moindre difficulté, que ce soit dans les moments plutôt légers comme le duo avec Micaëla a l’acte I, lyrique comme le tube « La fleur que tu m’avais jetée », ou encore les grands élans dramatiques des deux derniers actes. Les aigus sont faciles, et les graves bien présents. En fait s’il fallait émettre une réserve, ce serait plutôt du côté du jeu de scène, qui est moins convaincant. Mais ne boudons pas notre plaisir, car Marcelo Alvarez est un Don José crédible et un superbe chanteur.

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Philippe Gromelle Orange

La soprano albanaise Ermonela Jaho dans le rôle de Micaëla est une très bonne surprise. Si au départ la voix vibre quelque peu, cela disparaît rapidement, pour donner une interprétation tout simplement émouvante. Son air du troisième acte n’est ni plus ni moins que bouleversant. A se demander pourquoi Don José la regarde si peu. Enfin, pour clôturer la liste des rôles principaux, le baryton Angel Odena dessine un Escamillo plutôt charismatique et bien chantant, mais sans grande originalité.

Les seconds rôles sont dans l’ensemble bien tenus et tout particulièrement le duo Frasquita / Mercédès (Magali de Prelle / Karine Deshayes) et le Moralès d’Olivier Heyte. De nombreux chœurs sont venus à l’occasion de cette représentation : les chœurs d’Anger-Nantes Opéra, de l’Opéra-Théâtre d’Avignon, de l’Opéra de Toulon, de l’Opéra de Tours ainsi que l’Ensemble Vocal des Chorégies d’Orange et la Maîtrise des Bouches-du-Rhône. Chacune de ces formations tient son rang sans problème.

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Philippe Gromelle Orange

Reste la mise en scène, et les polémiques que le théâtre provoque souvent à l’opéra. Comme toujours à Orange, vu la taille du plateau, la mise en scène n’est pas des plus évidentes à réussir. Le décor est plutôt vide pendant les quatre actes, à l’exception notable du lit de la mère de Don José, et plus anecdotique, du rocher symbolisant la montagne des contrebandiers. La production apporte en fait deux éléments réellement originaux. Tout d’abord ce n’est pas Don José qui poignarde Carmen : la main de Micaëla retient sa main alors qu’il est immobile, tandis que Carmen s’avance librement vers le poignard du ténor. Cela est bien sur une vision très personnelle de l’œuvre de la part de Nadine Duffaut. A cela s’ajoute le costume de mariée de Carmen à l’acte quatre, qui lui aussi est somme toute contestable, car Carmen est une femme dont « les amours ne durent pas 6 mois ». Autre originalité : une comédienne joue la mère de Don José en lisant la lettre qu’elle a envoyée à son fils. L’idée est là plus heureuse. Il est notable également que pour une fois tout les dialogues ont été inclus au spectacle : cela est hélas rarissime. Enfin saluons la belle prestation des danseurs de la Compania José Huertas et les jockeys de l’Association « Spirit Horse ».

Une soirée électrisante, émouvante, laissant place au rêve grâce à un orchestre dirigé de main de velours, et à un Don José des grands jours.

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- Orange
- Théâtre Antique
- 13 juillet 2008
- Georges Bizet (1838-1875), Carmen, Opéra-comique en quatre actes
- Mise en scène, Nadine Duffaut
- Carmen, Béatrice Uria-Monzon ; Don José, Marcelo Alvarez ; Micaëla, Ermonela Jaho ; Escamillo, Angel Odena ; Frasquita, Magali de Prelle ; Zuniga, François Harismendy ; Mercédès, Karine Deshayes ; Le Daincaïre, Olivier Grand ; Le Remendado, Florian Laconi ; Moralès, Olivier Heyte
- Chœurs des Opéras de Région
- Compania José Huertas
- Maîtrise des Bouches-du-Rhône
- Orchestre de la Suisse Romande
- Michel Plasson, direction











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