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Charmes nordiques

mardi 24 mars 2009 par Dominique Joan
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Nina Stemme
DR

L’Europe du Nord était à l’honneur ce soir. Pour son récital à Strasbourg (notons qu’il s’agit là du premier qu’elle donne en France), la très wagnérienne soprano suédoise Nina Stemme avait choisi un programme alliant romantisme et inspirations populaires diverses, de la Norvège à la Russie, en passant - pour ne pas déroger à ses répertoires de prédilection - par quelques pages du maître de Bayreuth sous forme d’exercices de styles qui préfigurèrent en leur temps certains grands développements lyriques.

C’est avec beaucoup de tendresse que Nina Stemme a introduit son récital avec six mélodies d’Edvard Grieg célébrant à leur façon, et parfois avec nostalgie, la nature de son éveil à sa rumeur crépusculaire. Ce sont ainsi les mélodies Varen, Fra Monte Pincio, En svane, Horer jeg sangen klinge, Solveigs vuggesang et Med en vaandrigje au gré desquelles nous avons pu apprécier la limpidité et la richesse du timbre de Nina Stemme, qui possède les qualités de soprano dramatique avec une grande aisance dans le registre grave, tout en projetant une sonorité enrobée sans jamais manquer de clarté. On remarquera également une certaine noblesse dans son attitude sans toutefois souffrir d’excès. La pianiste Bénédicte Haid, si elle n’a pas transcendé des pages qui favorisent qui plus est une certaine simplicité bien qu’elles demeurent d’un raffinement harmonique exquis et recèlent une palette chromatique particulièrement inspirée, n’a en revanche laissé aucun doute quant à sa complicité scénique avec Nina Stemme, malgré quelques petites imperfections qu’on lui pardonnera ici.

Après cette entrée en matière rafraîchissante, les Wesendonck-Lieder de Wagner, véritable concentré d’intentions musicales en cinq tableaux où les propositions thématiques servent parfois d’études et d’ébauches à l’opéra, constituent l’un des moments les plus attendus du récital. Le discours devient plus complexe et l’écriture s’étoffe ; l’accompagnement n’est d’ailleurs pas en reste, et occupe ici une place primordiale que ceux qui connaissent la version orchestrale de ces lieder ne sauront contredire. A ce titre, le jeu de Bénédicte Haid a peut-être manqué de précision et de propreté, plus encore que dans la partition de Grieg, et malgré une complicité évidente et heureuse avec la chanteuse, notre pianiste n’a pas vraiment saisi l’occasion d’appuyer les différentes subtilités et de renforcer la masse sonore le cas échéant. Il en ressort une trame sonore un peu insipide avec une Nina Stemme faisant pourtant preuve de très justes intentions, mais on ne rappellera jamais assez la globalité du geste wagnérien qui intègre de façon complète la voix au dessin musical, et la nécessité qui en découle plus encore qu’ailleurs pour tous les intervenants de se fondre ensemble dans cette même interprétation. Si l’on s’attarde plus en détail sur chaque partie, on pourra noter quelques choix de tempi discutables, avec le n°1. Der Engel qui aurait mérité un mouvement plus retenu, tandis que le n°2. Stehe still ! qui constitue la page la plus tourmentée de ce recueil aurait gagné en matière de conduite de la phrase à être appréhendée sur des cellules élargies. Le n°3. Im Treibhaus, qui sert soit-dit en passant d’étude à l’introduction du troisième acte de Tristan et Isolde doit cependant mériter nos éloges, et on n’en sera point surpris puisque c’est précisément le rôle d’Isolde qui révéla Nina Stemme en 2003 à Glyndebourne. Dans le n°4. Schmerzen, le piano trouve enfin l’ampleur que lui confère la partition, et le duo Stemme/Haid s’en trouve dès lors sublimé. Une petite crispation hélas dans Träume, où cette dernière marque de façon un peu trop abrupte chaque doublet de mesures.

Toujours est-il que dans ces registres à dominante plutôt grave qui caractérisaient cette première partie, Nina Stemme s’est montrée constamment à l’aise vocalement, et ce sont d’ailleurs les quelques incursions aigues sous des nuances très retenues qui lui ont valu les très rares petites entorses à une prestation jusque là savoureuse, et qui était appelée à l’être tout autant dans la deuxième partie. Notons également une diction irréprochable, aussi bien dans la langue norvégienne que dans celle de Goethe.

Cette seconde partie débute avec les cinq mélodies op.37 de Sibelius, et on y retrouve le duo avec plus de verve encore, et un piano qui semble enfin se délier. Chaque syllabe des textes en suédois est plus encore qu’auparavant soignée et semble faire l’objet d’une attention toute particulière de la part d’une Nina Stemme expressive et remarquable dans son travail d’articulation, que l’on sent porter en premier lieu les charmes des poèmes de Runeberg, Topelius, Hedberg et Wecksell.

Le programme s’achève sur six mélodies de Rachmaninov parmi lesquelles quelques extraits des nombreuses romances (dont l’opus 4 n°4 sur un poème de Pouchkine : Ne poj, krasivica, pri mne). Nina Stemme nous y dévoile un chant plus cristallin, et les aigus qui semblaient enroués dans la première partie ne sont plus qu’un souvenir lointain. La seule déception ici réside dans une prononciation russe moins convaincante, ce qui n’est pas sans poser une certaine frustration et enlever une part de sa substance à la musicalité du chant qui puise beaucoup dans la mélodie de cette langue.

En guise d’épilogue, Nina Stemme propose non sans humour en cette soirée de Saint-Valentin Je ne t’aime plus de Kurt Weill, ainsi qu’un Youkali pétillant et enjoué. Poursuivant avec Zueignung de Richard Strauss (on aurait d’ailleurs difficilement imaginé ne pas en entendre ce soir !), elle ponctue de fort belle manière ce récital en revenant à Grieg, avec là encore une mélodie de circonstance, Jeg elsker dig (littéralement « Je t’aime ») en insufflant toute l’ardeur et la passion que l’on peut attendre dans cette partition ; la conclusion est quoiqu’il en soit toute trouvée.

Ce fut donc un rendez-vous attendu qui n’a pas trahi ses promesses, et mis à part une petite nuance sur le Rachmaninov et sur l’accompagnement qui était souvent un cran en-dessous de ce que proposait la chanteuse, les amoureux de la musique nordique auront été comblés par ce programme aux inspirations scandinaves et plus largement nord-européennes, servi ce soir par une des maîtresses incontestables en la matière.

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- Strasbourg
- Opéra du Rhin
- 14 février 2009
- Edvard Grieg (1843-1907), Six mélodies
- Richard Wagner (1813-1883), Wesendonck-Lieder
- Jean Sibelius (1865-1957), Cinq Mélodies op.37
- Sergeï Rachmaninov (1873-1943), Six mélodies
- Nina Stemme, soprano
- Bénédicte Haid, piano






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