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Chicago Symphony Orchestra et Riccardo Muti à Pleyel : peut sans doute mieux faire

dimanche 25 septembre 2011 par Philippe Houbert
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Riccardo Muti
© Todd Rosenberg

La période de rentrée est toujours l’occasion pour les salles parisiennes de recevoir quelques orchestres internationaux, généralement en fin de tournée des festivals. Le Théâtre des Champs-Elysées ne rouvrant qu’en novembre, c’est la Salle Pleyel qui a l’honneur de recevoir les orchestres américains : Chicago, Pittsburgh, Philadelphie pour ce début septembre, Cleveland un peu plus tard dans la saison. Des traits communs à ces concerts sont, en général, le manque d’originalité dans l’établissement des programmes et une succession d’œuvres principalement destinées à faire sonner l’orchestre et donc à éblouir le public. Ce fut encore le cas ici, même si nous eûmes de belles surprises. Nous parlerons ici du concert du Chicago Symphony Orchestra (CSO), avant un compte-rendu consacré au Philadelphia Orchestra.

Les dernières venues du CSO, que ce soit avec Riccardo Muti ou avec Bernard Haitink, ne nous avaient pas laissé de bons souvenirs. L’orchestre, notamment au niveau des cordes, semblait en pleine mutation, accueillant de nombreux instrumentistes d’origine asiatique et la fusion avec les anciens membres laissait à désirer. On attendait donc de voir si cette période de transition avait pris fin. Pour débuter, Riccardo Muti avait mis au programme une œuvre de Bernard Rands, compositeur en résidence au CSO, grand apôtre du post-sérialisme repenti à l’américaine. Prenant prétexte d’un vers d’Octavio Paz, Danza petrificada est le genre d’œuvres que les grands orchestres utilisent à la place des traditionnelles ouvertures romantiques pour faire semblant de jouer de la musique contemporaine. Ca brille, ça met en avant tous les pupitres, un brin de marimba pour faire latino, et c’est plat comme les plaines de l’Illinois. Rands a fait beaucoup mieux … il y a bien longtemps.

Suivait Mort et transfiguration, vaste machin straussien qui requiert deux qualités que ni Muti ni le CSO n’ont su démontrer : savoir raconter une histoire en musique (comme le très mauvais technicien de la baguette Thielemann sait si bien le faire) et disposer de la noirceur naturelle (pas fabriquée, pas artificielle) suffisante pour qu’on y croie. Riccardo Muti en reste à la surface des choses, raffinant au maximum le début, faisant magnifiquement sonner l’orchestre dans la partie finale, mais où est la Mort ? Où est la Transfiguration ? Sans faire appel aux grands anciens, nous mentionnerons juste l’interprétation bien plus concernée que Susanna Mälkki avait su donner de cette œuvre avec le Philharmonique de Radio-France il y deux ou trois ans en la même salle.

Après une première partie très décevante, c’est la Symphonie n°5 de Chostakovitch qui était proposée ensuite, partition déjà enregistrée par Muti lorsqu’il oeuvrait du côté de Philadelphie mais répertoire dans lequel on l’attend peu. Sans doute à tort d’ailleurs, si l’on veut bien considérer qu’il y a un monde chostakovitchien en dehors des russes. De ce point de vue, la Cinquième Symphonie est sans doute l’œuvre du corpus qui peut le mieux convenir au chef italien. Nous serons néanmoins resté presque tout le temps en balance au cours de cette exécution : émerveillé par la mise en place du premier mouvement, par la qualité des cordes (bien plus homogènes que lors des concerts mentionnés, mais encore trop timides), par un très beau Scherzo auquel ne manque que le premier degré ; mais aussi peiné d’entendre un Largo aussi peu tendu, beaucoup trop italien dans son délié, dans sa volonté de bien faire sonner les cordes, et un Finale débutant toutes voiles dehors (les cuivres mangent les bois et les cordes un peu trop systématiquement) mais qui s’essouffle vite et qui devient même assez pathétique dans sa partie conclusive déroulée comme au ralenti. Vision trop hétérogène pour susciter l’intérêt tout du long et fin d’un concert où nous eûmes néanmoins le plaisir de retrouver un CSO digne de sa réputation d’antan.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 02 septembre 2011
- Bernard Rands (né en 1934), Danza petrificada
- Richard Strauss (1864-1949), Mort et transfiguration, poème symphonique opus 24
- Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Symphonie n° 5 en ré mineur opus 47
- Chicago Symphony Orchestra,
- Riccardo Muti, direction











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